J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com
24 Janvier 2020
5 Prison
Ces dix ans s’envolèrent comme dix mois. Les heures n’agissent plus sur ceux qui sont passé par un instant où s’est infléchi le cours de leur vie.
les mots d’ un tout jeune homme, Mario de Sa Carneiro qui connaissait le moment de l’infléchissement d’une vie jusqu’au verre de strychnine, rue Victor Massé.
Le plus grand nombre ne connaît pas la tentation,ou demande à ne pas y être soumis; il s’en suit que la plupart ne commettent aucun acte notoirement pénalisable. Les quelques uns qui succombent mettent tout en œuvre pour échapper aux poursuites et surtout à la condamnation, cette cicatrice sociale. Parmi le petit nombre de condamnés, quasiment tous tentent d’échapper à la prison – qui seule rend la cicatrice sociale indélébile.
Seul un tout petit nombre la réclame
Des jeunes gens pour qui cette entrée est un rite initiatique nécessaire à leur épanouissement…social.
Et quelques très rares non pas happy few mais damned few la demandent, non pour être le chemin de l’expiation des délits ou crimes qu’ils ont commis, ce qui satisferait la conscience catholique romaine de la société républicaine, ni même pour expier les délits et crimes commis par leurs pères dans les générations passées, ce qui séduirait les mêmes consciences attisées par un petit peu de psycho-psychanalyse judéo-chrétienne qui a réussi depuis des années à faire croire à leurs âmes fragiles qu’elles devaient assumer ces errements passés…
Mais comme étant la clé de voûte permettant de sceller cet instant dans l’éternité de la rupture avec tout ce qui était.
Ensuite que les jours soient nombreux ou peu nombreux
Ils seront tous une ascèse
Et le temps
Et les autres
Et les rapports
Jamais plus ne seront.
6 Changra
1
Une étoile définitivement morte
un homme provisoirement mort
attirés l’un et l’autre vers le néant
dans lequel le temps
se dissout dans un espace infiniment clos
qui transforme les instants en éternité.
Au centre de la galaxie
un ogre, Maelström de rayons où s’entassent
en quelques minutes éternelles
des astres sans-vie retenus dans le sans-lumière.
Au fond des ténèbres
le dépeupleur - rectangle de béton où se croisent
en quelques mètres devenus des années-lumière
des hommes ramenés au sans-nom
et contraints dans le sans-temps.
Trous noirs observés par Changra
où se perdent des poussières d’astres morts
depuis longtemps
trous noirs inobservés
où se perdent les âmes des hommes égarés
depuis peu.
Trous noirs dans la galaxie
soumis à des lois physiques
imaginées par des poètes
trous noirs dans la cité
soumis à des lois sociales
fabriquées par des marchands de justice.
2
Créer des distances
pour limiter les confins
inventer une explosion
pour commencer le temps
découper le temps et l’espace en années-lumière
pour percevoir l’éternité
regarder un match de cricket avec G.B. Shaw
pour appréhender l’infini et l’éternité
entrer en prison
un nombre infini de places toutes occupées
le geôlier-réceptionniste à l’arrivant:
« je vais dire à l’occupant de la première de prendre la seconde, et
ainsi de suite; vous prendrez la première. »
et ainsi, la prison, chaque jour et partout
démontre que
l’infini égale l’infini plus un
et dans toutes les prisons, dans une
cellule, six mètres sur deux mètres quatre vingt
prodige quotidien de la démonstration mathématique
six détenus,
et sept,
et huit,
st neuf….
Les infinis sont sans limites.
à suivre