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Publié par Mermed

Mermed (16)

 

Toute la journée, ça a été l’effervescence au commissariat, les informaticiens arrivés en renfort se sont tous installé dans la salle du premier étage, ils ont saisi les données qui arrivent des parquets, les avis de recherche. Blanc est retourné à la prison, Gomer a pu vérifier avec les personnels extérieurs qu’il ne manquait personne dans leur entourage.

En milieu d’après midi, La commissaire a appelé Ichebac.

- Je pense qu’il faut revoir de près l’histoire de chaque détenu, on va les rencontrer un par un.

- Ça va prendre du temps.

- Oui, d’autant qu’il ne faut pas que l’on soit trop nombreux à le faire, pour être sûr que l’on pose les mêmes questions. Il faut bien définir ce que l’on cherche.

- Vous avez raison.

- On va s’en occuper vous, Blanc et moi, ça en fera une centaine chacun, ce qui devrait prendre trois ou quatre jours. J’appelle monsieur Lemek.

- Blanc s’occupe de l’informatique.

- Marie Claude peut s’en occuper toute seule maintenant que c’est parti.

- Monsieur Lemek, Danielle Babel,

Elle lui explique ce qu’ils veulent faire.

- Nous pouvons commencer demain à partir de sept heure et demi jusqu’à …?

- Dix sept heures trente, l’heure du dîner.

- On les verra un par un, je pense que notre ministère sera d’accord.

- Je vais leur téléphoner pour avoir leur accord, je vous tiens au courant.

Il la rappelle un peu plus tard.

- Pas de problème, mais il fallait que je le fasse parce que ça va faire des heures supplémentaires pour les gardiens.

- Je sais.

- A demain.

Rolles et Dupuy sont arrivés avec les portraits. Ils les montrent à la patronne et à Ichebac.

- Bon, on tire celui de la secrétaire et on diffuse partout en priorité absolue!

- Interpol aussi?

- Oui, priorité aussi!

Blanc arrive, il a passé toute la journée avec les gendarmes. Ils ont ratissé tous les alentours. Et, à environ trois cent mètres à droite de l’endroit où la camionnette était arrêtée,

- Il y a une petite butte avec des arbres et on a vu que ça avait été piétiné, derrière un bosquet on a trouvé deux mégots de Malboro récents.

- Vous les avez envoyé au labo?

- Attendez commissaire, nous avons continué et c’est de l’autre côté de la route que nous avons trouvé deux balles. Rien d’autre, en revenant j’ai tout laissé au labo.

Il commence à être tard, la journée a été longue, celle de demain le sera encore plus. Je sais que l’on peut y aller mais je veux passer voir où en sont nos petits génies de l’informatique. Dans la salle du premier, c’est une ambiance de travail studieuse.

- Alors, ça avance?

- Oui, ils sont rapides pour saisir toutes les données!

- Vous leur avez dit de s’arrêter?

- Ils ont décidé de travailler jusqu’à ce qu’ils tombent sur les claviers!

- Je vais leur dire un mot!

Danielle leur demande de s’arrêter un instant, elle les remercie de travailler comme ça, et,

- On cherche un homme aussi, donc entrez tous les hommes avec qui chacun est en relation, précisez si les gens sont droitiers ou gauchers comment ils s’habillent, enfin le maximum de renseignements! Mais prenez du repos, demandez que l’on vous apporte tout ce dont vous avez besoin: nourriture, boissons… Allez, bon courage et à demain!

 

Après le procès, Mermed s’était senti beaucoup mieux. Le crime avait été puni, il avait été jugé et maintenant, il reprenait conscience. Il savait combien de temps il devait rester en prison, et puis le statut de condamné est plus souple que celui de prévenu. Ce n’étaient pas tellement les avantages matériels qui le soulageaient mais plutôt une relative sérénité qui peu à peu s’installait en lui. La psychothérapie lui avait certainement fait beaucoup de bien, il fallait qu’il continue ce travail et il s’était dit qu’il devait continuer à fouiller en lui-même, il avait depuis toujours le sentiment que sa violence, ses fugues, toutes ces bêtises – quelquefois graves ou qui auraient put l’être- qu’il avait fait s’expliquaient par réaction à son milieu, à ce milieu dans lequel son père n’avait pas été capable d’aimer… ce milieu qui l’avait envoyé au loin avec sa mère comme s’ils avaient été porteurs d’une honte… La honte pour sa mère de ne pas accepter le jeu social d’un mari plus préoccupé par son image que par sa carrière. Il le savait confusément mais la thérapie le lui avait confirmé. Et il fallait qu’il gratte encore, mais tout seul, qu’il cherche où étaient les liens qui l’avaient amené à cette violence et les liens qui l’unissaient à ce qui pouvait être bien chez lui, ne serait-ce que cette immense capacité d’aimer que Béa lui avait montré. Son expérience lui avait montré au Liban, en Yougoslavie l’horreur que pouvaient déclencher des idéologies ou des idées religieuses. Il s’était décidé à s’y intéresser. Il avait curieusement commencé par s’intéresser aux kamikazes japonais, puis il avait bifurqué vers les sagesses orientales du bouddhisme au zen en passant par les textes taoïstes, tout cela était intéressant mais il n’était pas sûr qu’il y trouverait son chemin. En même temps, il fallait qu’il découvre ce qu’avait été son histoire avec Béa. En fait, il ne savait rien d’elle. Il restait sur un mensonge, ce Dore qu’il avait tué n’était pas son mari et pourtant il était trop plein de son amour, et ça ne pouvait pas mentir, il savait qu’il l’avait aimée, qu’il l’aimait encore et qu’elle l’avait aimé et qu’elle l’aimait encore. C’est à cette sensation qu’il avait que quelqu’un quelque part l’aimait, qu’il devait ce retour, cette naissance en lui de la sérénité.

