Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

Publicité

Roman (8)

Anonyme, Un avocat rend visite à son client, le tableau est au musée national des prisons

Anonyme, Un avocat rend visite à son client, le tableau est au musée national des prisons

Publicité

Rolles et Dupuy ont vu le garage qui a fait la révision de la camionnette de Mitche il y a quatre jours. Les pneus ont bien été changés.

En partant vers le lieu de l’incident, Dupuy dit

- Le transfert du corps n’a pu se faire que pendant l’arrêt de la camionnette.

- Il a sûrement été provoqué?

- C’est à peu près sûr.

Ils se rendent chez Monsieur Morel, le propriétaire du garage des Monts qui confirme complètement ce que leur a dit Mitche.

- Et quand vous êtes arrivé à la camionnette, il n’y avait rien de particulier?

- Non, rien.

- Pas d’autre véhicule à côté?

- Non.

Rolles et Dupuy discutent entre eux,

- Il faudrait essayer de retrouver des gens qui sont passés sur la route avant hier.

Monsieur Morel intervient,

- Je vous ai entendu, vous pourriez aller à la poste, le facteur passe tous les matins entre dix heures et dix heures et demi sur cette route. Ils vont à la poste, toute proche, par chance le facteur est là.

- Hier en passant vous avez remarqué la camionnette de la papeterie de Henoke?

- Oui

- Il n’y avait pas d’autre véhicule en stationnement?

- Non, il n’y avait personne, je me suis dit qu’elle devait être en panne, il n’y a personne qui habite par là.

- Savez vous qui d’autre fait la route régulièrement?

- Le boulanger, la boîte qui livre la viande au boucher, non ce n’était pas son jour. Mais il y avait les gars de l’EDF qui circulent beaucoup ces jours à cause de la tempête de la semaine dernière, il y a encore pas mal de travail, ils sont d’ailleurs toujours là.

Le boulanger n’a rien vu de particulier.

Deux équipes de l’Edf travaillent sur le transformateur à côté.

- Bonjour messieurs, r vous avez fait la route plusieurs fois avant hier?

- Oui.

- Vous avez remarqué la camionnette de la papeterie?

- Elle y a été pratiquement toute la matinée.

- Vous n’avez pas vu un autre véhicule?

- Si, à un moment il y avait une autre camionnette, deux types qui chargeaient un colis dans celle qui était arrêtée, je me suis dit qu’ils avaient du oublier quelque chose.

- Un gros colis?

- Oui

- Vous reconnaîtriez les types?

- Celui que j’ai vu de face oui, l’autre je ne l’ai vu que de dos, leur camionnette venait de chez Affitaunauto, je l’ai reconnue parce que ma fille travaille pour eux.

- Merci.

Ils repartent à Haran. Rolles appelle Affitaunauto, il leur demande d’envoyer par fax les contrats de location de camionnette de ces derniers jours.

Le commissariat a été très animé toute la journée. Thévenin a mené à bien ses recherches sur la papeterie, c’est une affaire très saine, elle travaille avec de nombreuses administrations depuis longtemps et comme elle a souvent accès à des documents ou des informations confidentiels, elle fait faire des enquêtes régulièrement sur ses salariés. Il a regardé plus attentivement le dossier de Mitche, Rolles le lui avait demandé, c’est un homme très sérieux, divorcé depuis cinq ans, il paye très régulièrement la pension alimentaire et prend ses deux enfants tous les week end et pendant les vacances scolaires. Il n’a pas un train de vie exceptionnel mais il est certainement tout à fait honnête, c’est bien ce que pensaient Rolles et Dupuy.

Tous les fichiers centraux ont répondu, ça a été très rapide, aucune empreinte correspondant à celle de la morte n’est répertoriée.

- ça ne m’étonne pas, celui ou ceux qui ont organisé cette mise en scène sont des malins, s’il y avait eu un risque de ce côté, les empreintes auraient été effacées.

