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Publié par Mermed

Pierre Paul Rubens (1577-1640)  Tarquin et Lucrèce, 1610

Pierre Paul Rubens (1577-1640) Tarquin et Lucrèce, 1610

 

'My honour I'll bequeath unto the knife
That wounds my body so dishonoured.
'Tis honour to deprive dishonour'd life;
The one will live, the other being dead:
So of shame's ashes shall my fame be bred;
For in my death I murther shameful scorn:
My shame so dead, mine honour is new-born.

 

'Dear lord of that dear jewel I have lost,
What legacy shall I bequeath to thee?
My resolution, Love, shall be thy boast,
By whose example thou reveng'd mayst be.
How Tarquin must be used, read it in me:
Myself, thy friend, will kill myself, thy foe,
And, for my sake, serve thou false Tarquin so.

 

'This brief abridgement of my will I make:
My soul and body to the skies and ground;
My resolution, husband, do thou take;
Mine honour be the knife's that makes my wound;
My shame be his that did my fame confound;
And all my fame that lives disburs'd be
To those that live, and think no shame of me.

 

'Thou, Collatine, shalt oversee this will;
How was I overseen that thou shalt see it!
My blood shall wash the slander of mine ill;
My life's foul deed my life's fair end shall free it.
Faint not, faint heart, but stoutly say "so be it:"
Yield to my hand; my hand shall conquer thee;
Thou dead, both die, and both shall victors be.'

 

This plot of death when sadly she had laid,

And wip'd the brinish pearl from her bright eyes,
With untun'd tongue she hoarsely call'd her maid,
Whose swift obedience to her mistress hies;
For fleet-wing'd duty with thought's feathers flies.
Poor Lucrece' cheeks unto her maid seem so
As winter meads when sun doth melt their snow.

 

Her mistress she doth give demure good-morrow,
With soft-slow tongue, true mark of modesty,
And sorts a sad look to her lady's sorrow,
(For why her face wore sorrow's livery,)
But durst not ask of her audaciously
Why her two suns were cloud-eclipsed so,
Nor why her fair cheeks over-wash'd with woe.

 

But as the earth doth weep, the sun being set,
Each flower moisten'd like a melting eye;
Even so the maid with swelling drops 'gan wet
Her circled eyne, enforc'd by sympathy
Of those fair suns, set in her mistress' sky,
Who in a salt-wav'd ocean quench their light,
Which makes the maid weep like the dewy night.

 

A pretty while these pretty creatures stand,
Like ivory conduits coral cisterns filling:
One justly weeps; the other takes in hand
No cause, but company, of her drops spilling:
Their gentle sex to weep are often willing:
Grieving themselves to guess at others' smarts,
And then they drown their eyes or break their hearts.

 

For men have marble, women waxen minds,
And therefore are they form'd as marble will;
The weak oppress'd, the impression of strange kinds
Is form'd in them by force, by fraud, or skill:
Then call them not the authors of their ill,
No more than wax shall be accounted evil,
Wherein is stamp'd the semblance of a devil.

 

Their smoothness, like a goodly champaign plain,
Lays open all the little worms that creep;
In men, as in a rough-grown grove, remain
Cave-keeping evils that obscurely sleep:
Through crystal walls each little mote will peep:
Though men can cover crimes with bold stern looks,
Poor women's faces are their own faults' books.

 

 

 

Je léguerai mon honneur au poignard

qui blessera mon corps déshonoré.

Honneur de finir une vie sans égard !

L'un vivra quand l'autre sera décédé:

des cendres de honte, ma gloire va s’élever;

car ma mort tue le mépris insultant:

ma honte morte, mon honneur est vivant.

 

‘ Cher seigneur de ce joyau que j'ai égaré,

quel legs te laisserai-je ? Mon courage, mon Amour

fera ton orgueil, il sera pour te venger,

un exemple. Tu peux lire en moi comme au grand jour

de quelle façon Tarquin doit payer pour toujours:

pour moi, qui vais me tuer moi, ton ennemie,

fais de même au fourbe Tarquin, pour moi ton amie.

 

‘ Voici en quelques mots mes dernières volontés:

mon âme et mon corps aux cieux et à la poussière;

à toi, mon époux, mon courage; ma dignité

sera pour la lame qui sera ma meurtrière;

ma honte à celui qui fit de moi une sorcière;

tout ce qui survivra de ma renommée

aux vivants pour qui je n‘ai pas d‘indignité.

 

Tu verras, Collatin, comme j’ai été trahie,

car tu es l‘exécuteur de ce testament !

mon sang lavera le pêché de cette infamie;

ma noble fin rachètera l'acte répugnant.

Ne faiblis pas, faible cœur; mais dis fermement:

‘amen:’ cède à ma main qui sera ton vainqueur;

toi mort, nous deux morts et tous deux triomphateurs.’

 

Lucrèce a tristement tracé ce plan mortel,

essuyé la perle amère dans ses yeux brillants,

la voix brisée elle appelle sa servante fidèle,

qui accourt vers sa maîtresse en obéissant;

devoir ailé vole avec les ailes du jugement.

Les joues de sa pauvre maîtresse ressemblent aux prairies

l'hiver, quand la neige fond sous le soleil qui luit.

 

Elle salue sa maîtresse d’une voix douce et calme,

un bonjour réservé, vrai signe de modestie,

assortit son air triste à celui de sa dame

(sur son visage le chagrin est un habit),

mais elle n'ose lui demander à ce moment-ci

pourquoi des nuages éclipsent ses deux astres,

ni pourquoi ses joues sont submergées de désastre.

 

Soleil couché, la terre pleure, la fleur

se mouille comme un regard attendri; l’œil,

de la servante déborde alors de pleurs,

en sympathie pour les beaux soleils

de sa maîtresse engloutis dans leur ciel,

où ils s’éteignent dans un océan salé;

la servante pleure comme une nuit de rosée.

 

Un moment, ces belles créatures restent immobiles,

becs d’ivoire emplissant des cuves de corail blanc:

l’une pleure à raison, l'autre n'a d'autre mobile

pour mêler à ceux de l‘autre ses geignements:

leur sexe aimable est porté aux gémissements:

triste en devinant chez les autres les douleurs,

puis ses yeux s'inondent de larmes, et se brise son cœur.

 

Les cœurs des femmes sont de cire, et ceux des hommes

de marbre; au gré du marbre elles sont donc formées;

leur faiblesse est opprimée; d’étranges symptômes

par ruse ou adresse, de force leur sont imposées :

ne dites donc pas qu’elles sont auteurs de leurs pêchés,

pas plus que l’on peut tenir la cire responsable

de méchanceté, car elle porte l‘empreinte d‘un diable.

 

La douceur de leurs traits, comme un sol généreux,

permet de voir ramper les moindres vermisseaux;

chez les hommes, comme dans un bosquet broussailleux,

sont enfouis, dormant dans l'obscur tous les défauts:

à travers le cristal, on voit jusqu‘au noyau:

quand les airs braves et durs des hommes masquent leurs forfaits,

les visages des femmes sont les livres de leurs méfaits.

 

à suivre

 

C'était le 35° jour de confinement...

 

 

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