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Publié par Mermed

Mermed  (29)

 

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A neuf heures le lendemain matin elle attend Mermed dans ce qui est devenu son bureau à la prison.

- Bonjour, Madame.

- Bonjour, Monsieur Mermed, j’ai rencontré votre ami Gregor Samsa, hier soir, il m’a dit que vous vouliez me parler encore.

- Oui.

Mermed raconte à son tour toute l’histoire, il ajoute à ce qu’a raconté Gregor à la commissaire, les conversations qu’il a eues avec Marie à Megève et la conversation avec Béa, il explique les raisons de son voyage à Dijon, la mort de Dore. Il dit aussi que depuis la découverte du corps il a consacré tout son temps à revoir toute l’histoire.

- Maintenant vous êtes prêt à connaître, à accepter toute votre histoire?

- Je crois.

- Ca risque de casser quelque chose.

- Je crois que c’est fait, mais il restera toujours mon histoire.

- Vous avez des photos je crois?

- Oui je les ai apportées, elle c’est Béa, elle, Marie et entre elles, ce type, c’est Costani, un marchand d’art italien.

- On vient de l’arrêter, il est en garde à vue au commissariat.

- Et le corps?

- Je pense que nous saurons dans la journée, vous…

- Je tiendrai le coup si vous me dites que c’est Béa, je crois…mais si je peux vous demander une faveur, venez me le dire, s’il vous plait.

Quelle démarche de la part d’un détenu! Elle s’y attendait, elle y avait réfléchi, elle le lui doit, lui de la prison et Gregor Samsa dehors ont eu le courage de mener cette enquête et d’aboutir.

- Comment vous êtes vous décidé à me raconter la totalité de cette histoire?

- Moi d’abord et puis Gregor et un autre détenu.

- Lequel, le Grand?

- Oui.

- Dès que je sais, je viens vous le dire Monsieur Mermed.

- Merci.

 

 

De retour au commissariat elle appelle Blanc.

- Vous avez pu joindre le dentiste?

- Je l’aurai vers onze heures, il est rentré tard, sa femme m’a demandé de le laisser dormir.

- Il a un fax?

- Oui.

- Envoyez cette photo, vous demandez seulement s’il reconnaît l’une des deux femmes.

Pendant une heure, elle complète le dossier avec Ichebac pour le juge, Blanc revient peu après onze heures.

- J’ai eu le dentiste, il se souvient de la fille, il l’a bien reconnue sur la photo et il se souvient de son nom, Tabor.

- Et voilà on connaît l’identité du corps.

Rolles et Dupuy qui sont là voient la photo que rend Blanc à la commissaire,

- Mais on la connaît cette fille.

- Laquelle?

Ils montrent Marie,

- C’est celle qui habite au dessus de chez Costani à Stresa, c’est comment son nom, tu l’as noté Dupuy,

- Oui, voilà, Marie Duroc.

- Prévenez Longhi, il faut essayer de l’interpeller pour l’entendre.

Dupuy joint Pietro Longhi sur son portable, il est à Rome, mais il va prévenir les carabiniers de Stresa et ses collègues de Turin.

- Et le labo, Dupuy, vous les avez eues?

- Oui, les cheveux sous les ongles du cadavre sont ceux de Costani, en revanche aucun lien entre les mégots de Malboro et les douilles retrouvées vers la crevaison.

L’affaire est quand même bouclée en ce qui nous concerne. Ichebac appelez le juge, moi j’appelle le directeur.

- Monsieur le Directeur,

- Bonjour commissaire.

Elle lui raconte le dénouement.

- Une affaire rondement menée commissaire, mes félicitations et transmettez à votre équipe.

A cinq heures, deux inspecteurs emmènent Costani chez le juge. Danielle Babel est déjà dans son bureau. L’avocat de Costani est arrivé, il ne peut pas empêcher l’incarcération de Costani qui ne dit rien, ne répond à aucune question.

-Monsieur Costani, je vous fais incarcérer à la prison de Henoke.

 

Les policiers arrivent au commissariat, un pot a été organisé pour fêter la première enquête de la nouvelle patronne. Un pot sympathique, elle sait qu’elle a une équipe avec elle maintenant.

La journée ne peut pas se terminer sans qu’elle appelle son père.

-Voilà c’est fini.

- Je sais.

- C’est le directeur qui t’a appelé?

- Oui, vous avez été très rapide.

- De la chance et puis on a été aidé, ce journaliste allemand, au fait, il faut que je le rappelle, et Mermed.

Dés qu’elle a raccroché, elle appelle Gregor Samsa.

- Monsieur Samsa?

