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Publié par Mermed

Partir? Un espoir aujourd'hui...

 

1

Qu’a t’il donc notre ennui

À voyager avec nous,

Les mêmes compagnons,

Les mêmes certitudes,

La monotonie accompagne nos jours

Dans les mêmes chambres

Des endroits où aller l’été et l’hiver.

Notre ennuyeuse gaieté partagée avec tous?

Mais toutes les lassitudes

Pour nos moments de solitude.

 

2

Qu’a t’il donc notre ennui

A nous empêcher

De retrouver la vallée abandonnée.

Personne ne nous rejoindra.

Sous la treille

De l’arche de Noé.

Nous emplirons nos âmes

D’une vallée qui se cache

Dans les premières brumes du soir

A l’heure où le vin nous installe

Dans un rêve de Wang Wei.

 

 

3

Qu’a t’il donc notre ennui

A nous imposer les fatigues de voyages

Qui nous empêchent de partir ailleurs.

Où est-il le petit port ignoré?

Aucun bateau ne reviendra

Avant beaucoup de jours.

Une taverne, boire le café

En regardant le temps filer

Sous les doigts des vieux.

Et puis, marcher,

Ecouter les paroles du vent,

Aimer encore.

 

4

Partir avec Beethoven à Vienne

Écouter le septième trio avec piano.

Prévoir une étape dans la ville à laquelle

Essor Piazzolla a donné

Des bons airs et des tangos de liberté.

Continuer son voyage

Avec le saxophone de Coleman Hawkins

A cloche pied du corps d’une femme

À l’âme de la musique.

Aller ensuite dans la forêt

Écouter la Finlande de Sibelius,

Garder le dernier jour pour Varsovie

Et survivre grâce à Arnold Schönberg.

 

5

On ne pouvait pas bouger ce jour là

Et pourtant,

L’accent entendu

Au détour du matin

Nous a emporté

Entre les calanques de Piana

Et l’œil du cyclope.

 

 

6

Ainsi qu’aux savanes

Du pays des origines

Son refuge est provisoire

Pour éviter les tempêtes

Des jours de mélancolie, de tous les jours

Derrière le bâti,

À l’abri d’un ouragan de solitudes

Il est prêt pour le départ,

Dans la fumée

Sa femme est son enfant le rejoignent.

Ils libèrent

Le verbe du sein de la mère.

 

7

Des jours et des jours

Avant de partir

Quelques marches, une porte

Et il sera ailleurs.

Y a t’il encore un ailleurs

Autre que celui où ils sont,

Qui est son pays

D’où il ne peut plus revenir.

 

8

Soixante sept

Sur une barque délabrée

Ils flottent vers autre part

N’importe quel autre port

Froid et pauvre

Moins pauvre, pensent-ils.

Un mauvais coup de vent

Ils ne seront pas nombreux

Ceux qui auront la chance

D’être ramenés chez eux.

 

© Mermed 2001

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