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Publié par Mermed

Poros.

Poros.

 

II Regarder …

Le petit port amer de l’ île au pélican en compagnie de Georges Seféris, puis partir au bord du Bosphore d’où je vois la frontière de l’Europe, déjà en question du temps de Sophocle.

Je repars encore, tellement je veux voir, voir,

les statues de Mathias Braun dans le parc de Kuks,

La salle des Véronèse de l’ Academia avec Monsieur Cogito et Zbigniew Herbert,

les soleils noirs de la mélancolie au dessus de l’Espagne morte des mêmes balles que Pedro Rojas, sous le regard des christs lamentables de Goya,

tandis que César Vallejo est poursuivi par des Attilas barbares, hérauts de la mort.

J’ai besoin de calme, d’oubli, je pars dans les forêts de Finlande, là où Aarto Paasilinna me distille des mots aussi enivrants que sa gnôle, je rejoins très loin Marcel Thiry, au diable Vauvert, et nous pâlissons au seul nom de Vancouver.

Puis, après avoir parcouru les collines douces de solitude où habite Robert Frost,

Je vais voir le plongeur de William Carlos Williams, trahi par la parole.

Dans des vapeurs de blues ou bien…, je partage celui de Kerouac à Mexico, pendant le voyage je rencontre Fernando Sampietro qui porte Marylin nue sur ses épaules jusqu’à Camala pour l’offrir à Pedro Paramo.

Au bord du golfe, Arthur Cravan, stripteaseur des quatre saisons au Carnegie Hall, comme Li Bai, il veut essayer de capturer le reflet de la lune dans l’eau.

Et je pleure…

Et je me regarde pleurer avec Alfred de Musset devant un canal ou un Lord anglais fait la planche en éclairant les étoiles de son cigare.

Mais se lève une tempête que Giorgione a peint pour Yeats et pour un joueur qui n’ a plus les moyens d’être pauvre au casino des trépassés de Tristan Corbière.

En route pour l’Argentine , je m’arrête à Rio de Janeiro pour un match de la Selecao de 1970 en compagnie de Carlos Drummond de Andrade; puis j’arrive sur la péninsule Valdès où m’attend Eugenio de Andrade pour me montrer cette baleine qui emporte sur son flanc l’âme de Achab.

Je regarde avec Virgile et Dante et les yeux de Gustave Doré le départ de cette âme vers …ailleurs,

vers ce vide infini, que Giambattista Tiepolo et Shih Tao peignent pour moi.

Et je continue de vouloir voir, la première des femmes,

une Venus à Willendorf,

le visage de cette femme perdu pour Jaroslav Seifert dans les gouttes de la pluie sur la fenêtre,

et Bérénice - celle de Poe avec les dents de Rimbaud,

et toutes ces dents qui sont des idées,

et les yeux du Greco qui regardent danser Anna Akhmatova;

tandis que je regarde les belles endormies , je songe à Henri Jean-Marie Levet et à nos nuits avec Cléo de Mérode et Liane de Pougy.

Voir encore,

voir ces livres qui ne sont plus faits pour être lus, n’est-ce pas Signor Leopardi ?

Je vois de la mélancolie, encore, celle de cette œuvre parfaitement inutile que je suis pour Lucien, un homme que même le vin ne saurait rendre beau

dans le miroir de sa mémoire.

Tandis que, sous mes yeux, Caravage et Marlowe se battent avec les hommes de Tamerlan dans une taverne de Urga,

je vois Judas qui sort du pinceau de Leonard pour ouvrir la porte à la shoah, sous le regard de compassion des piétas que Michel-Ange et Titien n’ ont pas achevées,

infinies,

qu’ Odysseus Elytis m’a montré là où l’homme a mis des bornes aux confins

 

 

1 Caravage

Sans aucun malt, mais avec Coltrane

Say it you dont know what love is, its easy to remember and I wish

I knew whats new, all by Coltrane and quartet.

Everybody has John on his mind

Et chacune de ses mesures est un mot, le mot de la mélancolie même

Infelix, habitum temporis huius habe !

