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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

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Confinement jour 18

Confinement jour 18
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Souvenirs de la maison des à-côtés

Un matin pluvieux, M. arriva au centre. Il fut accueilli par un homme débonnaire qui lui proposa de déposer ses objets de valeur à la réception. On laida ensuite à défaire ses bagages, puis un garçon détage laccompagna jusquà sa chambre. M. le savait depuis quelques jours, le centre, dépassé par son succès était complet. Seules les relations privilégiées quil entretenait avec M. Louis V, chef de service au sein du groupe propriétaire du centre, lui avait permis daccéder rapidement à ces soins quil attendait depuis si longtemps. M. arriva donc dans sa chambre. Il y avait six lits et deux matelas sur le sol. Hélas et cela ne lui avait pas été dit, il ny avait plus de matelas, aussi M. avait-il le choix, soit repartir, soit profiter dés à présent des soins en acceptant de passer les nuits sur une couverture à même le sol. M. nhésita pas, il fut en outre conforté dans son choix par linsistance bienveillante du garçon détage, il décida donc de rester.

Le temps de se présenter aux autres occupants de la chambre, puis de sinstaller, ce fut lheure du déjeuner, lequel était servi dans la chambre. Déjeuner frugal mais parfaitement équilibré. Laprès-midi fut consacré aux examens en vue de définir son programme de soins. A cinq heures et demi fut servi le dîner. Une soirée conviviale devant la télévision précéda une nuit, qui malgré linconfort de la couche, lui permit de dormir mieux que depuis longtemps - les premiers effets du séjour, déjà? Le réveil de M. fut paisible, il fit ses ablutions quil termina alors que lon servait le petit déjeuner. Puis M. commença son traitement, chaque jour, activité physique de huit heures à neuf heures trente suivie jusquà lheure du déjeuner dune psychothérapie de groupe animée par les occupants de la chambre eux mêmes, suivant en cela la méthode mise au point par le célèbre professeur Mataf quelques années auparavant. Cette méthode repose sur deux piliers: la constitution dun groupe équilibré et harmonieux maintenu ensemble en permanence; afin déviter que dans un moment dégarement un membre du groupe ne se soustrait aux séances, la porte de la chambre était fermée de lextérieur jour et de nuit. M. partageait sa chambre avec un vieux roumain, deux voyageurs, un sénégalais et deux personnes originaires dAfrique du nord ainsi que deux messieurs de sa ville. Tous savaient pratiquement lire et écrire. Le déjeuner fut servi, puis fut proposé un choix dactivités, activités physiques ou libres dans la chambre. Ces dernières, M. sen rendit vite compte étaient le plus souvent transformées en périodes de repos. M. choisit lactivité physique qui se déroulait dans un cadre certes austère mais bien conçu - une partie était couverte offrant un abri en cas de pluie, lautre, offrait un grand air que lon devinait ensoleillé. Cet espace formait un rectangle de presque trente mètres sur douze et quand les curistes y étaient réunis, M. sen rendit compte plus tard, on assistait à une étrange mise en scène spontanée du Dépeupleur de Beckett.

A quinze heures trente on le raccompagna dans sa chambre; il put se consacrer à son courrier et lire. Il apprécia alors une autre vertu du programme de soins: lire quelques pages du Château (livre écrit au siècle dernier par un écrivain pragois qui eut son heure de célébrité) lui demandait un effort de concentration très important pendant que les autres occupants regardaient la télévision en poursuivant vigoureusement leur psychothérapie au son de la radio. Le repas fut servi puis la soirée se déroula comme celle de la veille.

Un jeudi matin, il se rendit compte quil était au centre depuis soixante sept jours - le temps sétait écoulé rapidement et il ressentait les premiers bénéfices de la cure, il avait perdu du poids, il dormait bien, les séances de psychothérapie lui permettaient de développer une dialectique apaisée. Ce jour là, un bonheur inattendu vint conforter son analyse, un des curistes étant guéri, sa place, un matelas sur le sol, fut donnée à M. Quelle joie! Ne sagissait-il pas dune reconnaissance par les soignants de ses progrès? Encouragé, il redoubla defforts, les séances physiques lendurcissaient, les séances de psychothérapies étaient de plus en plus animées. Trois sujets revenaient lors de chaque séance, ils étaient approfondis, examinés sous tous les angles, lun était de nature théologique, une évaluation comparative des grandes religions monothéistes; le second était dordre juridique, les curistes étaient très intéressés par le formalisme de la procédure pénale. Le dernier traitait des compagnes avec lextrême délicatesse que requérait léloignement temporaire.

M. consulta les ouvrages de la bibliothèque. Il emprunta ceux du professeur Mataf. Celui dans lequel le professeur expliquait sa méthode et aussi celui dans lequel il relatait comment il avait réussi à éradiquer lépidémie de bavurite qui en des temps reculés frappait les représentants de lordre dans des nations attardées. M. en lisant ces ouvrages eut la confirmation de ce quil ressentait confusément, tous ceux qui, à un titre ou un autre intervenaient dans ses soins étaient des personnes intelligentes et emplies de compassion, mais qui devaient conserver vis à vis des malades cette attitude bougonne voire revêche. M. eut plusieurs fois lopportunité de percer cette armure en apercevant la lueur dun sourire dans lœil de tel ou tel garçon détage.

Un jour de printemps, alors que le soleil inondait la chambre, M. se réveilla détendu et ce jour là, le départ dun curiste lui donna accès à un lit. Quel confort! Pour quelle raison lui revinrent alors à lesprit les mots de cette femme de vie douteuse rencontrée du temps de son espiègle jeunesse ‘je suis née dans la rue, jai été élevée dans le caniveau, je finis sur le trottoir’, des mots qui sappliquaient à son séjour, de la dalle en béton, au matelas puis au lit. Hélas ce bonheur, M. en fut informé deux jours plus tard ne serait que de courte durée, le médecin lui dit que sa guérison était proche, à peine quelques semaines - qui passèrent comme un de ces instants que lon aimerait transformer en éternité.

Le premier jour de lautomne, il fut déclaré guéri. Heureux, il rentra chez lui, désorienté de se retrouver seul alors que tant de personnes lavaient accompagné pendant son séjour.

 

Protégeons-nous des autres,                                                                                protégeons les autres de nous.

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