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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Ennui

Jean Béraud   (1849-1935)   L'Ennui

Jean Béraud (1849-1935) L'Ennui

1
Qu’a t’il donc notre ennui
à voyager avec nous,
les mêmes compagnons,
les mêmes certitudes,
la monotonie accompagne nos jours
dans les mêmes chambres
des endroits où aller l’été et l’hiver
notre ennuyeuse gaieté partagée avec tous
mais toutes les lassitudes
pour nos moments de solitude.
 
2
Qu’a t’il donc notre ennui
à nous empêcher
de retrouver la vallée abandonnée.
Personne ne nous rejoindra.
sous la treille
de l’arche de Noé
nous emplirons nos âmes
d’une vallée qui se cache
dans les premières brumes du soir
à l’heure où le vin nous installe
dans un rêve de Wang Wei.
 
3
Qu’a t’il donc notre ennui
à nous imposer les fatigues de voyages
qui nous empêchent de partir ailleurs.
Où est-il le petit port ignoré?
aucun bateau ne reviendra
avant beaucoup de jours
une taverne, boire le café
en regardant le temps filer
sous les doigts des vieux
et puis, marcher,
écouter les paroles du vent,
aimer encore.
 
4
Partir avec Beethoven à Vienne
écouter le septième trio avec piano.
prévoir une étape dans la ville à laquelle
Astor Piazzolla a donné
des bons airs et des tangos de liberté.
continuer son voyage
avec le saxophone de Coleman Hawkins
à cloche pied du corps d’une femme
à l’âme de la musique.
Aller ensuite dans la forêt
écouter la Finlande de Sibelius,
garder le dernier jour pour Varsovie
et survivre grâce à Arnold Schönberg.
 
5
Ainsi qu’aux savanes
du pays des origines
son refuge est provisoire
pour éviter les tempêtes
des jours de mélancolie, de tous les jours
derrière le bâti
à l’abri d’un ouragan de solitudes
il est prêt pour le départ
dans la fumée
sa femme et son enfant le rejoignent
ils libèrent
le verbe du sein de la mère.
 
6
Des jours et des jours
avant de partir
quelques marches, une porte
et il sera ailleurs.
Y a t’il encore un ailleurs
autre que celui où ils sont,
qui est son pays
d’où il ne peut plus revenir.
 
7
Soixante sept
sur une barque délabrée
ils flottent vers autre part
n’importe quel autre port
froid et pauvre
moins pauvre, pensent-ils.
Un mauvais coup de vent
ils ne seront pas nombreux
ceux qui auront la chance
d’être ramenés chez eux.

©Mermed

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