Pendant que Marie Claude a passé les éléments en leur possession au bureau central des personnes disparues et qu’elle étudie le signalement des femmes disparues, Danielle est retournée voir Le Directeur de la prison en milieu d’après midi, il lui a confirmé que tous les surveillants font l’objet d’une enquête préalable et,

- Comme vous me l’avez demandé, j’ai vu tout le monde avec Gomer, ils ont tous vérifié si parmi leurs proches il pouvait manquer une femme correspondant au signalement, rien de ce côté.

- Je suis certaine que le corps a été amené ici – on le sait maintenant- pour donner un signal, un avertissement à quelqu’un ici. Il peut s’agir d’une vengeance ou d’un moyen de pression. Je n’ai jamais vraiment pensé pas que c’était pour un surveillant. Je suis de plus en plus convaincue que le destinataire de ce sinistre colis est un détenu.

- Mais lequel? Ils sont trois cent trente six ici, plus ceux qui sont en chantier extérieur et ceux qui sont hospitalisés.

- Je crois qu’il faut que nous étudiions tous leurs dossiers. Vous n’avez que les mandats de dépôt ici?

- Oui et un rapport sur chacun, son comportement ici, ainsi que la liste de ses parloirs.

- Vous voulez dire le nom des gens qui viennent les voir?

- Oui.

- Vous pouvez nous préparer tous ces dossiers? Et je ferai contacter tous les parquets qui ont instruit leurs affaires.

- Je vous fais passer tout ce qui vous manque, j’ai déjà envoyé les mandats de dépôts cette nuit.

- Merci, on va faire avec ça pour le moment, on verra peut être aussi les dossiers de tous ceux qui sont passés ici. Ceux qui ont organisé ce transport doivent connaître la prison.

- Ça fera plus de vingt mille dossiers.

- Je m’en doute. A bientôt Monsieur Lemek.

 

 

Ils étaient entrés chez Toni

- Tu reconnais Béatrice, Toni?

- Bien sûr.

- C’est gentil, je ne vous ai pas oublié non plus.

Ils s’étaient assis à la table où elle avait mangé son omelette quelques mois plus tôt et ils avaient dîné tranquillement. Il n’y avait personne ce soir là et Claudie leur avait proposé de partager leurs repas, Elle était tellement contente de voir son petit Mermed avec cette fille, aussi heureux, La soirée avançait, il avait fallu partir.

Sur la route, Mermed avait parlé de ce qui le tracassait depuis Megève

- Tu te rends compte si l’on pouvait passer tous les jours ensemble…

- Mermed je ne veux que cela.

- Viens avec moi, reste.

- Tu sais bien…et toutes tes guerres…

- Je quitterais l‘armée. Je peux faire autre chose.

Ils avaient roulé en silence, la main de Béa était sur sa cuisse.

- Tu sais, Marie m’a dit que vous aviez parlé.

- Elle m’avait dit…

- Je sais, mais nous sommes tellement proches, elle me l’a dit, je ne lui en veux pas du tout au contraire.

- Moi, je la remercie, elle est formidable

- Oui, Gregor a beaucoup de chance.

- Moins que moi.

- Non, ne dis pas de bêtises.

- Tu sais, Julie serait heureuse avec nous deux, parle-moi d’elle.

Elle avait raconté Julie, ses grands yeux, ses cheveux tout blonds, mais elle ne la voyait qu’à peine huit ou neuf jours par an c’était tellement dur.

- Et tu ne sais pas où elle est?

- Non. Mais je pense qu’elle est en Italie.

- C’est vrai que tu es italienne.. Et elle, elle ne peut pas te dire où elle habite?

- Elle est encore trop petite.

- Il faut que j’aille parler à son père.

  1. C’est tellement dur de parler avec lui.

  2. - ça vaut la peine d’essayer.

