J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com
25 Janvier 2018
Pendant que Mermed fait chauffer son eau, il pense à Gregor qui était allé en Italie pour rencontrer les marchands dont on lui avait parlé à Lyon. Il terminait en même temps son article sur le type qui avait poussé le prix Nobel du haut de son escalier – l’écrivain était mort et l’on avait cru au suicide jusqu’à ce que l‘assassin se dénonce.
Tous les marchands italiens lui avaient dit les mêmes choses, qu’il avait déjà entendu en France: respect professionnel avec souvent un peu de jalousie. Un soir il avait dîné avec Voce leur correspondant à Milan à qui il avait parlé de Dore.
- Tu en avais entendu parler?
- Oui il a découvert des œuvres tellement importantes, ça avait fait beaucoup de bruit.
- Tu sais avec qui il travaillait ici?
- Oui.
Voce lui avait donné le nom de gens qui étaient ceux que Gregor avait vus et il en avait ajouté deux autres.
- Attends, le premier il est mort il y a un an ou deux, une mort curieuse, il venait de retrouver – il travaillait un peu comme Dore en ce qui concerne la recherche – oui c’était un Greco du temps où il était en Italie.
- Le deuxième?
- C’est une sorte de courtier.
- Tu connais son nom?
- Angelo.
- Angelo?
- Je ne connais pas son nom de famille.
- On peut le trouver où?
- Il habite dans la région, ici, où exactement je ne sais pas.
- Il a un magasin?
- Non
- Comment peut on le rencontrer?
- Les ventes, les galeries, les expos.
- Il est comment?
- Un gars de notre âge, pas très grand, beau type, toujours élégant, mais il a une drôle de réputation, il a fait un peu de prison.
- Pourquoi?
- Impôts.
- C’est pas vraiment exceptionnel ici.
- Non mais il y sûrement d’autres choses, il y a des bruits autour de lui, mais on est au pays du bel canto, l’air est dans l’air.
- Je ne vais pas lui courir après j’ai vu assez de gens.
- Je vais quand même essayer de retrouver son nom.
Ils s’étaient quittés. La voiture de Gregor était devant l’hôtel. Il y avait laissé son dossier sur le Nobel, il était allé le chercher, sa voiture était ouverte, elle avait été fouillée, ses papiers étaient éparpillés sur le siège mais tout était là. Il l’avait signalé à l’hôtel.
- ça arrive souvent, vous pouvez porter plainte, mais…
- C’est inutile, je sais, sauf pour l’assurance, j’irai demain matin.
C’était la deuxième fois, à Dijon il avait pensé qu’il avait oublié de fermer sa portière mais elle avait du être ouverte. Et puis ces deux types à côté de lui sur le parking de la prison, ça lui revenait, ils étaient partis en même temps que lui, et il était presque certain d’en avoir vu la veille au soir en prenant l’apéritif avec la galeriste.
Est-ce qu’il y avait des gens que l’un de ses articles dérangeait? Mais lequel, comment savoir? Ce n’était pas le Nobel, les papiers étaient toujours là, alors? Qui est ce qu’il dérangeaitaujourd’hui? Il avait déjà eu des problèmes quand il avait enquêté sur les mercenaires européens qui louaient leurs services en Afrique et ailleurs. Il fallait qu’il fasse attention, qu’il regarde autour de lui. Il avait raconté tout cela à Mermed.
- Tu les reconnaîtrais?
- L’un d’eux oui l’autre je suis moins sûr.
En rentrant chez lui, il avait croisé le type de l’apéritif dans une station service. Ils ne se cachaient même pas…
Madame Dore l’avait appelé chez lui.
- Gregor?
- Bonsoir Eliane.
- J’ai retrouvé des photos, j’aimerais bien vous les montrer.
- Elles sont si importantes?
- J’en ai l’impression, mais je ne veux pas vous faire de fausse joie, je pourrais vous les montrer samedi, si vous avez un moment, je serai tout le week end chez ma sœur à Heidelberg.
Ils avaient convenu de se retrouver chez Gregor, sa sœur la déposerait le samedi vers deux heures.
- J’aurais pu aller chez votre sœur.
- Elle devait venir à Francfort, et comme vous avez tous vos documents ici c’était plus pratique.
Elle avait pris une enveloppe dans son sac, elle en avait sorti trois photos.
- Après votre dernière visite j’ai recherché dans toutes les photos professionnelles de mon mari, il y en a beaucoup, des photos à des ventes, des photos lors du vernissage des expositions et j’ai trouvé ces trois photos. Regardez, elle avait tendu les trois photos, deux avaient été prises lorsqu’il avait remis le Leonard et l’autre avait été prise lors d’une exposition à Drouot. Sur les deux premières photos il y avait Béa et Marie avec un homme assez jeune, brun.
