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Publié par Mermed

Notre avenir ?

Notre avenir ?

En ce temps là il n’y avait que nous,
avant que le poète invente le mot;
pendant des temps dont nous fûmes jaloux,
elles furent en flammes les forêts tout là-haut,
là où nous chassions les animaux,
que nous apportions ensuite au clan
pour les manger et boire tout leur sang.
 
Avant le mot né de la poésie,
qui un jour m’aiderait à raconter
ce que je vis quand, les flammes parties,
entre les arbres morts, j’ai retrouvé
un animal mort, là où je chassais,
où jadis il y avait une forêt,
où les flammes avaient leur royauté.
 
Avant que le poète créée le mot,
ce jour là, la bête était morte, noire et
là, entre les arbres noirs et morts,
là où il y avait eu une forêt,
là où il n’y avait plus de forêt.
Je l’ai emportée - était ce un présage ?
je voulais connaître l’avis des sages.
 
Ils l’ont regardée, et ils n’ont rien dit-
le poète n’avait pas créé de mot -
ils ont goûté nous avons mangé aussi;
c’était bon, meilleur que les animaux
que nous chassions et mangions aussitôt;
les bêtes des flammes, je les ai recherchées
depuis, quelquefois je les ai trouvées.
 
Mais quelquefois n’était plus assez
alors je me suis mis en quête du bois
des flammes, j’ai soufflé à m’époumoner,
les flammes sont revenues, j’étais adroit
et le poète était toujours coi.
Garder les flammes était difficile;
les vents et les pluies étaient hostiles.
 
Seul, pendant des temps impossibles
j’ai cherché, cherché, à la fin trouvé -
le poète était toujours impassible -
comment je pouvais moi-même fabriquer
des flammes pour manger et me protéger
du froid et des attaques pendant que luit
la petite étoile qui éclaire mes nuits.
 
Longtemps j’ai tapé, taillé et frotté
des pierres, je voulais que viennent les flammes bleues,
elles sont venues, j’ai su les garder;
le poète leur a inventé un mot: feu;
les hommes en furent jaloux, aussi les dieux,
ceux que nous appelions sans jamais les voir,
ceux qui faisaient le jour et le noir.
 
Le feu, je le fabrique comme au début,
je ne sais pas comment l’arrêter,
mais cela je ne l’ai jamais su;
la raison, je peux ici la dévoiler:
je le connais depuis peu, des milliers
de siècles seulement, des temps incertains
au poète et à ses mots lointains.
 
Depuis longtemps, quelques années,
cent peut être, je suis maître d’une énergie
que je domine avec facilité,
c’est ce qu’ils ont écrit et qu’ils m’ont dit
les marchands de chimique démocratie,
et il n’ avait pas de mots le poète
à ajouter à ceux de ces prophètes.
 
Le poète n’a plus les mots qu’il lui faut,
il va les multiplier à Tabgha,
pour les couleurs du monde nouveau,
de Nagasaki à Fukushima;
aussi compassionnel qu’un Bouddha,
pour nous meurtriers irradiés,
déshérités de toute postérité.
 
 
 
 
© Mermed 
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