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Publié par Mermed

Mermed (5)

Mermed poursuit ses retrouvailles avec le temps. Après avoir quitté Béa à Toulouse, il ne l’avait pas oubliée,comment aurait-il pu? Pendant sa mission en Afrique il avait souvent pensé à sa copine qui habitait à Toulouse et aux nuits qu’il passerait avec elle dès son retour. Elle n’était pas à Toulouse quand il était rentré, ça lui avait évité de se demander s’il aurait été la voir après avoir ramené Béa. Dans les jours qui avaient suivi, il ne l’avait pas appelée, et pourtant…horizontalement c’était une affaire cette Nathalie et verticalement elle était terrible aussi. Mais il n’avait plus en tête que cette femme qui, de la pluie était entrée dans son souvenir. Il n’avait pas retenu son nom, il avait pensé le demander à Georges et puis il ne l’avait pas fait, il avait dit qu’il ne tricherait pas et il avait décidé d’accepter ses règles Le hasard, la chance, le destin. En plus ça lui plaisait. Même s’il n’était pas sûr d’avoir de la chance et que le destin ce n’était pas quelque chose qu’il connaissait bien. La chance, il avait quand même essayé de l’aider un peu, il était retourné à Toulouse, il avait attendu devant la résidence, il ne l’avait pas vue. Il avait fait le tour– une quinzaine de petits immeubles dans un parc, environ quatre cent appartements et il ne connaissait pas le nom de son amie. Il était reparti chaque fois sans aller voir Nathalie, à qui il avait téléphoné pour dire qu’il n’avait pas le temps de la voir, elle était gentille, il ne voulait pas lui dire qu’il n’avait pas envie de la voir. Et puis il revenait, la voix de Béa dans sa tête, ses mots, la chance, le destin, le hasard, son inflexion de sa voix quand elle les avait dits.

Un jour, elle était venue reprendre sa voiture chez Georges, mais il était en manœuvres. Georges le leur avait dit le soir chez Toni.

- Vous vous souvenez de la fille en panne?

Ils s’en souvenaient tous.

- Elle est revenue cette après midi rechercher sa voiture, c’est une fille aussi canon qu’elle qui l’a amenée.

Et puis, presque un mois plus tard, il était retourné à Toulouse, il avait rendez-vous avec un vieux copain – en fait son seul ami. Bien sûr, il était parti assez tôt pour aller une nouvelle fois devant les immeubles et bien sûr il avait attendu pour rien. Il était allé à l’aéroport où il avait retrouvé Gregor, et ils étaient allés dîner chez le frère de Claudie qui avait un restaurant où il allait quelquefois. On y mangeait très bien mais c’était assez cher. Ils avaient commandé la même chose, un foie gras avec une bouteille de Jurançon et une fricassée de cèpes – ça avait été une saison formidable pour les champignons. Ils allaient commander le café quand – oui c’était bien elle- elle était entrée dans le restaurant avec une autre fille presque aussi belle. Elles s’étaient installées, elle ne l’avait pas vu, le patron était allé les saluer, des habituées, sûrement. Bon sang, j’aurais du venir plus tôt. Il n’avait pas osé se lever, il essayait d’attirer son regard ce qui était difficile, elle lui tournait le dos. Alors, tout en regardant la table des deux filles, il avait raconté l’histoire à Gregor et il lui avait dit qu’ils devaient prendre un dessert long à préparer pour être maîtres du temps – un sabayon, en plus ici il était exceptionnel, un sabayon aux fraises des bois et Gregor qui n’en avait jamais mangé avait été d’accord. Elle avait commandé une salade, sûrement la salade de Saint Jacques qu’ils avaient hésité à prendre et elle buvait de l’eau minérale. Qu’elles étaient belles, toutes les deux – d’ailleurs tous les types du restaurant à commencer par Gregor lui donnaient raison, mais Béa, Seigneur! Je ne lui plairai jamais, une fille comme elle, ici, ce n’est pas pour un légionnaire…il se souvenait alors de sa voix, de ses mots, de sa façon de les dire et il se disait qu’après tout…

Et puis elle s’était levée, on venait de leur servir le sabayon qui était en train de réchauffer et de refroidir dans son assiette. Le hasard de la première rencontre était encore là, leur table était sur son chemin si elle allait à la cabine téléphonique. Il espérait qu’elle aurait à nouveau besoin de téléphoner. Et c’est vers là qu’elle se dirigeait, le rêve de ses nuits blanches, toutes en noir, un pantalon, un gilet, une chemise d’homme. Elle le verrait forcément et elle l’avait reconnu. Il s’était levé.

- Bonjour Béa.

- Bonjour Mermed, quel hasard!

- Je croyais que c’était le jour de chance.

Elle avait souri

- Vous vous en souvenez?

Et comment…des semaines qu’il ne pensait qu’à ça. Et malgré tous ses efforts pour la retrouver, aujourd’hui, sans tricher c’était vraiment la chance.

- Oui, aujourd’hui c’est la chance.

Elle l’avait dit toujours en souriant tendrement, pensait-il.

- Vous croyez qu’après le repas nous pourrions aller prendre un verre tous les quatre?

Elle devait téléphoner tout de suite, elle lui dirait après.

Elle était revenue quelques minutes plus tard, il s’était levé à nouveau.

- Nous devions avoir un rendez-vous ce soir, mais il est reporté. Venez prendre le café avec nous quand vous aurez terminé et nous parlerons de ce verre.