Et pour être sûr et parce qu’il l’aimait, après son procès, il avait dit à Gregor qui venait le voir aussi souvent que possible:

- On devrait, enfin tu devrais essayer de la retrouver! Je suis sûr que Béa est quelque part, qu’elle m’aime et qu’elle ne peut pas m’écrire ou venir me voir.

- J’ai la même impression en ce qui concerne Marie!

 

Gregor était retourné à Toulouse. Il était allé chez Marie. L’appartement était occupé. Une dame d’un certain âge lui avait dit qu’elle l’avait loué par une agence et qu’elle ne savait pas qui louait avant elle. Il avait vu des voisins, certains étaient là depuis longtemps, ils se souvenaient de Marie, et tous avaient bien voulu lui parler parce qu’il était journaliste et qu’ils l’avaient reconnu.

- C’était une jeune femme très discrète, elle recevait souvent une amie à elle, une très belle femme aussi!

- Vous n’avez jamais vu personne d’autre?

- Rarement! Une fois ou deux, un monsieur d’environ quarante ans mais qui était resté très peu de temps chaque fois!

Il était allé à l’agence qui avait loué l’appartement et, après s’être présenté,

- Vous souvenez-vous d’une locataire qui s’appelait Marie Duroc?

- Pourquoi me demandez-vous cela?

-Je l’ai connue il y a quatre ans, nous travaillions ensemble sur des reportages intéressants et comme je suis à Toulouse, j’en ai profité pour passer chez elle!

-Je m’en souviens à peine, c’était une locataire sans problème. Le loyer était versé régulièrement. Elle avait loué l’appartement pour un an. Elle a disparu un jour, elle n’est jamais revenue. Elle a même laissé des vêtements, des livres, des objets. Un jour, environ deux semaines plus tard, on a reçu une lettre nous demandant de lui préparer le solde et de lui envoyer ses affaires, elle paierait le travail de déménagement et le transport,

-Vous les avez envoyé où?

-Je dois avoir cela dans les archives, voilà, par la SNCF, les colis à son nom Gare d’Austerlitz.

- Il n’y avait pas d’adresse?

- Non

Il était ensuite allé au restaurant de la sœur de Claudie, personne ne se souvenait des deux clientes si longtemps après,

- vous savez des jolies filles ici, ce n’est pas ce qui manque…

 

Avec Mermed, ils s’étaient demandé où ils pouvaient chercher, ils n’avaient jamais rencontré de gens qu’elles connaissaient, en Espagne, Mermed s’était contenté de la conduire jusqu’à son rendez-vous, il l’avait attendu en se promenant et l’avait retrouvée dans un café.

- Il faudrait peut être voir du côté de Dore, elles le connaissaient ce type

- Oui, je vais essayer de retrouver sa femme, elle habite peut être toujours à Dijon.

 

Gregor était reparti à Francfort, pendant le voyage, il avait réfléchi, il avait besoin de temps pour retrouver ces filles mais il fallait qu’il continue à travailler, cette enquête sur les filles, sur Mermed, sur cet assassinat pourrait un jour faire de bons articles, un autre livre, mais en attendant il allait proposer à son rédacteur en Chef cette série d’articles sur lesquels il travaillait depuis longtemps, Il y a longtemps qu’il s’intéressait à des destins d’hommes qui avaient complètement basculé à une époque de leur vie, il en avait rencontré beaucoup pendant ces seize années de vie professionnelle depuis qu’il avait terminé ses études. Le lendemain, après avoir repris toutes ses notes, il avait eu une réunion avec Hans

-J’ai pensé à une série d’articles sur des types que j’ai rencontré à un moment ou un autre et dont la vie a basculé

- …

- Par exemple, Dietrich Wotan.

- Ça me dit quelque chose.

- C’était un des responsables à Auschwitz, je l’ai interviewé il y a douze ans au Paraguay, après qu’il ait fait cette petite peine de prison là bas.

- Très bon article, je m’en souviens, en plus tu es le seul à avoir réussi à le rencontrer.