- Ecoute vas y, je n’ai rien à perdre. Que ma fille à retrouver…et toi.

Ils étaient arrivés à Toulouse, ils avaient passé une nuit blanche, une nuit d’amour et de mots, une nuit de tendresse et de peur, elle avait peur, le père de Julie était dur, il pouvait être méchant, elle ne voulait pas qu’il prenne des risques, il la rassurait avec des mots et avec des caresses dont il connaissait bien mieux le vocabulaire.

- J’ai encore deux jours à prendre. Je vais aller le voir et je reviens te dire ne t’inquiètes pas.

- Je t’aime Mermed.

- Je t’aime Béa, à bientôt, quand je reviendrai tu seras libre, nous serons libres.

- Je t’attends, sois prudent, pense à nous.

 

Il était parti, il avait trouvé la maison où Dore, c’était son nom, habitait à Dijon. Il était tôt, il n’était pas encore là. Il avait attendu dans sa voiture et un type qui ressemblait à la description que lui avait fait Marie était arrivé. Avant qu’il ne pousse le portail du jardin, Mermed l’avait rejoint.

- Je m’appelle Mermed je veux vous parler.

- Je ne vous connais pas.

- J’aime votre femme.

- Quoi?

- Tu m’as bien entendu.

Ce type avait une gueule de dur, bien habillé, classe, mais un dur.

- Soyez poli, mon vieux

Et le type avait mis la main à la poche.


Mermed avait eu peur qu’il cherche une arme, alors il lui avait balancé un coup de poing lourd de tout son amour pour Béa et de toute sa haine pour cet homme et il était tombé à la renverse, la tête avait cogné sur l’angle de la marche. Mermed savait, le type était mort.

Il était parti vite, sans faire attention aux deux ou trois personnes qui étaient dans la rue et qui criaient. Il avait repris la voiture et avait roulé vers Toulouse, Il ne pensait à rien, il roulait, vite. Au bout de quelques heures il avait essayé d’appeler Béa, personne, dix fois, vingt fois il avait appelé, toujours personne. A Toulouse il était passé chez Béa, chez son amie, chez Marie, personne. Il avait attendu et puis il était rentré au quartier.

Le lendemain matin les gendarmes étaient venus le chercher. Tous les appels qu’il avait passés dans la nuit à Béa, à Marie étaient restés sans réponse. Il avait réussi à parler avec Gregor qui lui avait dit que Marie était repartie la veille à Paris. Il lui avait raconté ce qu’il avait fait.

 

Au commissariat, Ichebac l’attend. Le labo a rappelé, ils ont fait tous les prélèvements pour les tests génétiques et ils ont découvert qu’elle avait deux dents sur pivot, ce qui peut faciliter l’identification.

- Ils ont dit que l’on pouvait disposer du corps, ils ont fini.

- On va annoncer l’enterrement, je vais aller voir les journalistes, leur donner la date et faire le point avec eux.

Elle revient après avoir rencontré les journalistes.

- Et les personnes disparues?

- Ils sont trois à s’en occuper avec Marie Claude- tous des cracks en informatique- ils épluchent tout.

- On sait bien que toutes les disparitions ne sont pas signalées…

Danielle dit que dès le lendemain il faudra contacter tous les parquets

- On mettra l’équipe de Marie Claude la dessus avec Blanc et du personnel en plus, le directeur m’a dit ce matin de ne pas hésiter à demander des renforts.

Rolles et Dupuy arrivent. Ils expliquent ce qu’ils ont fait.

- Il y a certainement eu une substitution de colis lors de l’éclatement des pneus. On a vraiment affaire à des spécialistes. Comment ont ils pu savoir que la camionnette crèverait à cet endroit?

- C’est une crevaison provoquée.

- Comment?

- Un tireur ou deux, un peu avant le parking il y a une butte avec des arbres, le tireur pouvait être caché là.

