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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Mermed (25)

Mermed  (25)

 

7

 

 

 

Lundi matin, Danielle arrive au bureau à huit heures et demi, Rolles et Dupuy ont déjà vu le père de la secrétaire d’Affitaunauto, il a reconnu la photo sans l’ombre d’une hésitation.-

- C’est bien Costani qui a fait le transfert, lui qui a organisé cette mise en scène. Vous avez rendez-vous avec Longhi?

- Oui demain à huit heures à Turin.

- Vous partez cette après midi?

- Oui, je ne sais pas si nos portables passent en Italie, Longhi m’a dit que je pouvais vous donner son numéro.

 

 

Mermed attend l’heure de la promenade. Pourquoi est ce que je n’ai pas parlé de Béa à la flic, pourquoi mentir encore? Je ne peux pas mettre Béa dans une liste avec d’autres, je vais en parler au grand, tout lui raconter.

Dehors, il fait beau, le Grand est déjà là, il marche avec le Musicien, c’est le surnom de Rolland, il doit encore lui parler de Pizziccatta – je m’y mets aussi à ce surnom ridicule.

- Salut les gars.

- Bonjour Mermed.

- Tu m’excuses, le Musicien, je voudrais parles au grand.

- Je vais te raconter une histoire, mon histoire, lui dit il une fois qu’ils sont seuls, écoute jusqu’au bout, ne m’interromps pas après tu me diras ce que tu en penses.

En commençant ainsi, et il n’y a pas besoin d’en dire plus, l’un et l’autre savent que tout ce que dira Mermed restera aussi protégé qu’il est possible, le secret de la prison est encore plus impénétrable que celui de la confession. Mermed raconte toute l’histoire, le Grand l’écoute, heureusement qu’on est dehors, il fume encore ses horribles cigares italiens…

- Voilà toute l’histoire et maintenant il y a les flics et je n’ai parlé ni de Béa ni de Marie.

- Pourquoi?

- Je n’ai jamais voulu les mêler à mon histoire, je n’avais peut être pas compris ce qu’elles m’avaient dit.

- Et maintenant?

- Depuis une semaine je n’ai rien fait d’autre que penser à mes mois avec Béa, à tout ce qu’elle m’a dit, elle a été tout le temps avec moi, depuis…

- Depuis la découverte du corps ici?

- Oui, ça m’a rappelé Dore, mon crime.

- Et les coïncidences, ta copine travaillait dans les tableaux comme Dore et ces photos, il y avait bien quelque chose en commun.

- Mais Gregor a la certitude, par Madame Dore, qu’il ne connaissait pas Béa de toutes façons il ne pouvait pas être le père de la fille de Bea.

- Pourquoi?

- Madame Dore a dit à Gregor qu’il était stérile. Quand il est sorti de prison, elle voulait un enfant, ils ont essayé, rien, elle a vu un gynéco, il n’y avait aucun problème de son côté, il a donc consulté c’est ainsi qu’ils ont su.

- Si elle ne connaissait pas ce Dore là elle connaissait l’autre, forcément, il faut vous renseigner sur lui. Et puis demande à reparler à la commissaire, je crois que tu peux lui parler.

- J’en ai l’impression, elle a compris que je ne lui avais pas tout dit et c’est la première. - Parce que tu as envie d’en parler. - Tu crois?

- Oui autrement pourquoi me l’aurais tu dit

- Tu ne te doutais de rien?

- Je pensais que tu n’avais pas tout dit. Depuis quelques mois, je le pense, et puis ce cadavre de femme, ici, c’est quoi, sinon un avertissement?

- Pour qui, pas pour moi?

Le Grand ne répond pas.

- Tu as les photos?

- Oui.

- Fais voir.

- Je comprends que vous ayez été accro tous les deux.

Il lui rend les photos et ajoute,

- Parles à la commissaire de Béa, pour le moment seulement d’elle, pas de Marie, au moins pas avant d’avoir demandé à ton ami journaliste.

- Il vient demain.

- Alors tu lui en parles.

- Et toi tu n’as rien à dire?

- Non.

- Tu parles, c’est toujours la même chose, avec Béa, avec Gregor avec toi je raconte tout, vous ne me dites rien

- Tu es sûr de ça? Est-ce que tu es certain que tu écoutes? Tu es préoccupé uniquement par toi, ce que te racontent les autres tu ne l’écoutes pas.

Silence de Mermed.

- J’ai tort?

- Non c’est vrai je me suis concentré replié sur moi depuis que je suis ici.

- Et avant tu n’écoutais que tes impulsions, jamais les autres. Je suis sûr qu’ils t’ont parlé, mais as tu entendu ce qu’ils te disaient?

- Je l’entends maintenant.

