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Publié par Mermed

Giulio Romano  (1499–1546)	Tarquin et Lucrèce (1536)

Giulio Romano (1499–1546) Tarquin et Lucrèce (1536)

 

 

To see sad sights moves more than hear them told

For then the eye interprets to the ear
The heavy motion that it doth behold,
When every part a part of woe doth bear.
'Tis but a part of sorrow that we hear:
Deep sounds make lesser noise than shallow fords,
And sorrow ebbs, being blown with wind of words.

 

Her letter now is seal'd, and on it writ
'At Ardea to my lord with more than haste;'
The post attends, and she delivers it,
Charging the sour-fac'd groom to hie as fast
As lagging fowls before the northern blast.
Speed more than speed but dull and slow she deems:
Extremely still urgeth such extremes.

 

The homely villain court'sies to her low;
And, blushing on her, with a steadfast eye
Receives the scroll, without or yea or no,
And forth with bashful innocence doth hie.
But they whose guilt within their bosoms lie
Imagine every eye beholds their blame;
For Lucrece thought he blush'd to see her shame:

 

When, silly groom! God wot, it was defect
Of spirit, life, and bold audacity.
Such harmless creatures have a true respect
To talk in deeds, while others saucily
Promise more speed, but do it leisurely:
Even so this pattern of the worn-out age
Pawn'd honest looks, but laid no words to gage.

 

His kindled duty kindled her mistrust, 195
That two red fires in both their faces blaz'd;
She thought he blush'd, as knowing Tarquin's lust,
And, blushing with him, wistly on him gaz'd;
Her earnest eye did make him more amaz'd:
The more saw the blood his cheeks replenish,
The more she thought he spied in her some blemish.

 

But long she thinks till he return again,
And yet the duteous vassal scarce is gone.
The weary time she cannot entertain,
For now 'tis stale to sigh, to weep, to groan:
So woe hath wearied woe, moan tired moan,
That she her plaints a little while doth stay,
Pausing for means to mourn some newer way.

 

At last she calls to mind where hangs a piece
Of skilful painting, made for Priam's Troy;
Before the which is drawn the power of Greece,
For Helen's rape the city to destroy,
Threat'ning cloud-kissing Ilion with annoy;
Which the conceited painter drew so proud,
As heaven (it seem'd) to kiss the turrets bow'd.

 

A thousand lamentable objects there,
In scorn of Nature, Art gave lifeless life:
Many a dry drop seem'd a weeping tear,
Shed for the slaughter'd husband by the wife:
The red blood reek'd, to show the painter's strife;
The dying eyes gleam'd forth their ashy lights,
Like dying coals burnt out in tedious nights.

 

There might you see the labouring pioner
Begrim'd with sweat, and smeared all with dust;
And from the towers of Troy there would appear
The very eyes of men through loopholes thrust,
Gazing upon the Greeks with little lust:
Such sweet observance in this work was had,
That one might see those far-off eyes look sad.

 

In great commanders grace and majesty
You might behold, triumphing in their faces;
In youth, quick bearing and dexterity;
And here and there the painter interlaces
Pale cowards, marching on with trembling paces;
Which heartless peasants did so well resemble,
That one would swear he saw them quake and tremble.

 

 

 

Une triste scène émeut plus la vue que l‘oreille; 

car l'œil est alors là pour lui interpréter

les gestes qu'il voit, quand chacune de nos parcelles

dit une parcelle de douleur. On peut écouter

qu'une partie seulement de la peine exprimée:

les abysses font moins de bruit que de basses eaux,

et la douleur reflue quand souffle le vent des mots.

 

Sa lettre est scellée; elle y écrit: ‘en exprès,

pour seigneur Collatin, mon mari, à Ardée.’

Le courrier arrive, elle donne son billet,

demandant au valet à l'air maussade d’aller

vite comme les oiseaux fuyant les vents glacés.

Plus vite que vite cela lui semble encore trop lent;

l'excès requiert de tels excès extrêmement.

 

Le manant lui fait un salut profond;

simple, il rougit à la voir; il reçoit

le billet sans même dire ni oui ni non,

et part aussitôt, dans le même émoi.

Ceux dont le cœur a un secret sournois,

pensent que tous les yeux voient leur infamie;

Lucrèce croit qu’à la sienne il a rougi.

 

Pauvre valet, Dieu sait! c'était chez lui l’absence

d’esprit, intrépide hardiesse et vivacité.

Ces créatures inoffensives, par déférence

ne s’expriment qu'en actions, d'autres, effrontés,

jurent plus de vitesse, mais le font sans se presser;

c'est ainsi que ce survivant d’un autre âge,

son regard honnête, pas ses mots, donnait un gage.

 

Son entrain au travail entraina sa méfiance,

leurs deux visages, la même rougeur les enflamma;

elle crut qu'il rougissait, connaissant l’appétence

de Tarquin; rouge aussi, elle le dévisagea;

si pénétrant son œil que cela le gêna;

plus elle vit le sang colorer ses joues rougies,

plus elle pensa qu'il connaissait son infamie.

 

Elle rêvasse à son retour, languissante

le loyal vassal est à peine parti.

Comment distraire l’ennui de l’attente ?

tant elle a soupiré, pleuré, gémi:

las la peine de la peine, les cris des cris;

pendant un temps elle cesse de se plaindre

cherchant une nouvelle manière de geindre.

 

Puis elle se rappelle où est pendue une peinture

bien faite de la Troie de Priam; devant la ville

est peinte l'armée des Grecs - venue la détruire

pour venger le rapt d'Hélène - menaçant péril

pour cette Ilion qui baise les nuages de grésil;

il l’avait faite si superbe le peintre orgueilleux

qu'ils semblaient fléchir pour baiser les tours, les cieux.

 

Au mépris de la nature, l'art avait donné

à mille objets lamentables une vie sans entrain;

beaucoup de gouttes sèches semblaient larmes de vérité

versées par une femme à la mort de son conjoint:

le sang puant montrait l’art de qui avait peint;

les yeux mourants jetaient des lueurs de suie

comme des charbons mourants lors des longues nuits.

 

Là, on pouvait voir le défenseur laborieux

ruisselant de sueur et maculé de poussière;

et dans les tours de Troie apparaissaient les yeux

de ces hommes qui, à travers les meurtrières,

toisaient les Grecs de façon inhospitalière.

Dans ce tableau le détail était poussé si loin,

qu’on lisait la tristesse dans ces yeux lointains.

 

Sur les chefs grecs on pouvait voir la noblesse

qui triomphait sur leurs visages majestueux;

les jeunes étaient emprunts d’entrain et de souplesse;

et, çà et là, l'artiste avait peint des peureux

blêmes qui trébuchaient toujours d’un pas anxieux;

ils ressemblaient à des paysans apeurés,

on aurait juré les voir frémir et trembler.

 

à suivre

 

C'était le 42° jour de confinement...

 

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