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Publié par Mermed

Mermed  (13)

 

 

La semaine après la fin des vacances de février, ils avaient décidé de se retrouver avec Gregor et Marie dans une station de ski. Il était parti avec les deux filles et Gregor les avait rejoint à Megève. Ils étaient arrivés tard le soir. Il s’était mis à neiger dans la plaine et les gorges de l’Arly étaient fermées. Gregor était déjà arrivé. Ils avaient choisi Megève parce que Gregor et Béa skiaient, Marie un peu, lui pas du tout. Béa ne voulait pas le laisser tout seul, mais un matin où il faisait très beau, il lui avait dit d’aller skier, de profiter du soleil. Marie avait ajouté,

- Je me suis fait un peu mal à la cheville hier, va avec Gregor. Je tiendrai compagnie à Mermed et on peut se retrouver au restaurant du téléphérique.

Tout le monde avait été d’accord.

Il s’était promené avec Marie dans le village et vers midi ils étaient montés au restaurant. Le temps était extraordinaire, la vue magnifique et il bavardait avec Marie, elle lui disait qu’elle aimait Gregor et qu’elle irait bientôt vivre avec lui en Allemagne,

- Vous avez de la chance,

- Toi aussi, tu sais Béa elle t’aime tellement.

- Oui, mais c’est compliqué.

Marie lui avait expliqué que le mari de Béa était plus âgé qu’elle, qu’elle l’avait connue quand elle avait dix neuf ans et qu’elle avait confondu l’amour et l’éblouissement, qu’ils avaient une fille de six ans qui était chez des parents à lui.

- Elle ne m’a jamais dit qu’elle a une fille.

- Je sais…

- Pourquoi sa fille n’est pas avec elle?

- Il sait depuis longtemps que Béa ne l’aime plus, il a pris leur fille, c’est son moyen de pression, elle ne la voit que très rarement. Quand elle lui a parlé de toi, il lui a dit que si elle le quittait elle ne reverrait jamais sa fille.

- Comment s’appelle t’elle?

- Julie.

- Pourquoi ne fait elle rien?

- Ce serait long et difficile.

- Pourquoi?

- Elle avait eu des problèmes avec la drogue avant la naissance de Julie qui est née en Italie où il a été facile de lui en retirer la garde

- Elle m’a parlé de ses problèmes de drogue, mais c’est fini?

- Bien sûr

- Pourquoi Julie est elle née en Italie?

- Elle est italienne, Béa.

Il ne savait pas. C’est vrai, il ne lui avait jamais demandé.

- Qu’est ce que je peux faire?

- Je ne sais pas.

- Si j’allais le voir ce type?

- Surtout pas. Ce serait pire pour Béa et Julie. C’est un homme très dur qui peut être violent.

Gregor et Béa étaient arrivés, le repas avait été agréable et comme Marie lui avait demandé de ne pas dire à Béa ce qu’elle lui avait raconté,

- Tu sais comme elle est discrète et sensible, ne lui dis pas que..

- Bien sûr, mais il faut que nous en reparlions tous les deux.

Et ce soir là, il l’avait aimée comme jamais encore, il était tous les amants du monde, il avait la tendresse de tous les amoureux de l’histoire.

Le dernier jour, Gregor et Béa étaient repartis skier, il s’était retrouvé seul avec Marie.

- J’ai bien réfléchi, ce type est un salopard, il faut que j’aille lui parler, que je lui fasse peur, je sais faire.

- C’est trop dangereux pour Béa et il n’aura pas peur.

- Crois moi, Marie, j’ai l’habitude de mener des durs, je sais y faire.

Alors pour Béa, elle avait cédé, elle lui avait dit son nom et où il habitait et à quoi il ressemblait. Il n’habitait plus à Toulouse où il ne venait qu’une fois toutes les six semaines avec Julie.

- Mermed, tu ne dis rien à Béa.

- Mais non, merci Marie, tu verras tout ira bien et dans quelques semaines, nous fêterons cela tous les quatre avec Julie en plus.

Ce soir là ils étaient sortis et Gregor leur avait dit que Marie venait passer quelques jours chez lui à Francfort avant de s’y installer définitivement. Le lendemain ils se séparèrent. Une centaine de kilomètres avant Toulouse, Béa avait dit,

- Tu sais j’aimerais que l’on aille dans ce bar où nous nous sommes rencontrés, chez Toni.

- Tu te souviens du nom?

- C’est là que je t’ai rencontré…

 

 

Rolles et Dupuy ont vu le garage qui a fait la révision de la camionnette de Mitche il y a quatre jours. Les pneus ont bien été changés.

En partant vers le lieu de l’incident, Dupuy dit,

- Le transfert du corps n’a pu se faire que pendant que la camionnette était arrêtée.

- Il a sûrement été provoqué?

