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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

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Mélopée

Mélopée
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Bientôt ce serait la fin du voyage,

de ce voyage ci, après les autres,

ceux parcourus au long de tous nos âges;

chemins que nous avions foulés, apôtres

d’une vie que nous voulions autre que la nôtre;

quelquefois nous y avons progressé

bien souvent nous y avons régressé.

 

Nous nous relevions chaque fois plus loin,

chaque jour repoussait notre éternité

aux horizons de ces chemins lointains;

chaque jour rapprochait l’adversité,

l’épuisement de nos dernières beautés;

Oh ! nous croyions alors avoir atteint

les frontières de nos pouvoirs si feints.

 

Dans des mondes peuplés de solitudes,

nourris des tentations de Lucifer,

errant au cœur des incertitudes,

nous avons souvent visité les enfers,

où nous ne savions pas toujours que faire;

il reste à nos souffles d‘âme les soupirs

qui exhalent des musiques de repentir.

 

Quant aux horloges nous faisons la somme

de tout ce temps où nous fûmes les acteurs

d’un théâtre dont nous, jamais économes

de nos malheurs, avons écrit chaque heure

- croyions-nous - il manque toujours au bonheur

ses musiques pour laisser place aux couleurs

secrètes, blafardes et muettes de la peur.

 

Maintenant libres des geôles polluées

de nos pauvres esprits inassouvis,

malades de leurs désirs inachevés,

nous élaborons, sereins aujourd‘hui,

le legs que l’on ne peut nommer ici

que nous ferons de nos âmes volées,

lors des échéances du destin annulé.

 

Libérés de nos intranquillités,

désormais délivrées de nos ivresses

d’amour, d‘illusions, d’alcools maltés,

nous avons retrouvé toutes nos aises

pour ne plus refuser aucune hardiesse;

et tranquilles d’être maintenant libres,

nous commençons à écrire notre livre.

 

Au début, dit-on, était le verbe,

le verbe qui était un mot pour adorer

ce qui était sans nom et superbe;

au début, dit-on, était l‘inexprimé,

sans-nom que l’on ne pouvait dévoiler;

il n’y avait aucun verbe pour dire,

il n’y avait aucun mot pour décrire;

 

Pendant toutes les années de nos vies,

que nous avons tant voulu éloigner,

il y a le mot que jamais on oublie,

celui de toutes les amours égarées

sur les chemins où nous avons trébuché,

sur les chemins où nous sommes tombés

au milieu des broussailles et des pierriers.

 

Après chacune des chutes, debout encore,

nous avons cherché dans les tourbes des mots,

celui parmi tous qui manquait alors;

existait- il, n’était-il pas vieillot ?

le mot que l’on réclamait aussitôt,

pour dire le Temps que l’on avait passé,

le Temps qui nous avait été donné.

 

Il devait nous transmettre la conscience,

le Temps; nous fûmes les jouets de son drame:

il ne nous laissa d’autres connaissances

que celles qui ont dessiné dans nos âmes

les cartes du passé dont seules nos larmes

et nos regrets retrouvent encore les voies,

dans les failles des nuits de désarroi.

 

Nous léguons des mots à peine usés,

des mots tour à tour tendres ou cyniques,

trop connus, à en être fatigués;

ultimes victimes d’un Temps inique,

enfouis sous les herbes de Saint-Jean anique;

donation qui n’a pour unique héritier

que les siècles, infâmes usuriers.

 

Ils n’auront pas raison de notre force,

longtemps gaspillée, nouvelle vigueur,

alors que jaillissent sous l’écorce

les élans usés qui meurent dans nos cœurs,

sans plus jamais se nourrir de leurs pleurs;

les chemins laissés aux broussailles du Temps

sont clairs à nos mémoires maintenant.

 

Faites place à nos volontés sans frontières,

et aux désirs d’une vie à découvrir,

merveilles où se traduisent en lumières

nos ombres célestes, les jours à chérir,

trésors sauvés dans tous nos souvenirs.

Place à toutes les modestes voluptés

dans une voluptueuse humilité.

 

Cependant depuis des siècles, tous les dieux,

ceux qui sont inconnus ou étrangers,

ceux que les hommes ont mis dans les cieux,

et tous ceux que nous avons ignorés,

ces dieux à cheval sur les barbelés

qui séparent la barbare ignorance

de la barbarie de la connaissance,

 

depuis avant même notre naissance,

ils nous accompagnent, ces dieux jaloux

en quémandant notre reconnaissance;

et ils mélopisent au son des binious

nous priant - fermement - aux Xanadou,

où dans une lascivité unanime,

nous serons les éternels équanimes.

 

Avant ces jours d’un calme bien peu sobre,

en résistance contre ces dictateurs,

vêtus de nous pour nous couvrir d’opprobre,

il ne nous reste dans ces jours et ces heures

qu’à défier les tyrans de notre bonheur,

qui ne nous laissent pour seule éternité

de vie que la mort, mais à leurs côtés.

 

À la fin ne restera que le verbe,

ce mot ci pour notre immortalité;

on la nommera, elle sera superbe:

à la fin rien ne sera inexprimé,

tous les noms enfin seront dévoilés;

il n’y aura aucun verbe pour dire,

aucun mot non plus pour écrire: mourir.

 

 

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