Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Dogberry

Toujours en marche avec les poètes
 

 

survivre, avec Vachel Lindsay, en échangeant tableaux et poèmes contre un repas et un lit.
 
des poèmes, il en écrit, et il lit des poètes, auxquels il donne un visage, une vie,
 
 
Li Po les peintres des siècles précédents l'avaient peints,  souvent,
Li Bai ou Li Po  né en 701, mort en 762

Li Bai ou Li Po né en 701, mort en 762

Li Po qui mourut - beauté de la légende - en essayant de repêcher depuis une barque le reflet de la lune dans l'eau, il semble- ajoute-t'on - qu'il ait été enveloppé de quelques vapeurs alcoolisées...
racontars...
 
 
l' homme qui survit,
Tous les êtres ressemblent à tous, aux plus inattendus,
 
 
 
Seul, désormais,
Une sœur de Saturne
éclairée par un dernier soleil noir,
surgie des nuits du temps,
défaisait avec ses clefs
des nombres dont la seule magie
jonchait le sol.
Les pieds dans la terre,
dèsir des humains.
 
Prise entre les dèsirs d’humanités
elle disparut
dans le retable craquelé d’un temple perdu.
Seuls les anciens amants des femmes en noir
l’aperçoivent quelquefois
parmi les âmes inassouvies
qui les accompagnent dans
les dèserts de leurs éternelles traversées.
Melancolia I   Albrecht Dürer   1514

Melancolia I Albrecht Dürer 1514

Le grand déchiffreur du chaos,
donnait l'âme à la peinture en peignant la montagne,
Sur le montHuang Shan  Shih Tao

Sur le montHuang Shan Shih Tao

lui donnait son mouvement en peignant l'eau,
aussi la vie, en peignant les forêts.
Printemps sur la rivière Min,1697

Printemps sur la rivière Min,1697

Ainsi l'esprit est présent partout,
et quand la peinture découle de l'esprit,
les obstacles s'écartent,
La cascade de Mingxianquan et le mont Hutouyan

La cascade de Mingxianquan et le mont Hutouyan

Plus rien ne peut nous empêcher d'être là,
de regarder, avec ces deux-là,
sans autre règle que l'absence de règles,
la règle suprême.
 
 
 
 
Shitao (aussi appelé Moine citrouille-amère) 1641-1719 (environ)
Il travaillait à l'encre de Chine, avec des pinceaux de calligraphie.
 
 
Il a laissé - comme Leonardo – des propos sur la peinture, un livre aussi intelligent que le Tchouang Tseu, aussi pénétrant sur la création que les pages de Proust dans Le Temps Retrouvé.
(Tr. Pierre Ryckmans Les propos sur la peinture du Moine Citrouille-Amère; Plon,)
 
 
 
 
 
 
En partance,
 
'O Paris
Grand foyer chaleureux avec les tisons entrecroisés
de tes rues et tes vieilles maisons
qui se penchent au-dessus et se réchauffent
Comme des aïeules
Et voici des affiches, du rouge du vert
Multicolores comme mon passé bref
Du jaune
Jaune
La fièvre couleur des romans de la France à l'étranger.'
La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France  Blaise Cendrars et Sonia Delaunay  1913

La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France Blaise Cendrars et Sonia Delaunay 1913

'Je suis en route,
j'ai toujours été en route,
je suis en route avec la petite Jehanne de France...'  
 (extrait de La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France  Blaise Cendrars)
 
Il poursuit sa route, monte dans un train
qui traverse toute l’Asie jusqu’à Urga
où il retrouve les deux vieux franciscains
porteurs de tous les mots de paix là-bas.
 
Il repart vers l’Ouest à toute vitesse,
joue aux échecs, boit vodkas sur vodkas
pour retrouver cette si belle poétesse
dans son salon au bord de la Neva;
 
là après mille et trois tangos, Mozart
endiablé par Astor Piazzolla
danse avec Akhmatova, la Tatare,
les dernières langueurs de la Bocca.
 
Et voici les mots qui enferment le sens
entre la première et la dernière lettre,
ne laissant comme seule substance
que celle qu’ils laissent apparaître;
 
mots finis pour définir l’infini,
mots vides pour dire le trop de néant,
mots, dernières frontières de l’indéfini,
mots qui protègent comme un banak écran.
 
Perdu avec la nurse de Czeslaw Milosz,cosmopolite de deux ans, je me suis retrouvé dans le transsibérien pour un autre voyage après celui que j’avais fait avec Blaise, et malgré notre passage dans des pays, où les hommes parlaient des langues différentes, nous n’avons
trouvé dans aucune langue
Les mot pour humanité,
dans aucune autre langue que celle des poètes,
celle de Freddy Sauzer quand elle se mèle aux couleurs de Sonia Delaunay,
pour les vers de Blaise Cendrars.
 
 
Vers d'autres solitudes partagées,

Hakuin Ekaku parle à sonautoportrait, quand il avait 71 ans,
'Détesté par un millier de Bouddhas dans le royaume des mille Bouddhas, Haï par les démons parmi les bandes de démons, Cette tête chauve, aveugle et puante, Apparaîtà nouveau sur une feuille de papier, Sacrebleu !'

'Détesté par un millier de Bouddhas dans le royaume des mille Bouddhas, Haï par les démons parmi les bandes de démons, Cette tête chauve, aveugle et puante, Apparaîtà nouveau sur une feuille de papier, Sacrebleu !'

 

est-il là, de l'autre côté de la rue?

