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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Érysichthon

Érysichthon

Ne nous abstenons pas des rapprochements

 

Venant de Thessalie, fils de Triopas,

dans la forêt de Démeter il voit un chêne antique,

si prodigieux que son ombre est pareille à celle d'une forêt impénétrable.

Il ordonne qu'il soit abattu.

On hésite,

'je suis Érysichthon, fils de roi' dit-il,

il s'irrite,

rien n'y fait,

personne ne veut abattre cet arbre consacré à la déesse,

alors il l'abat lui-même, l'arbre...

et pourtant il a bien entendu la Dryade,

celle que la déesse aime,

celle qui habite dans cet arbre, et qui va mourir en même temps que le chêne:

'Je suis une nymphe chère à Cérès. J'habite cet arbre, et je meurs par ton crime. Le ciel me vengera: le châtiment qu'il te réserve et que je t'annonce en périssant, réjouira mon ombre dans la nuit du trépas.'(1)

Rien n'y fait.
Après avoir pleuré, les dryades noires de peine, vont raconter ce massacre à Démeter. Sa vengeance est terrible,
la Faim, qui vit aux confins de la Scythie, dans le désert du froid, sera son arme.
La Faim entre dans le palais d'Érysichthon endormi, s'étend sur lui, l'embrasse, et 'quand de son haleine les poisons dévorants ont pénétré ses entrailles et courent dans ses veines, le monstre quitte une terre pour lui trop fertile, regagne ses rochers arides et son affreux désert.'(1)
Érysichthon ouvre la bouche de toutes les avidités,
use ses dents à ses dents,
puis s'éveille;
une faim irrépressible envahit ses entrailles,
devenues le gouffre de goinfrerie.
Il hurle ses désirs, sur sa table les mets se succèdent,
en vain.
On dépeuple pour lui les airs, les forêts, et les mers.
Il dévore sans cesse, demande d'autres mets,
puis d'autres mets encore, et encore toujours plus,
mais il est insatiable.
Ce qui nourrirait tout un peuple ne peut lui suffire;
et plus il avale,
plus il engloutit,
plus sa faim s'augmente.
Rien ne peut apaiser cette faim,
plus il veut la satisfaire, plus elle est inapaisable.
'La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.'
(2)
Qui, Charles le sais-tu ? Qui donc nous a rempli d'avidité, de cupidité, de bêtise?
À vouloir des habits plus beaux que nos âmes, à vouloir des étendues désertées des arbres de Démeter... Pour finir, jumeaux posthumes d'Érysichthon, 'à nous mordre de rage; à déchirer nos membres, à nourrir nos corps de nos corps, et à nous dévorer nous-mêmes.'(1)
Entendrons-nous longtemps encore, au bord d'une rivière, l'envol des canards, les battements de leurs ailes, et leur arrivée dans l'eau pour se disputer le pain jeté le matin dans de petites rivières ?
 
 
1 Ovide, Les Métamorphoses (VIII)
2 Baudelaire Les fleurs du mal

 
© Mermed 20 Janvier 2020
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