Enheduanna (Sumer, 2285 av. JC – 2250 av. JC)
Reine de tous mes moi , grande prêtresse enjoyautée
qui tiens dans ta main les sept moi,
ma reine, protectrice de tous mes moi,
tu as glorifié mon moi, tu l'as lié à ton destin,
tous mes moi, tu les as rassemblés contre ton sein.
Et tu transmets les ordres divins,
tu sondes les mystères des grands rites!
Ravageuse des pays barbares,
tu as donné des ailes aux tempêtes,
plus forte que les vents du malheur,
tu donnes les plaintes aux accords de la lyre des lamentations.
Qui peut apaiser les colères de ton coeur -
ce coeur maléfique au-delà de toute consolation?
Fille du pêché,
femme qui ne parlait plus d'amour au compagnon de ses nuits,
j'ai chanté ton chant.
j'ai chanté tout cela en unisson avec tous les moi.
Je suis entré avant toi dans les couches jadis de plaisir,
tout ce qui me donnait du plaisir s'est transformé en poussière.
Oh Pêché! quel destin amer est le mien,
Moi, que suis-je au milieur des créatures vivantes?
Oh, toi qui inventa les lamentations,
ton 'navire des lamentations' s'est ancré dans une terre inamicale,
Moi, habitué au triomphe, j'ai été emmené de ma maison,
ma vie a été dévorée,
j'ai du marcher dans les ronces des montagnes,
Ce n'est pas ma sentence qui a été prononcée,
c'est une étrange sentence qui est devenue ma sentence,
le lit fertile a été rendu infécond,
'tu es connu, tu es connu.'
c'est de toi que je l'ai appris.
j'ai préparé ta chambre nuptiale, que ton coeur s'apaise pour moi, des innovations j'en ai fait tant et tant, Grande Reine, pour toi je les ai faites.
Toi, la première,
poètesse,
prêtresse,
la première qui signa ses vers,
la première auteure,
avant tous.