 

Nighthawks   Edward Hopper   1942

Nighthawks Edward Hopper 1942

C'est une femme
ou un homme
toujours seuls, dans une lieu, une ville inhabitée
ou seuls - au milieu des autres –
seuls aussi
il y a toujours une fenêtre
ou une vitrine – mais pas celle d'Anvers
et elle/il n'a aucune autre place
que l'espace occupé
c'est dans des tons comme ceux des débuts du
Rock n' roll
et pourtant c'est éternellement
l'individu seul
dans un décor inattentif et indifférent.
 
en regardant Hopper
En nous introduisant dans cette pièce, dans ce bar,
 
en entrant dans ce monde, on entrera dans le bar de Barbara
dans l'île aux Mimosas et on lui dira:Je t'ai trouvée
 
dans ce bar
Ou autrement?
 
En buvant un Manhattan mélange de Rye Whiskey, Vermouth rouge et angustura l
 
 
 
Quand l'humanité est morte,
 
128231*
O ! Zoran Music,
metteur en images d’un peuple assassiné,
fin du rêve d’éternité.
 
Il y avait un peuple naguère;
quatre-vingt millions assassinèrent
la gravité d’un enfant et il n’y a plus rien,
disais-tu à un dieu lointain
et grincheux
et silencieux
sur des fils de fer barbelés,
sous des nuages de lâchetés.
 
Metteur en vie de la fin des hommes
avec tes images de peintre torturé,
O ! Zoran Music,
nous donnerons au Temps tous tes tableaux,
 
et survivra ta mémoire…
 
et survivront leur mémoire
et avec elle nos désirs de vie

 

Zoran Music  (1909-2005)    Nous ne sommes pas les derniers   1970

Zoran Music (1909-2005) Nous ne sommes pas les derniers 1970

le vieux suppliant te regarde
quand il part traverser les plaines des ténèbres,
qui l’ont saisi, emporté dans un obscur trépas.**
 
* Numéro tatoué sur Zoran Music à Dachau
** ces vers appartiennent à Georges Séféris (La Grive III) et à Sophocle qui en fait des mots pour Antigone (Œdipe à Colone, vers 1679-1682)
 
 
 
 
Et les hommes des tas de cendres,
Nous avons lu ceux qui ont raconté de l'intérieur, Primo Levi ou Robert Antelme, et aussi Charlotte Delbo, et ceux à qui ont été présentées des coupes remplies d'yeux humains comme Curzio Malaparte; nous avons été dans les mains, dans le coeur de Filip Mueller, quand il a vu son père, un cadavre de plus à enfourner sans laisser rien paraître,
Nous avons lu Yitsokh Katzenelson et Leib Rochmann, puis Zvi Kolitz, et Vrba, Aharon Appenfeld, Matatias Carp, Jan Karski, et aussi Czeslaw Miloscz, Vladimir Holan, Paul Celan, Wislawa Zymborska, et tous ceux qui ont des noms de poètes;
Nous avons vu Nuit et brouillard, Shoah, et Zoran Music et Felix Nussbaum et aussi Charlotte Salomon;
Nous avons écouté le Survivant de Varsovie;
pour pouvoir entendre ces mots, le vingt et un Mai deux mille douze à dix heures vingt–cinq:
‘Au début c’est bien, puis ça devient un peu tape-à-l’œil.’
C'était sur la passerelle qui, après que l’on ait quitté le hall des noms,
après Auschwitz et la Transnistrie,
 
mène vers le jardin des Justes, à Yad Vashem
 
Ces mots sont d’une âme
capable de dominer la sensiblerie exagérée de la banalité du mal de ceux qui n'ont pas la force du crime.
 
Ou bien…
 
*Kielce (Pologne) dans cette ville le 4 Juillet 1946, 42 juifs furent assassinés au cours d’un pogrom.
 
 
Et que ne reste que l'effroi...
 
de rois fous,
goinfrerie de ceux du renom et humilité mendiante des sans-noms, Lears errants dans les déserts de Ous,
accompagnés de chiens, gardiens des troupeaux de Job, errants jusqu'à fondre dans les cris d'effroi de nos esprits, repoussés dans les ténèbres, chassés du monde.
Corneliu Baba (1906-1997) 	un des rois fous

Corneliu Baba (1906-1997) un des rois fous

Avant que tout recommence,
 
le commencement...
Grotte de Lascaux - 25000ans

Grotte de Lascaux - 25000ans

...puis le recommencement
Slave Auction  Jean Michel Basquiat  1982

Slave Auction Jean Michel Basquiat 1982

Sous les yeux de Vénus...

 

Venus von Willendorf

Venus von Willendorf

Tu as 24000 ans

Tu reviens du fond de la mémoire de mes rêves

tu es la première femme

Permets que je te tutoie

je dis tu à tous ceux que j’aime

Je dis tu à tous ceux qui s’aiment

Vue,

Aimée,

Tu es la mémoire de mes rêves

 

Un homme ou une femme

A fait de toi la naissance de l’art

La première des vivantes

Callipyge

Donneuse

Tu es le grand bond en avant

La Venus première

 

La voir à Vienne puisque tu es là

Et après un chocolat mousseux au café Mozart

En l’écoutant…

Éternité…

ou ceux d'une pierre, sculptée... peut-être par nul autre que le temps


 


 

la Vénus - ? - de Berekhat Ram il y a 250 000 ans, environ.

 

 

 

Avant de tout refermer


 

Hieronymus Bosch  Le Jardin des délices   (vers 1500)

Hieronymus Bosch Le Jardin des délices (vers 1500)

Fin
                                                                                                       ©Mermed/ Dogberry 2014/2015
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article