J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com
21 Septembre 2017
Gomer est venu voir la commissaire.
- Nous avons pu contacter tout le monde- tous ceux, surtout celles, qui ont des autorisations pour entrer, y compris les visiteurs de prison – tout le monde répond, aucune absence.
- Vous avez préparé des listes?
- Oui, celles des détenus, de leurs parloirs, celles du personnel et de toutes les personnes extérieures avec les adresses et les numéros de téléphone.
- Parfait, merci.
Le laboratoire arrive avec le légiste. Danielle Babel leur raconte ce qui s’est passé.
- Et dès que le corps a été dégagé j’ai tout arrêté en vous attendant.
Ils refont toute une série de photos et laissent la place au toubib pour qu’il examine le corps. C’est rapide.
- C’est une femme blanche, morte depuis environ vingt quatre heures.
- Quelle est la cause de la mort?
- Je ne sais pas encore, mais ce n’est ni une balle ni un couteau qui ont provoqué la mort, je vous le dirai après l’avoir examiné au labo.
- Et le visage?
- Certainement de l’acide sulfurique.
- Ça aurait pu causer la mort?
- Peut être, mais je vous dirai cela ce soir ou demain matin, nous allons l’emmener.
Le médecin repart avec ses deux assistants qui chargent le corps dans le fourgon après l’avoir mis dans un sac mortuaire.
Les autres membres de l’équipe du labo continuent de sonder, ils ont également senti l’essence.
- Commissaire, pourriez vous demander s’ils ont l’habitude de stocker des petits jerrycans d’essence ici, parce que je crois bien que ça, là, vous voyez? Ce sont des restes de plastique du genre de celui des petits bidons de secours de cinq litres.
- Je m’en occupe.
Danielle Babel retourne voir Lemek.
- Il y a des traces d’essence dans le foyer, vous stockez de l’essence ou du mazout la bas?
- Non jamais.
- Et la papeterie?
- Non.
- Est-ce qu’un surveillant aurait pu déposer un bidon là bas?
- C’est impossible d’entrer dans la prison, même pour un surveillant, avec un paquet, un colis quel qu’il soit.
Elle quitte Lemek pour se rendre au bureau où est installé Ichebac.
- Vous avez terminé?
- Oui, rien de nouveau.
- En attendant que le labo ait terminé, on va lister tout ce que l’on doit faire.
- C’est simple, dès que l’on aura trouvé comment ce corps a pu entrer ici, qui a mis le feu, comment il a été mis, qui a tué cette femme, comment elle a été tuée, pourquoi elle a été défigurée, on saura tout.
- Pas tout à fait, il faudra encore découvrir qui elle était et pourquoi elle a été tuée.
- Et puis aussi savoir pourquoi elle, ou son corps, a été amenée dans une prison et dans cette prison?
- Quand nous aurons son signalement, poids, taille, ses empreintes, nous ferons passer une fiche partout.
- On les aura quand?
- Dans la journée, demain matin au plus tard. Comment se passe la surveillance ici?
Ichebac explique que la nuit il y a des rondes dans chaque étage toutes les deux heures. Le surveillant allume de l’extérieur et vérifie que les détenus sont dans bien leurs cellules et en vie. Il lui dit qu’il y a quatre miradors et que les gardiens s’y relaient toutes les trois heures et que la prison dans son ensemble, bâtiments, cours est très bien éclairée.
- J’ai vu les murs et les grillages, ils font le tour complet?
- Oui,
- Est-ce qu’elle est sûre cette prison?
- Depuis que la prison a été construite, il y a eu très peu de tentatives d’évasion et une seule depuis six ans. Lemek et Gomer sont très rigoureux.
- Pourtant quelqu’un a réussi à faire entrer ce corps.
- Je sais bien.
- Le directeur nous a parlé de la vidéo surveillance j’aimerais aller me rendre compte.
- Je vais lui demander.
Lemek les accompagne au poste central qui est occupé, comme toujours par trois gardiens. Une vingtaine d’écrans de télévision permet de voir très distinctement tous les étages, les parties communes, les cours, enfin toute la prison. Aucun mouvement ne peut échapper à cette surveillance.
- Est-ce que tout est enregistré?
- Oui, depuis deux ans, on a installé un système, tout est gardé en mémoire.
- Vous gardez donc tout?
- Oui
- on peut donc visionner ce qui s'est passé cette nuit...
- oui
- Ichebac, vous demandez à Blanc de visionner tout cela, je vais voir où en est le labo.
Ils viennent de terminer.
- Je suis certain qu’il y avait un ou deux bidons d’essence, nous avons trouvé des restes de ce qui aurait bien pu être un système de mise à feu. On va emporter tout ça pour examiner de plus près, mais je pense que l’on est dans le vrai.
- Rien d’autre?
- Non, je vous appelle dès que l’on a fini nos examens.
- Merci.
Rolles arrive, il a fait le tour des cours et du mur à l’intérieur et à l’extérieur.
- Je n’ai rien remarqué de particulier commissaire, à part des balles de tennis à moitié percées et il n’y a pas de tennis ni dans la prison ni à côté.
- On va demander à Gomer, allez-y Rolles, non attendez, quelle heure est-il?
- Presque midi et demi.
- Je vais aller avec vous, on va demander à Lemek et nous irons déjeuner.
Lemek est dans son bureau.