Ils s’étaient dépêchés de finir leur repas, il était revenu sur son histoire qu’il avait déjà racontée quelques instants plus tôt à Gregor – qui était aussi fasciné que tous les autres par ces deux filles, alors…

Ils s’étaient levés et s’étaient approchés de la table.

- Bonsoir Madame. Béa, je vous présente mon ami Gregor.

- Marie, je te présente Mermed

Ils s’étaient assis,

- Vous êtes légionnaire, Gregor?

- Non, je suis journaliste, au Spiegel.

- Comment avez vous connu Mermed?

- A Sarajevo où j’ai fait de nombreux reportages.

- Vous êtes allemand?

- Oui.

- Vous parlez parfaitement français…

- Ma mère était française.

Marie avait demandé aux deux garçons de leur raconter Sarajevo. Ils avaient raconté, Gregor surtout, il parlait aux deux filles et puis la conversation avançant, il parlait davantage à Marie et Mermed parlait à Béa. Ils avaient raconté les décombres, le manque d’eau, l’absence d’électricité, les snipers, les petits garçons et les petites filles tués et les voyeurs toujours- les voyeurs intellos, les voyeurs humanitaires, tous ceux qui venaient se faire payer d’une façon ou d’une autre l’aide qu’ils n’apportaient pas, tous ces voyeurs qui rendaient la mort encore plus dure. Mermed avait raconté que des types organisaient des sortes de safaris à Sarajevo pour des bourgeois en quête d’émotions, ils partaient pour faire le sniper, ça leur coûtait deux cent mille francs et ils revenaient chez eux avec la photo de leur trophée – le plus souvent un gosse.

- Ce n’est pas vrai…

- Si, je peux même vous dire où ils s’entraînaient.

- Je ne peux pas le croire.

Pourquoi avait-il raconté ça? Est-ce que c’était vrai? Est-ce qu’il l’avait inventé? Il ne savait plus.

Gregor avait demandé s’ils allaient prendre un verre ensemble, elles avaient dit oui, alors les deux garçons avaient payé le restaurant pour les quatre et Marie avait dit:

- C’est nous qui vous invitons pour le verre, sinon…

Ils étaient allés dans un bar où il y avait des musiciens, il était encore tôt, il restait quelques tables. Gregor et Marie avaient pris un Whisky, Béa et lui des jus de fruit. Les musiciens avaient commencé à jouer, c’était du Jazz, lui ne connaissait pas bien, mais Gregor et les deux filles aimaient beaucoup. Le Chef du groupe avait dit que c’était une soirée en hommage à Charlie Byrd, et ils avaient joué des morceaux qu’il connaissait.

- C’était qui Charlie Byrd?

- Un guitariste qui a fait beaucoup de Jazz samba surtout avec Stan Getz.

- Stan Getz?

- Un saxophoniste mort il y a quelques années. Je les ai entendus tous les deux à Washington dans le quartier de Georgetown quand j’étais étudiant là bas.

Il avait compris pourquoi ces morceaux lui rappelaient quelque chose. Il les avait entendus au Brésil.

Ils parlaient tous les quatre, Béa avait demandé à Gregor ce qu’il était venu faire à Toulouse.

- Je fais une série d’articles sur les meilleurs régiments du monde, nous commençons par la légion étrangère, et je fais des portraits dont celui de Mermed et de quelques autres- vous savez, Mermed c’est un très bon soldat.

- Il doit y avoir des légionnaires qui ont des parcours intéressants?

- Oui, très.

Béa avait fait parler Mermed de la légion, il lui avait raconté les épreuves de sélection, la discipline et il lui avait demandé,

- Votre mari est absent?

- Oui, il est encore en déplacement.

Gregor avait demandé leur métier aux deux filles. Elles travaillaient dans les antiquités, cherchaient des meubles, des objets, surtout des tableaux qu’elles revendaient ensuite à d’autres marchands ou à des collectionneurs.

- Vous faites cela depuis Toulouse?

- Nous sommes à Toulouse et à Paris, nous nous déplaçons beaucoup.

Marie, vers minuit, avait dit,

- Je travaille tôt demain, il faut que je rentre.

Gregor lui avait demandé si elle était en voiture.

- Oui j’ai pris Béa en venant au restaurant.

- Vous pouvez me déposer à l’hôtel? Mermed raccompagnera Béa.

- On peut le leur demander.

Et tout le monde avait été d’accord. Ils étaient sortis, Gregor avait donné rendez-vous à Mermed le surlendemain et ils étaient partis.

- Aujourd’hui c’était bien la chance?

Ça avait été pendant cette soirée au cours de laquelle il avait tellement parlé – il en prenait l’habitude avec cette femme – la seule idée, la seule question qu’il avait en tête.

- C’était vraiment la chance.

- Ce n’était pas le destin?

- Non, Mermed, la prochaine fois…

- Où allez vous Béa?

- Toujours chez mon amie, elle n’est pas là, je m’occupe de son chat.

Il l’avait accompagnée. Il était sorti, lui avait ouvert la porte et il l’avait embrassée elle aussi l’avait embrassé. Ils s’étaient dits au revoir et elle était entrée dans la résidence.

Il était reparti seul mais il savait, il en était sûr que le destin était tout près de lui, son destin, leur destin. Il pensait à cette soirée, à Gregor et à Marie, à Béa, à lui. Il cherchait pourquoi il s’était tellement attaché à cette fille, à son visage qui lui en rappelait un autre, comme chez Toni.

 

à suivre

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