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Publié par Mermed

Ce 'Poème du juste souffrant' a été rédigé durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. Il s'agit d'une complainte adressée par un homme nommé Shubshi-meshre-Shakkan à son dieu.

Ce 'Poème du juste souffrant' a été rédigé durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. Il s'agit d'une complainte adressée par un homme nommé Shubshi-meshre-Shakkan à son dieu.

(le Ludlul-Bel-Nimeqi se compose à ce jour de quatre tablettes; les tablettes 1, 3 et 4 sont très endommagées, je donne ici la traduction de la seconde)

 

Mes années passaient, la dernière syllabe de mon temps était dite, tout autour de moi, le mal succédait au mal, mon malheur empirait, aucune lueur, nulle part. J'ai appelé mon dieu, il n'a pas répondu. J'ai prié ma déesse, elle n'a même pas levé la tête. L'oracle n'a pas éclairci mon avenir, l'interprète des rêves, lui non plus ne m'a pas éclairé, les mots de l'incantateur n'ont pas su apaiser la colère divine. Comme tout va à l'envers dans le monde! Je regardais derrière, j'étais persécuté de tous côtés Comme quelqu'un qui n'aurait pas offert d'holocauste à son dieu, Ni invoqué sa déesse par des offrandes de nourriture, qui, pas plus ne s'est prosterné, et n'a jamais été vu s'incliner, ni dire de sa bouche les mots de prières et de supplications, qui a négligé les jours sacrés et méprisé les fêtes, qui a été négligent et a dédaigné les rites divins, qui n' a pas enseigné aux siens la piété et l'adoration, qui n'a pas invoqué son dieu, mais a mangé ses offrandes de nourriture, qui a repoussé sa déesse sans lui faire l'offrande de pain, comme celui qui est possédé, qui a oublié son dieu, mais au hasard, lui a fait un serment solennel, je semblais être comme eux! La prière était mon recours, le sacrifice ma règle Le jour pour honorer les dieux était une joie pour mon cœur; Le jour de procession de la déesse m'était un bonheur. Prier pour le roi, voila quelle était ma joie. Sa fanfare jouait comme pour mon seul plaisir. . J'ai imposé à mon pays d'observer les rituels de dieu, et le nom précieux de la déesse, j'ai appris à mon peuple à le vénérer. Les louanges au roi, je les ai faites comme à un dieu Et j'ai enseigné au peuple le respect pour son palais. J'espérais savoir que tout cela plairait à un dieu ! Ce qui nous semble bon, peut être mauvais aux yeux d'un dieu, Ce qui nous semble abominable, peut être bon aux yeux d'un dieu ! Qui peut comprendre la sagesse des dieux dans les cieux ? Qui comprend les desseins des dieux du monde souterrain ? Où les humains auraient-ils appris les voies de dieu ? Celui qui vivait le soir est mort le matin; le temps d'un instant quelqu'un est abattu, puis soudain plein de vie. Il est un temps pour son chant exalté, il est un temps pour gémir comme un pleureur.

(Le vers 43 est traduit de façons si différentes, que je le laisse de côté)


Ils ont faim, alors ils sont pareils à des cadavres; ils sont repus, alors ils rivalisent avec leurs dieux. Tout va bien, ils parlent d'escalader le Ciel, tout va mal, ils se plaignent d'avoir à descendre en enfer. (48, vers illisible) Quant à moi, moi qui suis celui qui est l'épuisé, un tourbillon me conduit!
Une maladie débilitante me submerge; Un mauvais vent a soufflé des confins du ciel. Des vagues de maux de tête me sont venues du sein du monde souterrain, Un spectre méchant a surgi des profondeurs cachées.

(54-59 ne restent que des fragments)

Mon visage était sombre, mes yeux étaient des torrents de larmes. Ils m'ont arraché les muscles du cou à le rendre flasque. Ils ont frappé et frappé ma poitrine. Ils ont infecté ma chair, et m'ont provoqué des convulsions, Dans mon épigastre, Ils allumèrent un feu. Dans une baratte ils ont mis mes entrailles, et m'ont retourné mes doigts Mes poumons ils les ont rempli de toux. Ils ont dispersé mes membres et agité ma chair de tremblements. Ma haute stature, ils l'abattirent comme un mur, Mon imposante silhouette, ils la couchèrent comme un jonc, J'ai été jeté comme une figue séchée, j'ai été jeté sur mon visage. Le démon Alu (1) avait revêtu mon corps comme un vêtement. La somnolence m'a pris comme un filet. Mes yeux regardaient, mais ne voyaient pas, Mes oreilles entendaient, mais n'écoutaient pas. Le sommeil s'était emparé de tout mon corps, et la paralysie de ma chair, la rigidité était venue à mes bras, l'impuissance dans mes reins,

(79-83 ne restent que des fragments)

Un collet a été posé sur ma bouche, Et mes lèvres ont été scellées, Rien ne pouvait arriver dans mon estomac, pas même l'eau Ma faim était chronique, mon gosier desséché. On me sert du grain, c'est pour moi de l'ivraie puante. La bière, la subsistance de l'humanité, m’écœure. En vérité, la maladie se prolonge. Par manque de nourriture, mes traits ont changé, Ma chair n'était plus qu'une friche, mon sang se desséché. Mon squelette était celui d'un pantin, plus couvert que de ma peau. Mes tissus étaient enflammés. J'étais prisonnier de mon lit; sortir était épuisant; Ma maison devint une prison Ma chair était une pénitence, mes bras inutiles; J'étais une entrave, dont les pieds étaient de coton. Mes chagrins furent cruels. Le coup était sévère. Un fléau, un fléau d'épines, m'a fouetté. Une cravache, une cravache de dards, m'a transpercé la peau. Tout le jour, les tortionnaires m'ont torturé,
même au milieu de la nuit, ils ne me laissaient pas respirer librement un instant. Mes articulations tordues se disjoignaient J'étais écartelé et frappé sur tout le corps. J'ai passé la nuit dans mon fumier comme un bœuf, Comme un mouton, je me suis vautré dans mes excréments. L'exorciste recula devant mes symptômes, Et le devin fut perplexe devant mes présages. L'exorciste ne pouvait pas diagnostiquer la nature de ma maladie, Ni le devin fixer une limite de temps à ma maladie. Mon dieu n'est pas venu à mon secours il n'a même pris ma main, Ma déesse ne m'a pas montré de pitié et n'est pas venue à mes côtés. Ma tombe était ouverte, mes biens funéraires étaient prêts, même avant ma mort, les pleurs avaient pris fin. Tout mon pays a dit: 'Comme il a été écrasé!'. Quand quand ceux qui se réjouissaient ont su, leurs traits se sont illuminés, La nouvelle arriva à celle qui se réjouissait, et son cœur se réjouit. Mais je sais que le jour pour toute ma famille, Quand, parmi mes amis, leur dieu-soleil aura pitié.


 
1 Les démons Alû sont assez souvent rendus responsables des troubles du sommeil : les mauvais rêves, l'insomnie, mais aussi son opposée, la somnolence perpétuelle appelée 'la main du démon Alû'.

 
© Mermed 9-13 Février 2017
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Sid J. 30/08/2019 19:36

Bonsoir Monsieur. Ce texte est bouleversant.
Merci.

Mermed 31/08/2019 20:31

C'est un texte splendide, oui, d'un de ces auteurs oubliés, non connus...