- C’est un peu tard.

- Peut être, mais même toi tu ne m’as jamais rien dit.

- Non pas grand chose jusqu’à aujourd’hui, maintenant nous allons pouvoir parler, tu commences à comprendre.

Il me parle comme Mermed le jeune, un trait d’union, c’est tout ce que je suis- peut être un début de compréhension, un début d’ouverture.

- Je crois que je vais pouvoir écouter maintenant, Béa je l’écoutais…

- Tu parles…

Ils continuent à marcher en silence jusqu’à ce que le haut-parleur annonce la fin de la promenade.

- Au fait tu m’avais parlé de nos âmes qui nous haïssent, t’avais trouvé ça où?

- En moi, mais c’était mieux dit par un mexicain.

- Oui, j’y suis Rulfo c’est ça?

- Tu commences à écouter.

 

 

A midi, le fax du labo est arrivé.

- Commissaire, ils ont trouvé douze femmes qui ont eu deux dents sur pivots à l’époque qui nous intéresse, dans cette tranche d’âge.

- Elles sont localisées?

- On vient juste d’avoir la liste avec les adresses de l’époque, on s’y met tout de suite.

- Avec un peu de chance vous pouvez déjà en avoir quelques-uns unes. Je reviens vers une heure et demi.

Blanc recherche les téléphones de ces femmes. Sept d’entre elles habitent toujours à la même adresse, il réussit à en joindre une première,

- Bonjour madame…

- Oui?

- Vous vous êtes fait implanter deux dents sur pivot il y a quatre ans et demi.

- Oui, il y a un problème?

Blanc explique les raisons de son appel et termine,

- Heureusement, ce n’est pas vous!

Il réussit à parler à deux autres femmes de la liste, il barre trois noms de sa liste. Les quatre autres dont il a les téléphones ne répondent pas, il essaiera plus tard.

En ce qui concerne les cinq femmes qui ont changé d’adresse, peut être même de noms depuis l’intervention, il fait faire des recherches par un agent qui en a retrouvé deux. Par chance, les deux sont chez elles. Il barre deux noms supplémentaires.

Il reste sept femmes, quatre dont il a les numéros de téléphone et trois qui ont changé de ville de région ou de nom.

Comment faire? Lui demande l’agent.

- Tu te branches sur le fichier Insee, on a leurs numéros, avec ça tu vas les retrouver

- Blanc, du nouveau?

Il raconte à la commissaire ce qu’il a déjà obtenu.

- On devrait donc être fixé ce soir, c’est seulement une moitié de piste, quelqu’un a pu se faire poser ces dents sans être pris en charge, mais on ne peut rien négliger.

Ichebac et elle repartent pour la prison, ils décident l’ordre dans lequel ils vont voir les cinq détenus.

- O n devrait commencer par l’Elu.

- Puis le Marseillais et le Gros.

- Et le Grand,

- Mermed pour terminer.

L’un d’eux posera des questions, l’autre surveillera s’ils mentent, s’ils occultent une partie de leur histoire.

L’Elu arrive. Ils l’interrogent à tour de rôle

- Alors, Danielle, demande Ichebac quand il est parti?

- Non il ne cache rien, trop bavard, il connaît des gens qui pourraient monter un scénario pareil mais on le saurait il aime tellement parle

- Il est tombé pour quoi le Marseillais?

- deux tonnes de coke....

Le Marseillais entre. Ils l’interrogent, il est à l’aise, pas peur des flics, ils n’ont pas du rigoler tous les jours les collègues qui l’ont interrogé, pense Ichebac. Il a connu beaucoup de filles, mais si rien n’est clair dans sa vie – comment sa femme et ses enfants ont ils un tel train de vie alors qu’il est ici? C’est parce qu’il a des amis, quels amis? Des amis. Il n’en dira pas plus, pas besoin, les deux policiers savent bien que ses amis ce sont ceux dont il n’a jamais voulu dire les noms, ce n’est pas maintenant qu’il va les dire. Il a droit à toute la reconnaissance de ses amis et même de ceux qui ne le connaissent pas, c’est la vieille école, un vrai dur et intelligent, autant être direct avec lui.

- Ce corps qu’est ce que vous en pensez?

- Rien, ça ne me concerne pas.

C’est ce que pensent Danielle et Ichebac, il n’est pas concerné.

 

Le Gros porte bien son nom. Quand elle l’avait vu entrer lors du premier interrogatoire, Danielle avait été surprise par l’aspect de ce petit homme très rond chez qui les cheveux commençaient juste au dessus des sourcils, l’aspect de quelqu’un de banal. Elle s’était vite aperçue de son erreur, c’était un malin: c’était du beau travail de détourner les sommes énormes que l’on n’avait jamais retrouvées. Et tout dans sa façon de répondre aux questions était subtilité et intelligence.

