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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Vénus et Adonis strophes 172 - 181

Venus et Adonis Royal Shakespeare company

Venus et Adonis Royal Shakespeare company

'When he beheld his shadow in the brook,

The fishes spread on it their golden gills;

When he was by, the birds such pleasure took,

That some would sing, some other in their bills

Would bring him mulberries and ripe-red cherries

He fed them with his sight, they him with berries.

 

'But this foul, grim, and urchin-spouted boar,

Whose downward eye still looketh for a grave,

Ne'er saw the beauteous livery that he wore;

Witness the entertainment that he gave:

If he did see his face, why then I know

He thought to kiss him, and hath killed him so.

 

'Tis true, 'tis true; thus was Adonis slain:

He ran upon the boar with his sharp spear,

Who did not whet his teeth at him again,

But by a kiss thought to persuade him there;

And nuzzling in his flank, the loving swine

Sheath'd unaware the tusk in his soft groin.

 

'Had I been tooth'd like him, I must confess,

With kissing him I should have kill'd him first;

But he is dead, and never did he bless

My youth with his; the more am I accurst.'

With this she falleth in the place she stood,

And stains her face with his congealed blood.

 

Sho looks upon his lips, and they are pale;

She takes him by the hand, and that is cold;

She whispers in his ears a heavy tale,

As if they heard the woeful words she told;

She lifts the coffer-lids that close his eyes,

Where, lo! two lamps, burnt out, in darkness lies;

 

Two glasses where herself herself beheld

A thousand times, and now no more reflect;

heir virtue lost, wherein they late excell'd,

And every beauty robb'd of his effect:

'Wonder of time,' quoth she, 'this is my spite,

That, you being dead, the day should yet be light.

 

'Since thou art dead, lo! here I prophesy,

Sorrow on love hereafter shall attend:

It shall be waited on with jealousy,

Find sweet beginning, but unsavoury end;

Ne'er settled equally, but high or low;

That all love's pleasure shall not match his woe.

 

'It shall be fickle, false, and full of fraud,

Bud and be blasted in a breathing-while;

The bottom poison, and the top o'erstraw'd

With sweets that shall the truest sight beguile:

The strongest body shall it make most weak,

Strike the wise dumb and teach the fool to speak.

 

'It shall be sparing and too full of riot,

Teaching decrepit age to tread the measures;

The staring ruffian shall it keep in quiet,

Pluck down the rich, enrich the poor with treasures;

It shall be raging mad, and silly mild,

Make the young old, the old become a child.

 

'It shall suspect where is no cause of fear;

It shall not fear where it should most mistrust;

It shall be merciful, and too severe,

And most deceiving when it seems most just;

Perverse it shall be, where it shows most toward,

Put fear to velour, courage to the coward.

 

 

 

Quand il regardait son reflet dans l’eau,

les poissons le couvraient de leurs nageoires

d’or; sa présence rendait les oiseaux

si gais qu’ils lui portaient dans leurs mâchoires

mûres et cerises bien rouges; d’autres chantaient

il les gavait de sa vue, eux, de baies.

 

Mais cette cruelle laideur, ce sanglier,

fixant toujours le sol en quête d’une tombe,

ne vit jamais son habit de beauté;

voyez quel traitement lui incombe:

s’il a vu son visage, alors je sais

qu’il l‘a tué en croyant l‘embrasser.

 

C’est vrai; Adonis fut tué ainsi:

il courrait avec sa lance acérée

sur la bête; sans user ses crocs sur lui

elle voulait le garder d’un seul baiser;

fouinant dans son aine, le cochon galant

planta son croc par mégarde dans son flanc.

 

Aurais-je les mêmes crocs que lui, je confesse,

que de mes baisers je l’aurais tué avant;

mais il est mort et jamais sa jeunesse

n’a comblé la mienne; j’en suis d’autant

plus triste.’ Elle va alors sur place tomber,

macule son visage de son sang figé.

 

Elle fixe ses lèvres, elles sont pâles; elle va prendre

sa main glacée; à son oreille murmure

un drame, comme si elles pouvaient entendre

les mots de grand malheur qu’elle susurre;

elle soulève les paupières qui ferment ses yeux,

là, hélas éteints dans la nuit, deux feux.

 

Ces deux miroirs dans lesquels elle s’est vue

mille fois, ne renvoient plus aucun reflet;

cette qualité, leur excellence, ils l’ont perdue,

les beautés ont été privées d’effets;

miracle du temps,’ dit-elle, ‘malgré ta mort

le jour se fait; j’en suis amère encore.

 

Tu es mort, voici donc mes prophéties,

l’amour se verra flanquer du chagrin;

son compagnon sera la jalousie,

de doux préambules mais difficiles fins;

toujours extrême, jamais calmement;

ses plaisirs n’égaleront pas ses tourments.

 

Il sera inconstant, perfide, menteur,

il partira en un souffle, à peine né;

poison au fond, sous des airs de douceur,

abusant les yeux les plus éprouvés:

il fera faible le corps le plus costaud,

muet le sage dont la voix ira au sot.

 

Il sera avare et exubérant,

montrant les pas de danse au décrépit;

montrant les pas de danse au décrépit;

prendra l’or des riches pour les indigents;

il fera taire le ruffian ahuri,

il sera fou furieux, tendre, bêtifiant,

vieillira les jeunes, les vieux fera enfants.

 

Il doutera là où il n’y a pas de tenant;

il n’aura pas peur quand il le devrait;

il sera trop sévère et indulgent,

et plus fourbe quand il semble le plus vrai;

lâche quand il semblera livre ouvert,

la vertu a peur, il pousse le pervers.

 

 

à suivre

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