- Oui. Quand je l’ai vu il était perdu entre son idéal nazi et un début de remords, depuis, sa femme est morte, et lui est entré dans un monastère. Il a même écrit un livre tout à fait étonnant sur les Esséniens et le Christ, qui est une très fine interprétation historique des manuscrits de la mer morte et qui fait autorité.

- Tu as envie de voyager…

- Il n’est pas bien loin, aux dernières nouvelles il était en France. Il y a aussi ce banquier suisse qui a détourné plusieurs dizaines de milliards de francs suisses – la plus grosse escroquerie de tous les temps – qui avait négocié sa libération contre la restitution d’une partie des sommes détournées.

- Je m’en souviens, où est il?

- En Italie du Nord. J’ai aussi pensé à ce légionnaire que j’avais rencontré à Sarajevo – il était l’un de ceux dont j’ai fait le portrait il y a quelques années- depuis il a tué un homme, il est en prison où je l’ai revu.

Gregor avait continué de détailler sa liste. Hans avait trouvé que c’était une idée très intéressante et ils s’étaient mis d’accord sur une première série de six articles.

- Entre dix et quinze pages avec les photos, une fois par mois à partir de septembre ça te va?

- Oui, ça me laisse un peu plus de deux mois pour le premier et comme je garde toutes mes infos…

- Je sais, les documentalistes travaillent à mi-temps pour toi, il faut dire que la petite Birgit…

Ils avaient ri tous les deux et Gregor s’était mis au travail aussitôt. Il avait consacré ces quelques semaines à cinq des six articles, faisant ainsi, il aurait ensuite tout le temps de travailler le sujet Mermed qu’il avait prévu de faire passer en dernier de la série. Il avait demandé dès les premiers jours à leur bureau de Paris de trouver l’adresse de madame Dore qui habitait toujours la maison devant laquelle son mari avait été tué. Il l’avait appelée, et après lui avoir expliqué ce qu’il faisait, lui avait demandé s’il pourrait la rencontrer. Elle avait été d’accord, mais partait tout l’été chez des amis.

- Nous pouvons très bien nous rencontrer en septembre.

- Je rentre à Dijon fin août, appelez-moi dans les derniers jours d’août ou début septembre.

Il avait écrit à Mermed pour lui dire ce qu’il préparait et que leur enquête allait pouvoir avancer.

 

 

Les ordinateurs se sont remplis de noms, de signalements, de tout ce que l’on peut récolter. De leur côté, Ichebac et Blanc commencent à rencontrer les détenus pendant que la commissaire rappelle le labo.

- Vous pourriez dire si elle était française?

- non, je peux vous dire que c’était une femme qui prenait soin d’elle, mais la nationalité…

- Et les dents sur pivot?

- Travail de bonne qualité fait il y quatre ou cinq ans.

- On peut retrouver qui a fait ce travail?

- En France, ce serait possible, c’est quand même assez rare deux dents sur pivot côte à côte, à cet âge là.

- On va supposer que c’est en France, le corps a été retrouvé dans une prison en France.

- Ça semble raisonnable, le plus rapide c’est de voir avec toutes les caisses de sécurité sociale en espérant que la demande leur a été faite.

- oui…on va essayer avec un peu de chance…

- dites commissaire…

- Oui, docteur?

- Je réfléchis à cette affaire depuis l’autre jour, je pense que celui ou ceux qui ont organisé cette mise en scène ont mis le feu uniquement pour vous emmener sur cette piste, c’est un écran de fumée – c’est le cas de le dire – cet incendie.

- Je crois aussi.

- Bon courage.

Elle quitte aussitôt le commissariat pour rejoindre la prison où les deux inspecteurs ont commencé à rencontrer des détenus. Ils ont décidé de commencer par ceux qui ont commis les délits les moins compliqués, ceux dans lesquels personne d’autre n’est impliqué.

Ils passent toute la journée avec des prisonniers jeunes ou moins jeunes, agressifs ou indifférents, ils en voient une centaine, il n’y a rien dans leurs histoires qui ne justifie une telle mise en scène.

Est-ce qu’ils font bonne route?

Est-ce qu’elle ne fait pas perdre le temps de tout le monde?

Le lien est avec un détenu, elle en est sûre, il n’y a pas d’autre explication, il faut continuer.

Pendant qu’elle mène ces interrogatoires, Rolles, Dupuy et une douzaine de policiers ont assisté à l’enterrement, ils ont pris des photos, filmé tous les participants, mais en fait de participants il n’y a que des journalistes et quelques curieux Ils ont placé des hommes un peu partout pour surveiller, mais ils n’ont rien décelé de suspect. Ils visionnent quand même les cassettes, ils sont toujours plongés dedans quand la commissaire rentre de la prison.

- l’enterrement ça a donné quelque chose?

- Non, rien.

- décidément…

Elle se sent lasse, fatiguée du manque de ressort de tous les hommes qu’elle a vu en prison, et pourtant,

- Ce ne sont pas autre chose que des gosses même quand ils ont cinquante ans, des sales gosses.

- Et le portrait robot?

- On l’a diffusé partout, rien.

à suivre

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