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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Codex

Le Codex seraphinianus est un livre écrit vers la fin des années 1970 par Luigi Serafini et publié en 1981 par l’éditeur à Franco Maria Ricci

Le Codex seraphinianus est un livre écrit vers la fin des années 1970 par Luigi Serafini et publié en 1981 par l’éditeur à Franco Maria Ricci

     

 

 

1

C’était ailleurs, en des temps étranges;

je connaissais cependant tous les noms

des roses damascènes, des mésanges,  

des Léviathans, de tous les poissons;

mais peu à peu s’éveillait un soupçon,

tous ces mots dont j’avais connaissance

les baptisés approuvaient-ils leur sens ?                  

 

2         

J’ai alors cherché dans des dictionnaires,

il y avait tous les mots que je savais,

et ceux absents de mon vocabulaire,

et les noms de choses que je voyais

que je ne savais pas toujours nommer.

Me restait un soupçon de clairvoyance:

les baptisés approuvaient-ils ces sens ?

 

3         

Puis vinrent les poètes qui inventèrent

des choses splendides, des choses inconnues

qui ne figuraient dans aucun glossaire

sous leurs noms que nul n’avait jamais lus,

choses et mots que nous avions attendus

depuis les débuts de nos existences,

et ces mots-là, ils approuvaient leur sens.

 

Mots que les poètes avaient inventé,

cadences des rythmes de nos vies naissantes

depuis le premier bal de nos idées

débutantes, vierges encore, confiantes,

tantôt résignées, tantôt voyantes.

Des mots qui n’étaient que magnificence,

et ces mots-là, ils approuvaient leur sens.

 

4         

Nous avons alors cru être des dieux,  

nous connaissions les astres, Vénus, Pluton,

les planètes et les étoiles dans les cieux,

nous leur avions attribué des noms,

tellement assurés que nous les connaissions

ces corps célestes qui nous offraient leur danse;

mais, ces soleils approuvaient-ils ces sens ?

 

Nous nous sommes cru poètes aussitôt, 

sachant dire ce qu’était l’éternité 

et toutes les choses inconnues des chaos

d’avant le temps; nous leur avons donné

des noms - nous pensions tout apprivoiser

avec ces mots, masques de nos ignorances,

des mots dont elles n’approuvaient aucun sens.

 

 

5

j’étais devenu une invention,

un rêve, j’y étais un vieux chinois

qui rêvait qu’il était un papillon

qui rêvait qu’il était le vieux chinois

qui ne rêvait pas que j’étais lui, non !

 

6

En ces temps-là je m’appelais,

je ne sais plus…

mon nom je ne le retrouve pas dans les vieux grimoires

qui ne sont plus ma mémoire;

personne ne sait plus…

Étais-je celui-ci ou celui-là ?

nul ne le sait plus;

je connaissais le langage d’avant les langues,

celui que parlait Enoch avec les anges

qui lui enseignaient à reconnaître l’iniquité, *

cette langue dont je suis le dernier lecteur,

égaré dans les ruelles de Prague,

poursuivi entre les alambics des alchimistes

par les Béhémot et les Léviathan

et tous les Pascuans, 

après mes soirées de beuverie, 

quand je tentais de déchiffrer

les écrits que nul ne sait lire.

Ni l’auteur inconnu du manuscrit Voynich

ni aucun autre ne nous dira jamais

comment comprendre

leur livre et les cartes d’univers jamais vus,

et toutes les plantes de continents non connus,

accompagnées d’explications en langues inconnues,

qu’aucun Champollion n’est venu déchiffrer,

parce qu’il n’y a rien d’autre que la  

beauté des glyphes et des dessins

dans ces livres ouverts aux pages de notre inconnaissance; 

le codex Seraphinianus - vraie création,

le manuscrit Voynich -

peut être rien d’autre que le travail d’un faussaire de talent

pour une supercherie au quinzième siècle -

et encore d’autres pages d’autres ouvrages

dans des langues inventées - peut-être,

mais parfaits miroirs pour notre insuffisance

de faiseurs de tant de mots définis

pour être les cache-misère de notre ignorance.

Ils sont les bienvenus tous ces mots,

salutaires rappels à de modestes desseins,

quand on ne sait plus comprendre.

 

 

 

 

 

 

* Enoch 63.1     

 

 

 

 

 

Ó Mermed 28 Janvier - 8  Février 2012

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