- C’est à peu près sûr.

Ils se rendent chez Monsieur Morel, le propriétaire du garage des Monts qui confirme complètement ce que leur a dit Mitche.

- Et quand vous êtes arrivé à la camionnette, il n’y avait rien de particulier?

- Non, rien.

- Pas d’autre véhicule à côté?

- Non.

Rolles et Dupuy discutent entre eux,

- Il faudrait essayer de retrouver des gens qui sont passés sur la route avant hier.

Monsieur Morel intervient,

- Je vous ai entendu, vous pourriez aller à la poste, le facteur passe tous les matins entre dix heures et dix heures et demi sur cette route. Ils vont à la poste, toute proche, par chance le facteur est là.

- Hier en passant vous avez remarqué la camionnette de la papeterie de Henoke?

- Oui

- Il n’y avait pas d’autre véhicule en stationnement?

- Non, il n’y avait personne, je me suis dit qu’elle devait être en panne, il n’y a personne qui habite par là.

- Savez vous qui d’autre fait la route régulièrement?

- Le boulanger, la boîte qui livre la viande au boucher, non ce n’était pas son jour. Mais il y avait les gars de l’EDF qui circulent beaucoup ces jours à cause de la tempête de la semaine dernière, il y a encore pas mal de travail, ils sont d’ailleurs toujours là.

Le boulanger n’a rien vu de particulier.

Deux équipes de l’Edf travaillent sur le transformateur à côté.

- Bonjour messieurs, vous avez fait la route plusieurs fois avant hier?

- Oui.

- Vous avez remarqué la camionnette de la papeterie?

- Elle y a été pratiquement toute la matinée.

- Vous n’avez pas vu un autre véhicule?

- Si, à un moment il y avait une autre camionnette, deux types qui chargeaient un colis dans celle qui était arrêtée, je me suis dit qu’ils avaient du oublier quelque chose.

- Un gros colis?

- Oui

- Vous reconnaîtriez les types?

- Celui que j’ai vu de face oui, l’autre je ne l’ai vu que de dos, leur camionnette venait de chez Affitaunauto, je l’ai reconnue parce que ma fille travaille pour eux.

- Merci.

Ils repartent à Haran. Rolles appelle Affitaunauto, il leur demande d’envoyer par fax les contrats de location de camionnette de ces derniers jours.

Le commissariat a été très animé toute la journée. Thévenin a mené à bien ses recherches sur la papeterie, c’est une affaire très saine, elle travaille avec de nombreuses administrations depuis longtemps et comme elle a souvent accès à des documents ou des informations confidentiels, elle fait faire des enquêtes régulièrement sur ses salariés. Il a regardé plus attentivement le dossier de Mitche, Rolles le lui avait demandé, c’est un homme très sérieux, divorcé depuis cinq ans, il paye très régulièrement la pension alimentaire et prend ses deux enfants tous les week-end et pendant les vacances scolaires. Il n’a pas un train de vie exceptionnel, il est certainement tout à fait honnête, c’est bien ce que pensaient Rolles et Dupuy.

Tous les fichiers centraux ont répondu, ça a été très rapide, aucune empreinte correspondant à celle de la morte n’est répertoriée.

- ça ne m’étonne pas, celui ou ceux qui ont organisé cette mise en scène sont des malins, s’il y avait eu un risque de ce côté, les empreintes auraient été effacées.

Pendant que Marie Claude a passé les éléments en leur possession au bureau central des personnes disparues et qu’elle étudie le signalement des femmes disparues, Danielle est retournée voir Le Directeur de la prison en milieu d’après midi, il lui a confirmé que tous les surveillants font l’objet d’une enquête préalable et,

- Comme vous me l’avez demandé, j’ai vu tout le monde avec Gomer, ils ont tous vérifié si parmi leurs proches il pouvait manquer une femme correspondant au signalement, rien de ce côté.

- Je suis certaine que le corps a été amené ici – on le sait maintenant- pour donner un signal, un avertissement à quelqu’un ici. Il peut s’agir d’une vengeance ou d’un moyen de pression. Je n’ai jamais vraiment pensé pas que c’était pour un surveillant. Je suis de plus en plus convaincue que le destinataire de ce sinistre colis est un détenu.

- Mais lequel? Ils sont trois cent trente six ici, plus ceux qui sont en chantier extérieur et ceux qui sont hospitalisés.

- Je crois qu’il faut que nous étudiions tous leurs dossiers. Vous n’avez que les mandats de dépôt ici?

- Oui et un rapport sur chacun, son comportement ici, ainsi que la liste de ses parloirs.

- Vous voulez dire le nom des gens qui viennent les voir?

- Oui.

- Vous pouvez nous préparer tous ces dossiers? Et je ferai contacter tous les parquets qui ont instruit leurs affaires.