- Il faudra ratisser tout le coin, essayer de retrouver des traces, des douilles. On va demander à la gendarmerie de nous aider, je les appelle.

Dès qu’elle a terminé sa conversation avec le patron de la gendarmerie qui mettra une équipe à la disposition des inspecteurs le lendemain ? elle leur demande:

- Et l’identité des gens qui ont loué la camionnette?

- Nous attendons les copies des contrats de location.

- Il sera établi à une fausse identité, mais les gens d’Affitaunauto se souviendront peut être d’eux, ce n’est pas si vieux. On verra demain.

Il est tard, la journée a été longue, pendant que tous rentrent chez eux, Danielle écrit quelques lignes pour fixer ses idées:

  1. un lieu quasiment hermétique

  2. un cadavre transporté dans cette prison

  3. un incendie qui n’est qu’un leurre

  4. Le visage défiguré de la fille, pourquoi?

  5. Ce cadavre est un message adressé à qui? A un surveillant qui a été trop dur avec un détenu, à un détenu?

  6. Ils l’ont défigurée pour bien faire comprendre au destinataire du message qu’ils sont prêts à tout et qu’ils peuvent tout faire, partout.

  7. Qui est-elle?

  8. Qui l’a tué?

  9. Pourquoi ce corps a t’il été déposé ici, à Haran? Et si c’était pour moi ce message?

  10. Pourquoi ce jour là? Parce qu’il y avait une livraison, le type connaît bien la prison, ou il y connaît des gens.

En continuant à réfléchir, elle rentre chez elle à pied, comme la veille elle appelle son père,

- Tu dois avoir tout le monde sur le dos?

- Oui, mais pour le moment ça va.

- Pour le moment…

Avant de s’endormir, elle lit un autre des textes que lui a donné Lemek, il s’appelle la carte postale:

 

«Dans toutes les cellules, bien sûr, il y des cartes postales de vacances, des cartes de villes, de montagnes, tu vois la croix, c’est là que nous sommes. Il y a des cartes du désert, des cartes du bord de mer avec des filles plus ou moins habillées, pour bien rappeler au détenu, qui commençait à le comprendre, que les filles, il n’y a droit que dans les magazines ou à la télévision. Mais on peut avoir d’autres images de femmes et c’est une petite carte avec un visage peint par Bellini (Giovanni, bien sûr) ou Titien. Et l’on est comme ces hommes qui tendent les bras vers celle qui monte, qui leur échappe. On est comme eux parce qu’eux aussi ils ont perdu leur femme. Leur geste est une supplication, une prière, son corps à elle est un regret – regret de les quitter? Mais ses yeux et ses bras sont tournés vers celui qui l’attend, tout se passe comme si son corps regrettait de partir là où son âme l’emmène. Elle est libre, mais il faut que quelques dizaines d’angelots la poussent de toutes leurs forces. Surtout celui de droite, en bas, il force sur l’air, il s’y appuie autant qu’il peut et il regarde les hommes en bas comme pour être sûr qu’elle est hors d’atteinte, qu’elle ne descendra plus. Il n’est pas content, comme celui de gauche, dans les plis de la robe. Est ce qu’elle regrette le monde des hommes? Ou ce bras vigoureux qui l’a presque retenue. L’histoire ne le dit pas, mais Titien le croit, peut être, si l’on a bien compris. Cette spirale merveilleuse du pied de l’homme jusqu’au mouvement de la tête de la femme, n’est ce pas le combat du corps et de l’âme dans un maëlstrom pacifié? On s’égare, on oublie que le tableau ne tiendrait pas, même sur tous les murs de la cellule, mais la carte postale illumine tout.

 

Au fait, est ce que je vous l’ai dit, c’est l’Assomption de la Vierge de Titien et que c’est aux Frari, à Venise et que vous ne pouvez pas vous tromper c’est le seul tableau derrière l’autel.

Regardez le pour moi.»

 

à suivre

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article