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Publié par Mermed

L’assomption de la Vierge  1518

L’assomption de la Vierge 1518

                                                                                   

Dans toutes les cellules, bien sûr, il y des cartes postales de vacances, des cartes de villes, de montagnes, tu vois la croix, c’est là que nous sommes.  Il y a des cartes du désert, des cartes du bord de mer avec des filles plus ou moins habillées, pour bien rappeler au détenu, qui commençait à le comprendre, que les filles, il n’y a droit que dans les magazines ou à la télévision.  Mais on peut avoir d’autres images de femmes et c’est une petite carte avec un visage peint par Bellini (Giovanni, bien sûr) ou Titien.  Et l’on est comme ces hommes qui tendent les bras vers celle qui monte, qui leur échappe.  On est comme eux parce qu’eux aussi  ils ont perdu leur femme.  Leur geste est une supplication, une prière, son corps à elle est un regret – regret de les quitter?  Mais ses yeux et ses bras sont tournés vers celui qui l’attend, tout se passe comme si son corps regrettait de partir là où son âme l’emmène.  Elle est libre, mais il faut que quelques dizaines d’angelots la poussent de toutes leurs forces.  Surtout celui de droite, en bas, il force sur l’air, il s’y appuie autant qu’il peut et il regarde les hommes en bas comme pour être sûr qu’elle est hors d’atteinte, qu’elle ne descendra plus.  Il n’est pas content, comme celui de gauche, dans les plis de la robe.  Est ce qu’elle regrette le monde des hommes? Ou ce bras vigoureux qui l’a presque retenue.  L’histoire ne le dit pas, mais Titien le croit, peut-être, si l’on a bien compris.  Cette spirale merveilleuse du pied de l’homme jusqu’au mouvement de la tête de la femme, n’est-ce pas le combat du corps et de l’âme dans un malstrom pacifié?  On s’égare, on oublie que le tableau ne tiendrait pas, même sur tous les murs de la cellule, mais la carte postale illumine tout.

 

Au fait, est ce que je vous l’ai dit, c’est l’Assomption de la Vierge de Titien et que c’est aux Frari, à Venise et que vous ne pouvez pas vous tromper c’est le seul tableau derrière l’autel.

Regardez-le pour moi.

 

On écoutera les suites pour violoncelle sensas basso de Jean-Sébastien, c’est la même élévation, la même grandeur  et c’est toute la beauté de la musique qui accompagnera toute la beauté de la peinture.

 

Bien sûr ce sera sur place, aux Frari, le matin assez tôt, quand l’église est déjà ouverte aux vénitiens qui viennent pour quelques instants de recueillement et avant que les travées ne soient envahies.

 

Mermed

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