- Vous vivez avec votre femme?

- Oui depuis trente huit ans.

- Et vos filles?

- Elles sont mariées toutes les deux.

- Pourquoi avez vous détourné tout cet argent?

- Je n’ai jamais rien détourné.

Il n’avait jamais avoué, son avocat avait joué sur le fait que l’argent n’avait jamais été retrouvé et il avait obtenu une peine peu importante.

On ne savait rien sur lui, sa femme n’avait jamais rien su, il ne menait pas un train de vie hors des normes, s’il avait eu des complicités personne n’en savait rien
- Lui, il nous cache des tas de choses, soupire Danielle dès qu’il a refermé la porte.

- Il pourrait bien y avoir des gens qui veulent récupérer le magot et qui ont voulu lui faire peur.

- Je ne sais pas qui peut faire peur à un homme comme lui

- On boit un café, Jean Paul avant de voir les deux derniers?

- Je vais les chercher.

Pendant ce temps, elle se dit que l’on voit ici les mêmes hommes que dehors, des hommes qui jouent, qui montent des coups. Lui, il aurait bien pu être à la place du Gros

- C’est l’avant dernier, Le Grand, c’est toi qui l’a vu Jean Paul?

- Oui, délits financiers, évasion fiscale.

- Encore un quinquagénaire?

- Oui, le seul jeune c’est Mermed.

Le Grand, c’est comme le Gros, il était le seul accusé au procès. Il achetait des lots de tout, des meubles, des voitures des immeubles. Il payait mais le produit des ventes disparaissait toujours. Avec lui non plus on n’a jamais rien retrouvé, ni personne.

- Vous auriez pu déclarer un peu pour être en règle.

- J’ai toujours fait mes déclarations.

- Si faibles…

- Je n’ai jamais gagné un sou.

- Qu’est ce que vous allez faire de tout cet argent?

- Quel argent?

- Celui que vous avez caché…

- C’est ce que vous croyez.

Lui non plus il ne dira rien, lui aussi il doit y avoir des gens qui aimeraient mettre la main sur son magot…

- Pourquoi nous voyez-vous une deuxième fois?

Les deux policiers ne répondent pas.

- Vous pensez que l’un de nous cinq a un lien avec cette histoire?

- Oui.

Bravo se dit Danielle, il est aussi fin que ce que je pense.

- Vous n’en avez pas vous?

- Non.

- Quelqu’un que vous connaissez ici?

On ne sait jamais.

- Vous revoyez Mermed, je crois?

- Vous n’avez pas répondu.

- C’est ma réponse.

 

Mermed entre à son tour.

- Monsieur Mermed j’aimerais que nous revenions sur ce que vous m’avez dit, vous n’avez oublié personne?

- Si, une femme, Béatrice Tabor.

- Pourquoi?

- Je n’arrive pas à mettre son nom avec d’autres noms de femme, c’est pour cette raison que je l’ai oubliée hier.

- Vous pouvez la décrire?

Mermed la décrit le plus sobrement possible. La taille correspondrait, se dit le commissaire, mais c’est celle de beaucoup d’autres femmes.

- Aucun signe particulier?

- Non.

- Vous l’avez connue où?

- A côté de Toulouse.

Danielle pose encore des questions et puis:

- Elle avait de bonnes dents?

- …Je ne sais pas.

- Elle n’a jamais été chez le dentiste?

- Si, un vendredi, j’ai été la rechercher chez son dentiste.

- Vous souvenez où c’était?

- Le nom de la rue non, mais c’était juste à côté de ce bistrot où il y a des musiciens.

- Lequel?

- Dark Room oui c’est bien le nom.

Pourquoi me parlent ils d’un dentiste? Pour l’identification?

- La femme qui était à la prison avait eu des opérations aux dents?

- Oui mais il y en a tant… Vous avez des nouvelles de cette Béa?

Mermed secoue la tête.

- Pourquoi à votre avis ne s’est-elle jamais manifestée?

- J’ai tué un homme, ça suffit pour éloigner, non?

Il ne dit pas que le soir du crime, il n’a pas réussi à la trouver alors qu’elle n’était pas et ne pouvait pas être au courant… à moins que…

Bien sûr, la question sur les prothèses dentaire aura été posée à tous. Ils ont noté toutes les réponses, peut être Blanc aura trouvé quelque chose qui se lie à ces dents, après il ne restera plus qu’à trouver tout le reste.

- Vous avez des amis ici?

- Des amis, non, des gens avec qui je m’entends bien, oui.

- Qui?

- Le Gros, le Grand et le Marseillais.

- Ils sont plus âges que vous?

- Oui.

 

à suivre

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