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Publié par Mermed

Rêveurs de rêves*

 

Nuit esseulée, peuplée par nos rêves,

en ces heures que jamais nulle certitude

ne vient transformer en une trêve,

avant la journée de l’incertitude

née de nos médiocres turpitudes,

que nous, misérables fats orgueilleux

avons couvertes de mots prétentieux.

 

Depuis que les mots savent dire le temps,

depuis qu’ils peuvent éclairer le sens,

jamais, même pendant un seul instant,

avons-nous pu comprendre leur constance

qui ne s’exprime que dans l’inconstance,

quand tous nos rêves, même les plus hideux,

énoncés par eux deviennent merveilleux.

 

Rêves, fugitives substances de nos vies;

mots et paroles, maladroits attouchements;

nous, pauvres orphelins de l’indéfini,

entre les rêves et les mots; maintenant

l’idée se fond dans l’ultime néant;

nous voulons retrouver les rêves anciens

et que personne, jamais, n’y mette fin.

 

Fugaces rêveurs de rêves renouvelés,

rêves d’autres temps, d’autres lieux aussi,

au réveil nous les avons oubliés,

disparus dans le maelstrom de l’oubli,

qui nous plonge dans les abysses du dépit,

jusqu’à ces mots lus par hasard un soir,

des mots si justes qu’ils nous rendent l’espoir.

 

Revoici les mots que nous attendions,

ceux qui nous permettent de pénétrer

les nouveaux rêves que nous espérions,

et, derrière ces mots qu’il a inventés,

le poète, lui qui nous les a donnés,

cache le nom de l’inventeur du feu,

et murmure le nom de tous les dieux.

 

C’est le début d’une autre histoire,

un récit de bruit et de gloire,

si long que nous le laissons dans le noir

de nos paroles valédictoires.

 

 

Avec le retour des mots du poète -

si longtemps nous l’avons attendu ! –

nous voulions n’avoir plus en tête

que les mots pour dire les rêves inconnus,

que les rêves pour dire les mots défendus.

Tous étaient alors comme des étrangers,

rien n’était jamais plus autorisé.

 

Arqueboutés sur l’écume du silence,

nous avons d’abord chuchoté les mots

du monde, sa beauté, son insouciance;

puis enhardis, nous avons dit tout haut

notre amour jaloux et total du beau.

Nos paroles étaient si belles, si vraies

qu’aujourd’hui encore elles effrayent.

 

Vêtus des chimères anciennes du Tabor,

ils surgirent alors, du temps, de toutes parts,

des forêts pétrifiées des glaces du nord,

des tamaris desséchés de Harar,

fruits brimbalés de l’éternel hasard,

nés dans les apocalypses des poètes

qu’autrefois on appelait des prophètes,

 

ceux qui voulaient tuer les rêveurs de rêves.

 

 

 

 

Deutéronome (13.1) If there arise among you a prophet, or a dreamer of dreams, and giveth thee a sign or a wonder… (13.9) thou shalt surely kill him; thine hand shall be first upon him to put him to death, and afterwards the hand of all the people. (King James Bible)

la plupart des traductions en Français ne traduisent pas ‘dreamer of dreams’ par ‘ rêveur de rêves’, bien que les textes initiaux de la Septante puis de la bible en Hébreu emploient ces deux mots. Ma connaissance du Grec étant devenu éloignée, et celle de l’Hébreu se résumant à une pénible reconnaissance des lettres, je nous propose le texte Anglais de mon emprunt.

 

 

 

 

 

 

 

 

© Mermed  12 Mai–27 Mai 2012

 

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