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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

le viol de lucrèce strophes 101 - 110

 Jacques Stella (1596-1657)

Jacques Stella (1596-1657)

 

O deeper sin than bottomless conceit 
Can comprehend in still imagination!
Drunken desire must vomit his receipt,
Ere he can see his own abomination.
While lust is in his pride no exclamation
Can curb his heat, or rein his rash desire,
Till, like a jade, self-will himself doth tire.

 

And then with lank and lean discolour'd cheek,
With heavy eye, knit brow, and strengthless pace,
Feeble desire, all recreant, poor, and meek,
Like to a bankrupt beggar wails his case:
The flesh being proud, desire doth fight with Grace,
For there it revels; and when that decays,
The guilty rebel for remission prays.

 

So fares it with this faultful lord of Rome,
Who this accomplishment so hotly chas'd;
For now against himself he sounds this doom,
That through the length of times he stands disgrac'd:
Besides, his soul's fair temple is defac'd;
To whose weak ruins muster troops of cares,
To ask the spotted princess how she fares.

 

She says, her subjects with foul insurrection
Have batter'd down her consecrated wall,
And by their mortal fault brought in subjection
Her immortality, and made her thrall
To living death, and pain perpetual;
Which in her prescience she controlled still,
But her foresight could not forestall their will.

 

Even in this thought through the dark night he stealeth, 
A captive victor that hath lost in gain;
Bearing away the wound that nothing healeth,
The scar that will, despite of cure, remain;
Leaving his spoil perplex'd in greater pain.
She bears the load of lust he left behind,
And he the burthen of a guilty mind.

 

He like a thievish dog creeps sadly thence;
She like a wearied lamb lies panting there;
He scowls, and hates himself for his offence;
She, desperate, with her nails her flesh doth tear;
He faintly flies, sweating with guilty fear;
She stays, exclaiming on the direful night;
He runs, and chides his vanish'd, loath'd delight.

 

He thence departs a heavy convertite;
She there remains a hopeless castaway:
He in his speed looks for the morning light;
She prays she never may behold the day;
'For day,' quoth she, 'night's scapes doth open lay;
And my true eyes have never practis'd how
To cloak offences with a cunning brow.

 

'They think not but that every eye can see
The same disgrace which they themselves behold;
And therefore would they still in darkness be,
To have their unseen sin remain untold;
For they their guilt with weeping will unfold,
And grave, like water that doth eat in steel,
Upon my cheeks what helpless shame I feel.'

 

Here she exclaims against repose and rest,
And bids her eyes hereafter still be blind.
She wakes her heart by beating on her breast,
And bids it leap from thence, where it may find
Some purer chest, to close so pure a mind.
Frantic with grief thus breathes she forth her spite
Against the unseen secrecy of night:

 

'O comfort-killing night, image of hell!

Dim register and notary of shame!
Black stage for tragedies and murders fell!
Vast sin-concealing chaos! nurse of blame!
Blind muffled bawd! dark harbour for defame!
Grim cave of death, whispering conspirator
With close-tongued treason and the ravisher!

 

 

 

 

 

O pêché dont l’infinie prétention ravie,

ne peut imaginer la gravité sans fonds !

le désir ivre doit rejeter tout ce qu’il prit,

avant qu’il ne voit sa propre abomination.

Le désir en son orgueil, aucune exclamation

n’apaise sa flamme ou maîtrise son désir cruel,

jusqu'à ce qu’il se fatigue seul comme une haridelle.

 

Et alors, la joue pâle, maigre et décolorée,

l'œil lourd, le front ridé, le pas sans énergie,

le faible désir, pauvre, peureux et réservé,

se lamente sur son sort comme un mendiant failli:

chair arrogante, Grâce et désir sont en conflit,

il prend du plaisir; mais quand elle perd sa fraîcheur,

de rémission le rebelle coupable est demandeur.

 

Il veut si ardemment satisfaire son projet,

ce prince coupable de Rome, qu‘il devra tout subir,

maintenant il prononce contre lui-même cet arrêt:

flétri à jamais pour les siècles à venir,

et voir le beau temple de son âme se détruire;

sur ces pauvres ruines se rassemblent des multitudes

pour s’enquérir de la reine avec sollicitude.

 

Elle répond que ses sujets rebelles

ont démantelé son mur consacré,

qu‘ils ont asservi par leur faute mortelle

son immortalité; elle est matée

par mort vivante et peine d’éternité;

sa prescience lui laissait la maîtrise,

sans qu’elle puisse deviner leur convoitise.

 

Tracassé, il fuit dans les ténèbres de la nuit,

vainqueur captif qui a perdu tout en gagnant;

il emporte une blessure que rien ne guérit,

une cicatrice à jamais malgré les pansements;

l’abandonnant, proie d’un chagrin encore plus grand.

Elle porte le poids de la luxure qu'il a laissé,

lui, le fardeau d'une âme de culpabilité.

 

Tarquin, comme un chien voleur, s'éloigne furtivement,

elle, brebis fatiguée, reste étendue, haletante;

il se renfrogne, se hait pour cet acte offensant;

elle lacère son corps de ses ongles et se lamente;

il part tremblant, suant de la peur du coupable;

elle reste dans l’affliction de cette terrible nuit;

il fuit, et gronde son vil plaisir évanoui.

 

Il s’en va comme un pénitent accablé;

elle reste là naufragée sans le moindre espoir;

dans le matin il veut vite trouver la clarté;

elle prie pour ne plus jamais, jamais le revoir;

‘car le jour‘, dit-elle, ‘ expose les écarts du soir;

et mes yeux francs n'ont jamais appris à masquer

mes errements peccamineux sous un front roué.

 

‘Mes yeux croient que tous voient l’indignité,

Celle-là qu’ils regardent eux-mêmes; c'est pourquoi

ils voudraient rester dans l'obscurité

pour cacher leur pêché secret et coi;

car ils se trahiront par leur émoi;

comme l'eau qui ronge l'acier, ils graveront

sur mes joues la honte de cet affront.’

 

Elle accuse alors son sommeil serein,

dit à ses yeux d’être aveugles maintenant,

réveille son cœur pur en frappant son sein,

lui dit de chercher asile plus décent,

digne et pur. En colère, douloureusement

elle exhale en ces mots son acrimonie

contre les invisibles secrets de la nuit:

 

‘O vision d'enfer, nuit tueuse de certitudes,

ténébreux registre notarié de l’infamie !

entremetteuse aveugle ! noir port des turpitudes !

sombre scène où se jouent meurtres et tragédies !

chaos, trou noir des pêchés ! nurse de l’interdit !

noire caverne de mort, murmures de conspirateur

avec la trahison muette et le violeur !

 

à suivre

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