- Bonsoir commissaire.

- Je vous appelle comme promis, dès que vous le pouvez, venez me voir, je vous raconterai toute l’histoire.

- Je peux être de retour à Haran demain après midi, voulez-vous vers cinq heures?

- Ce sera parfait, demain matin je vais aller raconter l’épilogue à Mermed, je le lui ai promis, vous êtes sûr qu’il supportera?

- Pas totalement, j’espère… A demain commissaire.

Elle est contente d’avoir mené à bien cette enquête, contente que ça ait permis de cimenter aussi vite l’équipe autour d’elle. Et c’est une enquête un peu hors du commun, est ce qu’un détenu avait déjà aidé à résoudre un problème, à part Dom Isidro Parodi, elle n’en connaît pas d’exemple. Drôle de destin que celui de ce Mermed, le légionnaire moine, il a été les deux, légionnaire et maintenant il est moine par la force des choses et parce qu’il le veut. Cette fille est morte mais qu’est ce qu’elle a été aimée, quel amour elle a connu! Il a vraiment changé en prison, je ne savais pas que c’était possible, c’est vrai on a l’impression qu’il est calme, serein, d’un autre côté je n’ai jamais revu les types que j’ai arrêtés, eux aussi ils ont pu changer… Mais il tranche tellement sur presque tous les autres, tous des asociaux sans autre espoir que de ressortir pour recommencer. Quel avenir ont ils en sortant d’ici? Il y a des gars qui s’en sortent, font des études mais si peu…ça fait quoi, une dizaine sur plus de trois cent qui sortiront forts, vrais…pourquoi est ce que Costani a tué cette fille? Est ce qu’elle voulait aller voir Mermed, a t’il eu peur? Pourquoi n’y aurait elle pas été plus tôt ? C’était peut être bien un accident la mort de Dore, c’était l’autre qui était visé peut être cet Etienne Dore. Dupuy et Rolles ont commencé à chercher, rien…C’est qui ce type? C’était le père de sa fille, et où est elle cette gamine? Est-ce qu’elle sait qui est sa mère? Il y en a encore des questions…Elle s’est peut être fait tuer pour lui, belle histoire, trop belle, et Costani a mis le corps dans la prison, il savait que l’on découvrirait l’identité, que Mermed le saurait et qu’il se tairait – que Gregor Samsa arrêterait son enquête, ça c’est vraisemblable.

Avant de s’endormir, elle se souvient qu’elle a autorisé les parloirs depuis lundi, je vais autoriser la distribution du courrier à partir de demain.

 

 

Dupuy a été joint tard le soir par Longhi, les carabiniers de Stresa n’ont pas trouvé Marie chez elle. Les voisins ne l’ont pas vue. Il lui a expliqué le dénouement, que cette Marie et Béa travaillaient ensemble, qu’elle est peut être en danger même si Costani est sous les verrous,

- On a fini d’examiner toutes les empreintes que vous avez relevées dans la camionnette, lui dit Longhi.

- Et?

- Il y a bien celles de Costani mais aussi celles d’un sarde, un tueur, Adriano Poli, c’est quelqu’un qui a été arrêté il y a vingt ans pour le meurtre du maire d’une ville des Pouilles. Il avait été condamné à perpétuité, mais il s’est évadé, on ne l’a jamais retrouvé, mais on a plusieures fois trouvé ses empreintes toujours dans des affaires criminelles. On pense qu’il reste en Sardaigne dont il ne part que pour exécuter des contrats, ce qui signifie que Costani est introduit dans un milieu où l’on sait comment joindre des gars comme ce Poli.

- Nous allons communiquer cet élément au juge.

- Je ne pense pas que Costani bénéficie d’un non-lieu cette fois?

- Je ne le pense pas.

- C’est curieux, dans les autres affaires il n’y avait pas d’indices..

-Il a du paniquer, l’enquête de ce journaliste allemand qui se rapprochait a du précipiter les choses.

- Vous me tenez au courant?

- Bien sûr et merci encore.

Le lendemain matin, Dupuy rapporte cette conversation à la commissaire et à Ichebac.

- Il faudrait que l’on en sache un peu plus sur ces deux filles, vous pouvez vous en occuper avec Rolles?

- Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’on trouvera des renseignements sur ces filles, sur cet Etienne Dore et que les italiens trouvent ce Poli.

- Ca je crois que ce sera impossible, ces tueurs sardes, personne ne les retrouve jamais.