- C’est bien elles…
- Et sur la troisième photo?
- C’est Béa avec le même homme.
- Je peux revoir les photos que vous m’avez montrées à Dijon?
Il était allé les chercher avec d’autres.
- Il n’y aucun doute.
Ils étaient restés sans parler.
- Depuis que j’ai vu ces photos, je me suis dit que votre ami a du être envoyé pour d’autres raisons que celles qui lui ont été données.
- Oui, on a été manipulé, moi aussi, mais c’était quand même le hasard si on les a connues et c’est en connaissant Mermed qu’elles l’ont envoyé vers votre mari, il était tellement amoureux de Béa…C’était facile. Mais est ce que le meurtre était prévu? Ou est ce que ça a été seulement une intimidation qui a mal tourné?
- Est-ce qu’elles ne le connaissaient pas assez bien pour savoir que sa violence pouvait aller jusqu’au meurtre?
- C’est possible, bien machiavélique mais possible. Elles ont pu être manipulées aussi, par qui?
- Par ce type sur la photo, on m’en a parlé en Italie, enfin je pense que c’est lui. Est-ce que ça vous ennuie que je scanne vos photos et que je les envoie par fax à Voce, notre correspondant à Milan, c’est celui qui m’a parlé de ce type.
- Pas du tout, j’ai autant envie de savoir que vous. Vous faites une vraie enquête policière…
Il avait envoyé immédiatement les photos à Voce. Ils avaient bavardé en attendant que la sœur d’Eliane vienne la chercher.
- Vous me tenez au courant, Gregor?
- Bien sûr, j’oubliais, je pense que je suis suivi depuis quelque temps, ça m’était déjà arrivé, c’est peut être en rapport avec nous, faites attention.
Le lundi, Voce l’avait appelé.
- C’est bien l’homme dont je te parlais qui est sur les photos que tu m’as envoyées. J’ai retrouvé son nom: Costani, Angelo Costani.
- Tu ne sais toujours pas où il habite?
- Non.
Quelques jours plus tard il était avec Mermed.
- Tu l’as trouvé ce Costani?
- Non pas encore mais je pense que l’on va y arriver.
- Tu m’as fait un jeu de photos?
- Bien sûr, tu peux les passer à la fouille?
- Oui, les photos pas de problèmes.
Ils n’avaient pas parlé d’avantage, c’était il y a quinze jours et Gregor revenait mardi, dans deux jours. Il voulait regarder ces photos regarder comment Béa regardait ce type, si elle le regardait comme elle le regardait lui. Les photos de la remise du Leonard avaient été prises avant qu’il ne connaisse Béa, la troisième datait de son séjour en Guyane, quand Béa était venu l’attendre à Roissy.
Depuis deux semaines il regardait ces photos, et il cherchait dans son regard, dans ses gestes et dans son souvenir si elle l’avait aimé ou si elle lui avait menti. Ce n’était pas possible qu’elle ait menti tous ces mois, toutes ces nuits. Et pourtant il avait été envoyé chez Dore, en plus un type bien, un type qu’il aurait aimé connaître. Est-ce qu’il devait écrire à sa femme? Il faudrait peut être un de ces jours.
- Non Mermed, soit tu décides d’écrire soit tu décides de ne pas écrire.
- J’écrirai,
- Quand, Mermed, quand?
- Mercredi, je demanderai à Gregor ce qu’il en pense.
- Encore une fuite,
- Non pour savoir si c’est une bonne idée lui il connaît Madame Dore,
- C’est pas Gregor qui va faire la lettre,
- Non mais il me dira comment elle la recevra.
- C’est par grandeur d’âme que tu veux écrire à la femme de l’homme que tu as tué? Tu veux quoi, Mermed, tu veux qu’elle dise il est quand même gentil l’assassin de mon mari?
- Non je n’ai pas besoin que l’on pense quoique ce soit de moi, je n’en ai plus besoin, je pense pour moi, j’existe, ça me suffit, j’ai eu tant de mal à y arriver.
- Ta gueule Mermed l’ancien, maintenant il y a Mermed le jeune, il n’y a plus rien à voir.
