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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

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Conte d’automne

Charlie Parker and Miles Davis

Charlie Parker and Miles Davis

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Bien des vies et des morts étaient passées,

notre clan savait garder le feu

des steppes brûlées de l’été aux déserts balayés de vents inconnus.

Ce jour là, j’étais le gardien du feu

je me suis endormi, il s’est éteint.

J’ai été chassé du clan.

J’ai traversé des mers, escaladé des montagnes, évité des clans hostiles.

Un matin, une armée m’a enrôlé.

J’ai été envoyé en Palestine,

J’étais le légionnaire qui a cloué le Roi des Juifs sur la croix du Golgotha.

Un matin, il n’était plus sur la Croix.

On a dit que j’avais mal enfoncé les clous.

J’ai été chassé de Palestine.

Je suis reparti, j’ai à nouveau traversé des mers,

escaladé des montagnes, évité des populations hostiles,

il y avait plus de monde sur terre,

je suis arrivé dans des steppes où des hommes à cheval m’ont emmené faire la guerre.

Partout où nous sommes passés, il ne restait que corps disloqués

et ruines.

On a dit que je ralentissais la marche.

En vue de Vienne, j’ai été chassé de cette armée.

A Londres, dans cette taverne, un soir d’ivresse,

j’ai raconté ce que j’avais vu à Christopher

Marlowe avant de le poignarder.

J’ai été exilé sur une île.

J’étais Caliban, mon verbe s’était fait haine.

A Naples, j’étais l’épée du Caravage

En Abyssinie, j’étais la jambe gangrenée d’un voyant.

En Sibérie, j’étais le bagne où Fédor a vu la maison des morts

A Prague, j’étais Gregor, répugnant insecte Samsa.

Je suis devenu Prospero, j’ai rejeté tous mes pouvoirs

et mon verbe est devenu chair.

J’étais la partition sur laquelle Jan faisait tristement danser les notes

J’étais la feuille sur laquelle Marcel retrouvait le temps

J’étais le voyageur inassouvi

J’étais le saxophone de cet oiseau qui pleurait l’amour perdu

Avec la raison à Camarillo.

Et ce soir, je suis un conte d’automne.

 

 

© Mermed

 

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