- Je ne sais pas si le juge arrivera à faire parler Costani…

- J’en doute, son système de défense ça a toujours été de se taire et ne rien dire ça ne peut que l’aider, il sera dur dans l’état actuel de le condamner pour autre chose que complicité d’assassinat. Je serais vraiment étonné qu’il change d’attitude, l’interrogatoire que l’on a mené, il aurait pu durer des heures et des heures, rien n’aurait évolué, il est solide, je souhaite bien du plaisir au juge…Et à nous par la suite

- Pourquoi?

- Tout ce que l’on pourra avancer pour trouver les motivations, les liens entre les personnes dans toute cette affaire, la mise en place du corps dans la prison, des suppositions qui reposent sur une histoire tellement bizarre, un légionnaire qui est peut être envoyé par deux filles faire peur à un autre homme, il se trompe, il tue un homme, le demi-frère, lui-même ancien détenu. Ces deux femmes connaissaient un autre homme, ami, amant, relation professionnelle, l’une d’elle habite la même maison que lui quatre ans après les faits, mais elle a disparu elle est peut être en danger, et puis celui qui était la cible cet Etienne Dore on n’en trouve pas de trace et tout cela nous a été raconté par un détenu et un journaliste allemand qui vient le voir depuis des années dans la prison où l’on a retrouvé le corps.

- Présentée comme vous le faites, c’est une affaire embrouillée.

- L’avocat de Costani saura l’embrouiller encore plus pour le jury…

- On verra bien. J’ai dit à Mermed que j’allais lui raconter le dénouement, c’est la moindre des choses, j’y vais maintenant et cette après midi je revois le journaliste allemand.

- Il va avoir un beau scoop.

- Il le mérite bien.

 

A nouveau, pour la dernière fois, son bureau à la prison.

- Bonjour monsieur Mermed.

- Bonjour madame.

- Je vous ai promis de vous raconter tout ce que nous savons,

Elle lui raconte toute l’enquête, Marie à Stresa, Costani, Poli et puis, il faut bien,

- Et le corps dans la prison…

- C’est celui de Béa.

- Oui.

- C’est certain?

- Totalement.

- Que sait on d’elle? Moi je ne savais rien, à part Julie, sa fille.

- Rien, on ne retrouve ni Etienne Dore, ni sa fille, pour le moment et il n’y a pas de Béatrice Tabor nulle part.

- Et Marie?

- Elle oui, c’est Marie Duroc née à Paris il y a trente deux ans, elle était fille unique d’un couple de médecins âgés qui sont morts dans un accident de voiture il y a trois ans. On ne sait pas où elle est partie depuis Stresa.

- Pourquoi est ce que Béa a été tuée? Pourquoi avoir transporté son corps ici? C’est tellement risqué…

- Costani n’a rien dit, et je crois qu’il ne dira jamais rien, ce que je crois c’est que Costani a appris que votre ami Gregor faisait cette série d’articles, peut être Etienne Dore qui l’aurait vu à Dijon…et tout le monde sait que Monsieur Samsa est un remarquable journaliste d’investigation et Costani a pu avoir peur.

- De quoi?

- Je pense que Costani et Etienne Dore se connaissent.

- Et Marie, elle est complice?

- Pas forcément. Je pense que les deux filles ont été menacées dès la mort de Dore, on a du leur faire peur, leur dire que si elles se manifestaient, elles auraient des problèmes avec la justice et puis il devait y avoir du chantage par rapport à Julie. Mais je pense que Béa voulait vous écrire, venir vous voir et qu’elle a du se décider à le faire ce qui lui a coûté la vie.

- Et Costani aurait décidé de la tuer et de l’envoyer ici pour que Gregor arrête son enquête?

- Oui.

- C’est bien compliqué.

- Oui mais il montrait qu’il pouvait faire beaucoup de choses, c’était un moyen de pression solide.

- Pourquoi n’a t’il pas éliminé Gregor? C’aurait été plus simple.

- J’y ai réfléchi, mais en tuant Monsieur Samsa, il y avait encore vous, Béa, Marie, Madame Dore, et puis c’est quelqu’un de connu. Je pense c’est une intuition de femme pas de flic que Béa vous aimait.

- C’est rare un flic qui croit aux histoires d’amour.

Elle ne répond rien.

- Voilà monsieur Mermed.

- Je vous remercie d’être venue madame.

 

En fin de matinée, quand la commissaire arrive, Dupuy et Rolles l’attendent.

- Les italiens ont retrouvé une Marie Tabor née à Rome il y a trente ans, parents décèdes, mais elle a un frère qu’ils ont retrouvé, il travaille dans la mode à Milan. Il n’avait plus de nouvelles d’elle depuis très longtemps, ils lui ont montré les photos, c’est bien elle.

- Elle était italienne?

-Oui..
 

à suivre

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