Et cest le ton qui me plait pour le Caravage, ce soir

Parmi ces corps dhommes, corps alanguis, corps en éveil

des corps que leurs habitants ont malmenés

mais des corps qui parlent toujours

qui vivent dans les mots.

Lenterrement de Santa Lucia

the two grave diggers they are atalking

and this bloody bitch, Salome not yet with her seven veils she talks hate.

La résurrection de Lazare tout le monde parle

Emmaüs le Christ parle il est écouté ce soir là, et pourtant

who is the third who walks always beside you ?

when I count, there are only you and I together.

Et Jérôme qui malmène de plus en plus son corps

il écrit dans chaque cellule que lui donne Caravage.

Et maintenant there is a Bird Unable to tell words, singing his hopes

to escsape his mad sadness in his tenor.

Ecoute Max qui balaie My Melancoly Baby

pendant que je lis tous les mots qua peints Caravaggi

les dents de Rimbaud manquent dans ma bouche

et je ne peux plus articuler les mots.

Dans un bistrot à bagarre? dans un bistrot où l'on peut se faire agresser

là où notre corps n'est pas tranquille

en écoutant l'interprétation pas encore réalisée de Round midnight

par Coltrane et Parker accompagnés par Monk

et Max en buvant quand même un single malt

 

 

2 Dürer Melancholia I

Une sœur de Saturne

éclairée par un dernier soleil noir,

surgie des nuits du temps,

défaisait avec ses clefs

des nombres dont la seule magie

jonchait le sol.

Les pieds dans la terre,

le désir des humains.

Prise entre les désirs dhumanités

elle disparut

dans le retable craquelé dun temple perdu.

Seuls les anciens amants des femmes en noir

l’aperçoivent quelquefois

parmi les âmes inassouvies

qui les accompagnent dans

les déserts de leurs éternelles traversées.

 

 

 

3 Hopper

c'est une femme

ou un homme

toujours seuls, dans une lieu, une ville inhabitée

ou seuls au milieu des autres

seuls aussi

il y a toujours une fenêtre

ou une vitrine mais pas celle d'Anvers

et elle/il n'a aucune autre place

que l'espace occupé

c'est dans des tons comme ceux des débuts du

Rock n' roll

et pourtant c'est éternellement

l'individu seul

dans un décor inattentif et indifférent.

En regardant Hopper

En nous introduisant dans cette pièce, dans ce bar,

en entrant dans ce monde, on entrera dans le bar de Barbara

dans l'île aux Mimosas et on lui dira  Je t'ai trouvée 

dans ce bar

Ou autrement?

 

 

4 Kitkados

Le début du chemin sur les dalles de pierre

sous le soleil qui éclabousse ici

plus encore qu’au bord du petit port

quelques grillons et les sirènes des bateaux

le chemin se perd,

du sommet d’une colline on voit là-bas un village

encore loin, monter, descendre, monter encore

et très peu d’ombre

on enjambe des murets de pierres sèches

et on arrive là où l’eau coule à côté d’une église,

une taverne,

terrasse d’arbres qui surplombe une vallée

et encore ces dalles de pierre .

Vue entre les oliviers la mer une île, d’autres îles plus loin.

Un café - pour moi metrio

de vrais sourires de gens qui nous re-connaissent

pour ce que nous sommes, que nous ne savions pas

avant ce sourire…..Et la nourriture….

du chevreau mijoté au citron, chevreau élevé ici, citron

de l’île; fromage de chèvre fort

du vin du vrai bon dont l’étiquette n’a pas besoin d’ être plus

grosse que le sac*

Quelques gâteaux au sésame et puis les figues au bord du

chemin,, celui de cette vallée qui revient à la mer, la tête ….et

l’estomac dans les étoiles.

C’est à Kitkados - chacun d’entre nous a le sien - les siens. On

y a besoin ni de musique - il y en a - ni de poètes ; tout est poésie

 

*Lucien de Samosate Eloge de Démosthène

 

à suivre

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