- Qu’est ce qu’il m’a dit le Grand? Ah oui que nos âmes nous avaient haï à cause des mauvais traitements qu’on leur faisait subir et que maintenant elles n’ont plus peur de nous. C’est vrai que je me suis haï pendant ces années et que ça m’a mené dans ce trou noir pendant un an et c’est vrai que je me hais plus, je ne m’aime pas non plus, ça je ne le pourrai jamais,
- Arrête, Mermed,
- Il m’a dit, le Gros, tu prends du plaisir à t‘entendre te dire ça tu y prends du plaisir et bientôt tu vas t’adorer. Adorer un tueur, m’adorer d’avoir tué Dore?
- Oublie les mots, arrête la psy Mermed, continue ta vie donne lui encore plus de discipline, ça te fait du bien, on reparlera de tout cela, t’es pas encore Mermed le jeune, plus Mermed l’ancien t’es…t’es quoi, un trait d’union.
- Il m’a dit qu’il l’avait trouvé eu ce truc des âmes qui nous haïssent, le Grand? Je ne m’en souviens pas, il faut que je lui demande. Il m’embête, il me prend la tête reviens Béa, reviens, je sens qu’elle va revenir, qu’elle n’est pas loin. Quel fouineur ce Gregor, quel journaliste, il veut retrouver Marie autant que je veux Béa. Il veut savoir aussi,
- Mermed, tu réussis même à être plus bête que l’ancien et c’est pas facile.
- Je suis le type de tous les exploits en matière de bêtise, me faire avoir par deux filles, aujourd’hui je ne serais pas fait piéger,
- tu penses…
- Si le nouveau il pense, il sait, il est lucide.
- Il se ferait avoir de la même façon
- Est-ce qu’elle savait ce qu’elle me demandait? …Mais c’est moi qui lui ai demandé, et puis ce mec c’est qui, son frère?
- rêve pas c’était son mec
- Non comment tu le sais?
- Je vais montrer les photos au grand et lui raconter toute l’histoire,
- Non débrouilles toi tout seul, je lui dirai demain, il n’en parlera à personne.
- Ca sert à quoi, d’avoir l’air d’un imbécile?
- Il comprendra,
- Espère Mermed, il n’y a plus d’espoir rien que des jours à vivre, fais comme tu veux,
- J’en ai assez de ne rien pouvoir dire ou faire sans que l’autre me parle,
- L’autre c’est toi, Mermed,
- Ecoute moi il faut que j’en parle à quelqu’un il faut que je sache,
- Tu ne tiendras jamais le coup,
- C’est ça qui te fait peur?
- Un peu
- Je tiendrai quoique j’apprenne tu es sûr de toi?
- Oui,
- Quel pas, maintenant tu es sûr de toi? Il n’y a que trois ans que tu utilises ta tête pour réfléchir et tu es sûr de toi? Trois ans c’est le temps qu’il faut pour savoir lire des mots et toi en trois ans tu as appris à lire ton âme, tu plaisantes,
- Non je la connais et je commence à la supporter, je te supporte bien toi,
- Alors vas y parle lui au grand, parle lui demain comme ça tu pourras le dire à Gregor mardi, lui il y a longtemps que c’est le nouveau Gregor.
Arrivés au commissariat les trois policiers font le point.
- Nous avons vu tous les détenus, sans tenir compte des données objectives que traitent les informaticiens est ce que certains détenus pourraient être mêlés à ce crime?
- Peut être quelques-uns uns, mais dans l’entourage de la plupart de ceux que j’ai vus, je ne crois pas qu’il y ait des gens pour monter une mise en scène pareille.
- C’est la question et c’est le mot et c’est bien parce qu’il y a eu mise en scène compliquée qui nécessitait une organisation, une connaissance des lieux, une absence de scrupule et de l’audace que je suis toujours convaincue qu’un détenu y est mêlé d’une façon ou une autre, ceux qui ont monté cela avaient un message à faire passer à quelqu’un qui n’a pas tout dit et dont, pour une raison que nous ignorons, ils ont peur qu’il parle.
- C’est bien compliqué.
- Mais efficace.
- Combien de détenus parmi ceux que vous avez vu pourraient avoir des choses à cacher?
Ils se concertent et décident que cinq détenus doivent être revus, l’Elu, le Grand, le Marseillais, le Gros et Mermed..
Ils laissent les éléments qu’ils ont récoltés aujourd’hui sur les bureaux des informaticiens et rentrent chez eux, Danielle appelle son père.
- Voilà, tu connais tous les types que j’ai vus.
- Il y en a qui pourraient être liés à cette affaire?
- On en a retenu cinq.
- Vous allez les revoir?
- Oui, lundi après midi. , Je les reverrai avec Ichebac.
- Tu sais que c’est un tout bon flic.
- Je sais, il a été bien formé.
à suivre