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Publié par Mermed

Mermed  (14)

 

 

Au commissariat, Ichebac l’attend. Le labo a rappelé, ils ont fait tous les prélèvements pour les tests génétiques et ils ont découvert qu’elle avait deux dents sur pivot, ce qui peut faciliter l’identification.

- Ils ont dit que l’on pouvait disposer du corps, ils ont fini.

- On va annoncer l’enterrement, je vais aller voir les journalistes, leur donner la date et faire le point avec eux.

Elle revient après avoir rencontré les journalistes.

- Et les personnes disparues?

- Ils sont trois à s’en occuper avec Marie Claude- tous des cracks en informatique- ils épluchent tout.

- On sait bien que toutes les disparitions ne sont pas signalées…

Danielle dit que dès le lendemain il faudra contacter tous les parquets

- On mettra l’équipe de Marie Claude la dessus avec Blanc et du personnel en plus, le directeur m’a dit ce matin de ne pas hésiter à demander des renforts.

Rolles et Dupuy arrivent. Ils expliquent ce qu’ils ont fait.

- Il y a certainement eu une substitution de colis lors de l’éclatement des pneus. On a vraiment affaire à des spécialistes. Comment ont ils pu savoir que la camionnette crèverait à cet endroit?

- C’est une crevaison provoquée.

- Comment?

- Un tireur ou deux, un peu avant le parking il y a une butte avec des arbres, le tireur pouvait être caché là.

- Il faudra ratisser tout le coin, essayer de retrouver des traces, des douilles. On va demander à la gendarmerie de nous aider, je les appelle.

Dès qu’elle a terminé sa conversation avec le patron de la gendarmerie qui mettra une équipe à la disposition des inspecteurs le lendemain ? elle leur demande:

- Et l’identité des gens qui ont loué la camionnette?

- Nous attendons les copies des contrats de location.

- Il sera établi à une fausse identité, mais les gens d’Affitaunauto se souviendront peut être d’eux, ce n’est pas si vieux. On verra demain.

Il est tard, la journée a été longue, pendant que tous rentrent chez eux, Danielle écrit quelques lignes pour fixer ses idées:

- un lieu quasiment hermétique

- un cadavre transporté dans cette prison

- un incendie qui n’est qu’un leurre

- Le visage défiguré de la fille, pourquoi?

- Ce cadavre est un message adressé à qui? A un surveillant qui a été trop dur avec un détenu, à un détenu?

- Ils l’ont défigurée pour bien faire comprendre au destinataire du message qu’ils sont prêts à tout et qu’ils peuvent tout faire, partout.

- Qui est-elle?

- Qui l’a tué?

- Pourquoi ce corps a t’il été déposé ici, à Haran? Et si c’était pour moi ce message?

- Pourquoi ce jour là? Parce qu’il y avait une livraison, le type connaît bien la prison, ou il y connaît des gens.

En continuant à réfléchir, elle rentre chez elle à pied, comme la veille elle appelle son père,

- Tu dois avoir tout le monde sur le dos?

- Oui, mais pour le moment ça va.

- Pour le moment…

Avant de s’endormir, elle lit un autre des textes que lui a donné Lemek, il s’appelle la carte postale:

 

«Dans toutes les cellules, bien sûr, il y des cartes postales de vacances, des cartes de villes, de montagnes, tu vois la croix, c’est là que nous sommes. Il y a des cartes du désert, des cartes du bord de mer avec des filles plus ou moins habillées, pour bien rappeler au détenu, qui commençait à le comprendre, que les filles, il n’y a droit que dans les magazines ou à la télévision. Mais on peut avoir d’autres images de femmes et c’est une petite carte avec un visage peint par Bellini (Giovanni, bien sûr) ou Titien. Et l’on est comme ces hommes qui tendent les bras vers celle qui monte, qui leur échappe. On est comme eux parce qu’eux aussi ils ont perdu leur femme. Leur geste est une supplication, une prière, son corps à elle est un regret – regret de les quitter? Mais ses yeux et ses bras sont tournés vers celui qui l’attend, tout se passe comme si son corps regrettait de partir là où son âme l’emmène. Elle est libre, mais il faut que quelques dizaines d’angelots la poussent de toutes leurs forces. Surtout celui de droite, en bas, il force sur l’air, il s’y appuie autant qu’il peut et il regarde les hommes en bas comme pour être sûr qu’elle est hors d’atteinte, qu’elle ne descendra plus. Il n’est pas content, comme celui de gauche, dans les plis de la robe. Est ce qu’elle regrette le monde des hommes? Ou ce bras vigoureux qui l’a presque retenue. L’histoire ne le dit pas, mais Titien le croit, peut être, si l’on a bien compris. Cette spirale merveilleuse du pied de l’homme jusqu’au mouvement de la tête de la femme, n’est ce pas le combat du corps et de l’âme dans un maëlstrom pacifié? On s’égare, on oublie que le tableau ne tiendrait pas, même sur tous les murs de la cellule, mais la carte postale illumine tout.

 

Au fait, est ce que je vous l’ai dit, c’est l’Assomption de la Vierge de Titien et que c’est aux Frari, à Venise et que vous ne pouvez pas vous tromper c’est le seul tableau derrière l’autel.

Regardez le pour moi.»

 

à suivre

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