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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Mermed (27)

Mermed  (27)

 

 

Ils disposent de trois heures pour faire un tour dans la ville, Longhi qui la connaît parfaitement a déjà réfléchi à l’itinéraire qu’il peut suivre et qui lui permettra de leur montrer la Venise spectacle connue de tous et une Venise plus à l’écart. Comme on est en plein hiver, il n’y a pas trop de monde, ce qui leur permettra de faire le circuit qu’il a prévu sans bousculades.

Il a décidé de commencer par l’église des Gesuiti,

- Reculez vous un peu, vous voyez cette façade et les sculptures qui regardent les pauvres humains elles semblent dire que le patron c’est elles, c’est ceux qui officient à l’intérieur. Elle est fermée à cette heure ci, c’est dommage, tous les murs sont recouverts d’une marqueterie de marbre somptueuse, il y a en outre un autel baroque unique à Venise et une des dernières toiles de Titien un martyre de Saint Laurent très sombre et très dramatique, Shakespeare en peinture.

Ils continuent leur promenade jusqu’à une petite église rose enfermée au milieu d’immeubles plus haut qu’elle

- c’est les Miracoli, une église entièrement construite en marbre, elle est fermée aussi, l’intérieur joue uniquement sur les variations de teinte de la pierre, encore une église de pierre, un rêve de pierres, aucune peinture, la gloire de Dieu s’exprime par la pierre, le très bel escalier qui monte à l’autel pousse beaucoup de vénitiennes à venir ici pour leur mariage.

Quelques ruelles plus loin, ils arrivent sur une autre petite place, là encore il y a une église, ouverte.

- C’est la Fava.

- La Fava? la fève..

- Oui, elle tire son nom du marché aux fèves qui se tenait sur la place, on y entre? C’est une église très classique, il y a deux tableaux magnifiques, là un Veneziano, et le Tiepolo, une Sainte Anne.

- C’est la mère de la Vierge?

- Oui et Tiepolo est le Grand peintre du dix huitième siècle, certainement avec votre Boucher le plus grand peintre de l’époque, Cette toile, qu’il a peint assez jeune, est très différente de ses autres œuvres qui sont des hymnes au vide. C’était un peintre de fresques murales et de plafonds, son style permet de prolonger les plafonds jusqu’à l’immensité des vides célestes, un vertige spirituel…

- C’était un Vénitien?

- Oui, et comme beaucoup de peintres c’était une dynastie, son fils c’est le Gian Domenico dont j’ai parlé à cette fille à Stresa.

- Nous avons vu trois églises, Il n’y a personne...

Longhi leur explique, en marchant, qu’à Venise il y a cent vingt deux églises, quelques-uns unes ont été déconsacrées, mais plus de cent dix sont encore des lieux de culte et elles constituent le plus grand musée de peinture de la renaissance au dix huitième siècle du monde. Il y a plus de six mille toiles dans ces églises, des tableaux des plus grands peintres… Vivarini, Bellini, Tintoret, Veronese..

- Celui des noces de Cana?

- Oui, il était originaire de Vérone, mais il a travaillé toute sa vie ici.

Sans que Longhi les ait prévenus, ils arrivent place Saint Marc, là il a du monde, la queue,

- C’est pour visiter la basilique?

- Oui, il y a toujours du monde ici,

- Et le bâtiment à côté?

- C’est le palais des doges. Mais il faut des heures pour le visiter, vous reviendrez…

- Quand ma femme va savoir que j’y suis venu, c’est sûr…

Les deux inspecteurs sont sous le choc, muets et sourds aux mots de Pietro, ils admirent la place. L’inspecteur italien leur fait faire le tour sans parler, il comprend leur saisissement. Par la Piazzetta et le bord de la lagune il les emmène au traghetto qui va leur permettre d’aller à la douane de mer et à la Salute. Pendant qu’ils traversent le Grand canal, Rolles qui est émerveillé dit,

- En plus on prend une gondole.

- Oui il y a une dizaine de traghetto pour traverser le Grand canal, comme il n’y a que trois ponts ça permet de gagner du temps.

Il leur dit aussi que Byron avait l’habitude de faire la planche dans le Grand canal,

- Avec un cigare allumé à la bouche.

- Pourquoi?

- Pour éclairer les étoiles.

- Comment savez vous tout cela?

- J’ai fait des études de droit, mais aussi d’histoire de l’art et je suis amoureux de cette ville.

- La ville des amoureux.

- Oui c’est sa réputation, mais un anglais a écrit, et je crois qu’il a raison que seule Venise a des amants.

De la douane de mer il leur montre Saint Georges, ils admirent la vue avant de repartir vers la Salute.

- Nous avons encore un peu de temps, on va entrer dans la sacristie si ça ne vous ennuie pas…

Cela ne les ennuie pas du tout, ils ne s’étaient jamais intéressés à l’architecture, à la peinture, mais ici…

- Les trois tableaux au plafond sont de Titien, le premier, c’est le crime de Caïn, le crime contre Dieu. Au milieu c’est le sacrifice d’Abraham, le crime commandé par Dieu et le dernier c’est David contre Goliath, le crime pour défendre Dieu. C’est bien ce que nous traitons dans notre métier surtout le crime contre, mais on a quelquefois affaire à des sacrifices…

Il est temps de rejoindre le palais Grassi, qui est à un quart d’heure de marche, par le pont de l’Académie et le quartier des antiquaires.

- On a le temps de boire un verre de vin blanc ou un sprizz?

- ça vous a plu…

Les invitations les attendent à l’accueil du palais Grassi, il est encore assez tôt, peu d’invités sont arrivés, ce qui leur permet de trouver Costani rapidement, ils vont vers lui, il est en conversation avec d’autres personnes.