- Je vous fais passer tout ce qui vous manque, j’ai déjà envoyé les mandats de dépôts cette nuit.

- Merci, on va faire avec ça pour le moment, on verra peut être aussi les dossiers de tous ceux qui sont passés ici. Ceux qui ont organisé ce transport doivent connaître la prison.

- Ça fera plus de vingt mille dossiers.

- Je m’en doute. A bientôt Monsieur Lemek.

 

Ils étaient entrés chez Toni;

- Tu reconnais Béatrice, Toni?

- Bien sûr.

- C’est gentil, je ne vous ai pas oublié non plus.

Ils s’étaient assis à la table où elle avait mangé son omelette quelques mois plus tôt et ils avaient dîné tranquillement. Il n’y avait personne ce soir là et Claudie leur avait proposé de partager leurs repas, Elle était tellement contente de voir son petit Mermed avec cette fille, aussi heureux. La soirée avançait, il avait fallu partir.

Sur la route, Mermed avait parlé de ce qui le tracassait depuis Megève

- Tu te rends compte si l’on pouvait passer tous les jours ensemble…

- Mermed je ne veux que cela.

- Viens avec moi, reste.

- Tu sais bien…et toutes tes guerres…

- Je quitterais l‘armée. Je peux faire autre chose.

Ils avaient roulé en silence, la main de Béa était sur sa cuisse.

- Tu sais, Marie m’a dit que vous aviez parlé.

- Elle m’avait dit…

- Je sais, mais nous sommes tellement proches, elle me l’a dit, je ne lui en veux pas du tout au contraire.

- Moi, je la remercie, elle est formidable

- Oui, Gregor a beaucoup de chance.

- Moins que moi.

- Non, ne dis pas de bêtises.

- Tu sais, Julie serait heureuse avec nous deux, parle-moi d’elle.

Elle avait raconté Julie, ses grands yeux, ses cheveux tout blonds, mais elle ne la voyait qu’à peine huit ou neuf jours par an, c’était tellement dur.

- Et tu ne sais pas où elle est?

- Non. Mais je pense qu’elle est en Italie.

- C’est vrai que tu es italienne... Et elle, elle ne peut pas te dire où elle habite?

- Elle est encore trop petite.

  • Il faut que j’aille parler à son père.

  • C’est tellement dur de parler avec lui.

  • ça vaut la peine d’essayer.

- Écoute vas y, je n’ai rien à perdre. Que ma fille à retrouver…et toi.

Ils étaient arrivés à Toulouse, ils avaient passé une nuit blanche, une nuit d’amour et de mots, une nuit de tendresse et de peur, elle avait peur, le père de Julie était dur, il pouvait être méchant, elle ne voulait pas qu’il prenne des risques, il la rassurait avec des mots et avec des caresses dont il connaissait bien mieux le vocabulaire.

- J’ai encore deux jours à prendre. Je vais aller le voir et je reviens te dire ne t’inquiètes pas.

- Je t’aime Mermed.

- Je t’aime Béa, à bientôt, quand je reviendrai tu seras libre, nous serons libres.

- Je t’attends, sois prudent, pense à nous.

 

Il était parti, il avait trouvé la maison où Dore, c’était son nom, habitait à Dijon. Il était tôt, il n’était pas encore là. Il avait attendu dans sa voiture et un type qui ressemblait à la description que lui avait fait Marie était arrivé. Avant qu’il ne pousse le portail du jardin, Mermed l’avait rejoint.

- Je m’appelle Mermed je veux vous parler.

- Je ne vous connais pas.

- J’aime votre femme.

- Quoi?

- Tu m’as bien entendu.

Ce type avait une gueule de dur, bien habillé, classe, mais un dur.

- Soyez poli, mon vieux

Et le type avait mis la main à la poche.

Mermed avait eu peur qu’il cherche une arme, alors il lui avait balancé un coup de poing lourd de tout son amour pour Béa et de toute sa haine pour cet homme et il était tombé à la renverse, la tête avait cogné sur l’angle de la marche. Mermed savait, le type était mort.

Il était parti vite, sans faire attention aux deux ou trois personnes qui étaient dans la rue et qui criaient. Il avait repris la voiture et avait roulé vers Toulouse, Il ne pensait à rien, il roulait, vite. Au bout de quelques heures il avait essayé d’appeler Béa, personne, dix fois, vingt fois il avait appelé, toujours personne. A Toulouse il était passé chez Béa, chez son amie, chez Marie, personne. Il avait attendu et puis il était rentré au quartier.

Le lendemain matin les gendarmes étaient venus le chercher. Tous les appels qu’il avait passés dans la nuit à Béa, à Marie étaient restés sans réponse. Il avait réussi à parler avec Gregor qui lui avait dit que Marie était repartie la veille à Paris. Il lui avait raconté ce qu’il avait fait.

à suivre

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