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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

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Stella Maris

Stella Maris
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Alicia, une enfant prodige est devenue mathématicienne, tout aussi prodige. Stella Maris lui ouvre ses portes à l'automne 1972 lorsque la jeune femme de 20 ans s'enregistre dans cette clinique psychiatrique privée du Wisconsin. Elle arrive avec un sac plein d'argent et un casting d'hallucinations dirigé par un nain aux mains palmées qui se fait appeler le Thalidomide Kid.

Stella Maris est une transcription des séances de thérapie d'Alicia. Le livre est suspendu à sa voix, et cette voix paraît souvent absurde.

Alicia est un nœud gordien de pathologies : synesthésique, schizophrène, autiste, anorexique, nihiliste, suicidaire et amoureuse de son frère. Elle peut lire les horloges à l'envers et jouer du violon Amati qu'elle a acheté aux enchères. Elle est aussi extrêmement belle. Écouter Bach est pour elle ce qu'il y a de plus près de la joie.

Les conversations d'Alicia avec le Dr Cohen sont combatives, cérébrales et théoriques (Kant, Wittgenstein, Feynman, Gödel) : moins un dialogue thérapeutique que platonicien. Les questions auxquelles le duo s'attaque vont de l'éternel - le moi est-il une illusion - au nouage mental - si les objets mathématiques existent indépendamment de la pensée humaine, de quoi d'autre sont-ils indépendants ? - en passant par le royaume brumeux et tard dans la nuit de la mauvaise herbe - pourquoi le dernier souffle d'un dauphin mourant n'est-il pas considéré comme un acte de suicide? Ce serait drôle si ce livre n'était pas si sûr de sa propre intelligence. "Je veux être vénérée, déclare Alicia, je veux être pénetrée comme on entre dans une cathédrale."

 « Si vous deviez dire quelque chose de définitif sur le monde en une seule phrase, quelle serait cette phrase ? » demande le Dr Cohen à Alicia. « Ce serait ça , répond-elle, Le monde n'a créé aucun être vivant qu'il n'ait l'intention de détruire." C'est le nihilisme classique de McCarthy, réduit à un concentré nocif : No country for old mathematicians (pas de pays pour les vieux mathématiciens).

Certains livres arrivent présaupoudrés du miroitement du mythe littéraire, cela peut être néfaste...car Stella Maris de Cormac McCarthy peut apparaître comme un livre ennuyeux et très naïf à la façon dont l'est un adolescent romantique,

mais c'est aussi passionnant – si l'on aime les mathématiques...sinon on risque l'ennui, mais écoutons Alicia: “Avons-nous la moindre idée de ce qu'est l'ennui?”

Surprenant aussi, par sa fraicheur et par le travail qu'a fait cet adolescent de 88 ans... sur la psychiatrie, la psychanalyse et les mathématiques.

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