- Monsieur Costani, je suis Grimaldi.

- Je vous rejoins dés que j’ai terminé.

Longhi est redevenu flic, pas un regard pour les tableaux exposés et pourtant, il y a là tout ce qu’il aime, il reviendra…

Costani s’approche,

- Messieurs.

- Costani, nous sommes de la police, nous vous arrètons, toutes les portes sont bloquées, suivez nous sans faire d’éclat, à moins que vous ne préfériez les menottes.

- Qu’est ce qui se passe?

- Ces messieurs appartiennent à la police française qui veut vous entendre, nous avons les mandats et les autorisations de transfert.

Costani les suit, il préfère cette discrétion, après tout ici, tous sont ses clients ou de futurs clients, et il s’en est sorti chaque fois.

Ils croisent des invités qui tous saluent Costani.

- Tu pars déjà Angelo?

- Je règle une affaire avec ces messieurs, je reviens.

Les carabiniers accompagnent le groupe jusqu’à leur vedette où les attend le commandant qui les accompagne jusqu’à leur voiture.

Une demi-heure après l’interpellation de Costani, ils quittent Venise. Costani est menotté à l’arrière de la voiture à côté de Rolles.

- Pourquoi m’arrêtez vous?

- La police française veut vous entendre au sujet d’une affaire vous concernant.

Il pose d’autres questions pendant le trajet jusqu’à Turin mais n’obtient aucune autre réponse.

- Je veux prévenir mon avocat.

- Demain en France, dès que vous serez en garde à vue la bas.

A dix heures ils sont à Turin, Costani est placé dans une cellule pour la nuit.

- Si vous n’êtes pas trop fatigués, nous pouvons aller manger une pizza et appeler votre patron.

- Vous pensez que l’on pourra partir à quelle heure?

- A neuf heures, ce qui vous permettrait d’arriver de l’autre côté du tunnel vers onze heures.

Rolles téléphone à la commissaire, qui le félicite et lui demande de transmettre ses félicitations à Dupuy et Longhi, une escorte sera à la frontière demain matin.

Pendant que les deux inspecteurs rentrent à l’hôtel, Danielle qui attendait leur appel chez elle appelle le directeur et son père, les deux hommes sont ravis de la rapidité de l’enquête.

- Tu as tous les indices, apparemment c’est bien lui.

- Il faudra encore faire les tests génétiques, et les confrontations.

- Je ne fais pas de souci, bravo ma fille.

Elle repense à toute cette enquête. Vers sept heures elle est rentrée au commissariat avec Ichebac. Blanc les attend.

- On a retrouvé toutes les femmes sauf une.

- Où était elle à l’époque?

- A Toulouse.

- Vous avez le nom de son dentiste?

- Oui.

- Vous avez appelé?

- Il a vendu son cabinet, son successeur m’a donné l’adresse de l’ancien dentiste qui a pris sa retraite, j’ai appelé, sa femme m’a dit qu’il était absent jusqu’à mercredi.

- Il faudrait rappeler le dentiste, celui qui a racheté le cabinet, et lui demander s’il est à côté d’un bar qui s’appelle le dark Room.

- Je le ferai demain matin.

- Vous avez le nom de la fille?

- Béatrice Tabor.

On a trouvé le type qui a mis le corps dans un carton, est ce que c’est lui qui a tué? Les cheveux trouvés sous les ongles du cadavre devraient permettre d’avoir quelques certitudes. Pourquoi a t’il mis ce corps dans la prison? On le saura demain. On a retrouvé la fille, c’est cette Béatrice Tabor selon toute vraisemblance. Et elle repense aux cinq détenus qu’elle a vus dans la journée. C’est vrai, une prison c’est un village d’ombres, de types qui ne projettent qu’une partie d’eux-mêmes et pourtant ces types sont vrais, ce Marseillais c’est le vrai voyou de la tradition, de l’imagerie populaire, code d’honneur, silence, amis fidèles et en prison c’est lui le caïd, lui le juge de paix qui règle les problèmes, qui organise certainement des coups tordus, il sait utiliser les détenus à qui il rend des services et puis il monte des gags, son histoire de faire mettre toutes les chaussures des détenus devant leurs portes pour qu’elles soient cirées, ça l’a beaucoup fait rire.

- Ils ont marché?

- Presque tous.

- Et les surveillants?

- Je l’ai fait avec leur accord bien sûr

.L’Elu c’est un verbeux, même en prison il se cache derrière les mots, lui il n’est pas vrai, lucide peut être, mais pas vrai, à moins qu’il ne soit pas aussi intelligent qu’il ne le pense, ce qui n’est pas le cas du Gros ou du Grand, eux c’est leur première condamnation, ce sera la seule, mais ce sont des asociaux des solitaires, elle en est certaine, ils ont pigé tout de suite les règles de la prison, ils en savent beaucoup plus qu’ils ne l’ont jamais dit, d’ailleurs le Grand lui a laissé entendre de manière très détournée, très subtile que Mermed avait des choses à lui dire. Comment va t’il réagir Mermed? Il l’a aimé cette fille, énormément, d’un amour total, elle l’a senti. Pourquoi est ce qu’on lui a envoyé son cadavre dans la prison? Est-ce qu’elle peut lui en parler, ne risque t’il pas de se renfermer complètement comme il l’a fait pendant dix mois? Pourquoi a t’il tué ce Dore? Il faut attendre d’être sûr, il faudrait une photo de cette fille, il en a une, il en a certainement une.

à suivre

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