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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

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Les colons

Les colons
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Ce thriller western brutal et violent du réalisateur débutant Felipe Gálvez Haberle, a remporté un prix à Cannes et a été la candidature officielle du Chili pour le meilleur film international aux Oscars. À la fois explicite, mystérieux et elliptique, il recrée de manière spectaculaire une partie de l'histoire de la colonisation de la Terre de Feu par l'establishment politique de Santiago au début du XXe siècle. Cela implique le massacre génocidaire des peuples autochtones par l’homme d’affaire Menedez, une sorte d'oligarque latino-américain à qui on a accordé des droits fonciers pour l'élevage de moutons et qui utilise des mercenaires pour chasser et massacrer les indigènes de Patagonie ; parmi ces tueurs à gages figure un ancien soldat de l'armée britannique Maclennan (Alexander) , surnommé le « cochon rouge ».

L’acteur chilien Alfredo Castro joue le rôle de Menéndez au regard froid, et Mark Stanley celui de MacLennan, un homme brutal qui porte toujours sa tunique militaire rouge et prétend être lieutenant . Une scène suggère que sa violence, toujours considérable, a augmenté en partie à cause de la brutalité dont il a lui-même été victime. Haberle amène aussi un chasseur d’Indiens américain appelé Bill (Benjamin Westfall) qui part avec MacLennan dans leur aventure expéditionnaire meurtrière dans les vastes et hostiles régions sauvages du sud. Ils ont avec eux un traqueur appelé Segundo (Camilo Arancibia), qui est métismoitié indigène – et que Bill déteste, car il craint que Segundo ne se retourne contre eux.

Il y a une rencontre effrayante avec un autre soldat britannique, joué dans un registre d’une grande violence par Sam Spruell, qui va satisfaire ses besoins sur ce pauvre Alexander. Les paysage vides filmés par Simone D'Arcangelo en deviennent inquiètants, voire même effrayants, d’autant que c’est une musique folle, bruyante et rythmée par les timbales de Harry Allouche qui les accompagne.;

Les colons est vraiment dérangeant : une évocation de la violence et de la brutalité coloniale qui ont présidé aux fondations de l'État du Chili.

Et on assiste même à une réécriture de l'histoire et la gestion de l'héritage : une séquence dans laquelle les peuples autochtones sont forcés de poser pour des photos semi-officielles dans des vêtements occidentaux pudiques, contraints d'effacer leur propre identité distincte et de coopérer dans une nouvelle absorption volontaire et soumise à la culture blanche. C'est une parabole féroce, austère, presque primitive de cruauté et de pouvoir.

Une splendide illustration de l’immense poème de Neruda, Le Canto General.

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