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Publié par Mermed

A Venise, à l'affreux Lido, Où vient sur l'herbe d'un tombeau Mourir la pâle Adriatique...  Alfred de Musset, La Nuit de Décembre

A Venise, à l'affreux Lido, Où vient sur l'herbe d'un tombeau Mourir la pâle Adriatique... Alfred de Musset, La Nuit de Décembre

 
1
Qu’a t’il donc notre ennui
À voyager avec nous,
Les mêmes compagnons,
Les mêmes certitudes,
La monotonie accompagne nos jours
Dans les mêmes chambres
Des endroits où aller l’été et l’hiver.
Notre ennuyeuse gaieté partagée avec tous?
Mais toutes les lassitudes
Pour nos moments de solitude.
 
2
Qu’a t’il donc notre ennui
A nous empêcher
De retrouver la vallée abandonnée.
Personne ne nous rejoindra.
Sous la treille
De l’arche de Noé.
Nous emplirons nos âmes
D’une vallée qui se cache
Dans les premières brumes du soir
A l’heure où le vin nous installe
Dans un rêve de Wang Wei.
 
3
Qu’a t’il donc notre ennui
A nous imposer les fatigues de voyages
Qui nous empêchent de partir ailleurs.
Où est-il le petit port ignoré?
Aucun bateau ne reviendra
Avant beaucoup de jours.
Une taverne, boire le café
En regardant le temps filer
Sous les doigts des vieux.
Et puis, marcher,
Ecouter les paroles du vent,
Aimer encore.
 
4
Partir avec Beethoven à Vienne
Écouter le septième trio avec piano.
Prévoir une étape dans la ville à laquelle
Essor Piazzolla a donné
Des bons airs et des tangos de liberté.
Continuer son voyage
Avec le saxophone de Coleman Hawkins
A cloche pied du corps d’une femme
À l’âme de la musique.
Aller ensuite dans la forêt
Écouter la Finlande de Sibelius,
Garder le dernier jour pour Varsovie
Et survivre grâce à Arnold Schönberg.
 
5
On ne pouvait pas bouger ce jour là
Et pourtant,
L’accent entendu
Au détour du matin
Nous a emporté
Entre les calanques de Piana
Et l’œil du cyclope.
 
6
Ainsi qu’aux savanes
Du pays des origines
Son refuge est provisoire
Pour éviter les tempêtes
Des jours de mélancolie, de tous les jours
Derrière le bâti,
À l’abri d’un ouragan de solitudes
Il est prêt pour le départ,
Dans la fumée
Sa femme est son enfant le rejoignent.
Ils libèrent
Le verbe du sein de la mère.
 
7
Des jours et des jours
Avant de partir
Quelques marches, une porte
Et il sera ailleurs.
Y a t’il encore un ailleurs
Autre que celui où ils sont,
Qui est son pays
D’où il ne peut plus revenir.
 
8
Soixante sept
Sur une barque délabrée
Ils flottent vers autre part
N’importe quel autre port
Froid et pauvre
Moins pauvre, pensent-ils.
Un mauvais coup de vent
Ils ne seront pas nombreux
Ceux qui auront la chance
D’être ramenés chez eux.
 

 

© Mermed 2005-2015

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B
Partir pour fuir ses problèmes c'est souvent les emporter dans ses bagages
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