- Commissaire, quelle histoire! Ce n’est pas la première fois qu’il y a un mort en prison, mais c’est la première fois que l’on y trouve le cadavre de quelqu’un qui n’est ni un détenu, ni un gardien. Je viens d’avoir un coup de téléphone du directeur de l’administration au ministère, ils sont sur les dents.
- Je suppose que je vais avoir le mien aussi…
- Oui…surtout qu’il y a déjà des journalistes à la porte et les télés et des radios.
- Qui les a prévenus?
- Ça peut être n’importe qui… Est ce que vous voulez déjeuner avec nous tous les quatre? Nous avons une cafétéria.
- C’est une bonne idée, on en profitera pour vous poser encore des questions. Rolles, allez chercher Ichebac et Blanc.
- Pas la peine, je vais demander à Gomer qui mangera avec nous de les prendre au passage.
- Que faites-vous des prisonniers? Ils sont toujours enfermés?
- Oui, je voulais vous demander si on pouvait les faire sortir cette après midi?
- Oui.
- Ce sera mieux, ça les calmera et ça leur permettra de se rendre compte que ce n’est pas un détenu qui est mort. Ça apaisera les tensions. Il y a des parloirs cette après midi, les gens attendent déjà, il faut peut être mieux les supprimer?
- Oui tant que l’on ne connaît pas l’identité de la victime, ni visites, ni même de courrier pour les détenus, est ce possible?
- Bien sûr.
- Avant de déjeuner, Monsieur le Directeur, allons rencontrer les journalistes pour leur dire ce qui s’est passé, ce sera fait.
Ils parlent quelques minutes aux journalistes à qui ils disent ce qu’ils savent et rentrent à la cafétéria où Gomer et les trois inspecteurs les attendent.
- C’est calme habituellement ici?
- Oui, assez, des problèmes bien sûr mais rien d’extraordinaire – pour une prison
- Quelle est la composition de la population pénitentiaire ici?
- Comme partout, des homicides, des braqueurs, des cols blancs, des mineurs…
- Beaucoup?
- Une vingtaine de douze à dix huit ans.
On leur apporte le repas, ils continuent à bavarder en mangeant. Un peu de détente, la matinée a été dure. Mais la commissaire revient au travail, elle se souvient de ce que lui a dit Rolles.
- Monsieur Lemek, Rolles a trouvé des balles de tennis éventrées dans les cours, qu’est ce que c’est?
C’est Gomer qui répond
- C’est un des moyens utilisés pour faire entrer la drogue en prison, des amis des détenus jettent ces balles par-dessus les murs de la prison aux heures de promenade, on fait des rondes pour les récupérer, mais il y en a beaucoup qui passent à travers.
- Vous ne faites pas la chasse à la drogue?
- On devrait, mais, tacitement, l’administration nous dit de laisser faire – un peu - pour que les détenus soient tranquilles.
La commissaire demande au directeur comment se passe la vie d’un détenu, il le lui dit et
- Je vais vous donner quelques textes d’un détenu, ça vous montrera comment ils vivent leur détention.
Le jeudi, Gregor était arrivé à la caserne en fin de matinée, son photographe l’avait rejoint à Toulouse et l’avait amené avec lui. Le colonel les attendait. Ils devaient déjeuner ensemble au Mess. Ces articles avaient reçu l’accord de l’état major et du ministère. Ça avait été facile, Gregor était un journaliste très connu grâce à ses articles dans le monde entier. Il allait faire un article sur le régiment et quatre portraits, celui du colonel, un Saint Cyrien, celui du capitaine Billot, un vieil adjudant polonais et Mermed.
- Lui, je ne vous en parle pas, vous le connaissez.
- C’est un ami, nous nous sommes connus à Sarajevo il y a trois ans, mais je sais très peu de choses sur lui.
- Il s’est engagé à dix huit ans, il est d’un milieu qui n’est pas celui qui, traditionnellement fournit les légionnaires. C’est un très bon élément, sept décorations, j’ai décidé de lui faire faire l’école des sous officiers, Il sera officier un jour.
Ils avaient continué à parler, le colonel lui avait dit que Mermed leur servirait de guide pendant tout leur séjour.
- Il vous emmènera partout où vous le souhaitez, il a carte blanche.
- Merci, colonel.
- Je crois que vous voulez me voir demain seulement?
- Oui, cette après midi, je vais faire un tour du village, connaître l’avis des habitants sur votre présence ici.
- Bonne idée, je fais appeler Mermed.
Mermed était arrivé, en uniforme, impeccable.
- A vos ordres mon Colonel.
- Repos, vous connaissez Monsieur Samsa bien sûr?
Ça lui disait quelque chose au colonel ce nom Gregor Samsa, il y pensait déjà depuis quelque temps, il l’avait lu quelque part, ça lui revenait tout d’un coup,
- Votre nom c’est celui du héros de la Métamorphose?
- Oui. Mon père admirait beaucoup Kafka, il n’a pas voulu d’autre prénom pour moi.
Mermed ne savait pas de qui ils parlaient, en partant il l’avait demandé à Gregor,
- C’est un écrivain Tchèque, drôle et en même temps il décrit un univers très inquiétant, déshumanisé, tu connais le mot kafkaïen?
- Oui.
- ça vient de son nom, c’est quelqu’un ton colonel, il y a peu de gens qui font le rapprochement.