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Publié par Mermed

Lucas Cranach l'Ancien

Lucas Cranach l'Ancien

 

 

As one of which doth Tarquin lie revolving
The sundry dangers of his will's obtaining;
Yet ever to obtain his will resolving,
Though weak-built hopes persuade him to abstaining:
Despair to gain doth traffic oft for gaining;
And when great treasure is the meed propos'd,
Though death be adjunct, there's no death suppos'd.

 

 

Those that much covet are with gain so fond, 20
For what they have not, that which they possess
They scatter and unloose it from their bond,
And so, by hoping more, they have but less;
Or, gaining more, the profit of excess
Is but to surfeit, and such griefs sustain,
That they prove bankrupt in this poor-rich gain.

 

The aim of all is but to nurse the life
With honour, wealth, and ease, in waning age;
And in this aim there is such thwarting strife,
That one for all, or all for one we gage;
As life for honour in fell battles' rage;
Honour for wealth; and oft that wealth doth cost
The death of all, and all together lost.

 

So that in vent'ring ill we leave to be
The things we are, for that which we expect;

And this ambitious foul infirmity,
In having much, torments us with defect
Of that we have: so then we do neglect
The thing we have; and, all for want of wit,
Make something nothing, by augmenting it.

 

Such hazard now must doting Tarquin make,
Pawning his honour to obtain his lust;
And for himself himself he must forsake:
Then where is truth, if there be no self-trust?
When shall he think to find a stranger just,
When he himself himself confounds, betrays
To slanderous tongues and wretched hateful days?

 

Now stole upon the time the dead of night,
When heavy sleep had closed up mortal eyes:
No comfortable star did lend his light,
No noise but owls' and wolves' death-boding cries;
Now serves the season that they may surprise
The silly lambs; pure thoughts are dead and still,
While lust and murder wake to stain and kill.

 

And now this lustful lord leap'd from his bed,
Throwing his mantle rudely o'er his arm;
Is madly toss'd between desire and dread;
Th' one sweetly flatters, th' other feareth harm;
But honest Fear, bewitch'd with lust's foul charm,
Doth too too oft betake him to retire,
Beaten away by brain-sick rude Desire.

 

His falchion on a flint he softly smiteth,
That from the cold stone sparks of fire do fly;
Whereat a waxen torch forthwith he
lighteth,
Which must be lode-star to his lustful eye;
And to the flame thus speaks advisedly:
'As from this cold flint I enforced this fire,
So Lucrece must I force to my desire.'

 

Here pale with fear he doth premeditate
The dangers of his loathsome enterprise,
And in his inward mind he doth debate
What following sorrow may on this arise;
Then looking scornfully, he doth despise
His naked armour of still-slaughter'd lust,
And justly thus controls his thoughts unjust.

 

 

 

 

 

 

Parmi eux, il y a Tarquin qui repose passant

en revue tous les dangers qu’il court pour combler

son désir; il persiste, il le veut, quand tant

de faibles chances de succès l’incitent à renoncer;

le désespoir est souvent la voie pour gagner;

quand un trésor fabuleux est la récompense,

on n’imagine pas la mort même en sa présence.

 

 

Ceux qui convoitent beaucoup sont impatients 

d‘avoir ce qu’ils n’ont pas; ce qui est dans leurs mains,

ils le gaspillent et ainsi, s’en détachant,

tout en fondant de grands espoirs, ils ont moins;

quand ils ont plus, l’excès dont-ils n’ont nul besoin

n’est que goinfrerie et tant de nouveaux chagrins

qu’ils sont faillis, pauvrement riches en leurs gains.

 

 

Le but de tous est de choyer la vie d’honneurs,

de richesses et de confort pour les vieux jours;

un contre tous ou tous contre un, nous voici joueurs;

jusque-là, il est semé d’embûches le parcours;

la vie joue de féroces batailles pour l’honneur,

honneur pour la richesse; et souvent cette richesse

cause la mort de tous, et fait que tout disparaisse.

 

 

Si bien que prenant des risques nous abandonnons

les choses que nous sommes, pour d‘autres, espérées;

et cette infirmité qu‘est notre folle ambition

d’avoir tant nous tourmente par la médiocrité,

de ce que nous avons: alors nous négligeons

la chose que nous avons; notre esprit limité

change notre bien en néant, croyant l’augmenter.

 

 

C’est ce danger auquel Tarquin doit s‘exposer,

gager son honneur pour assouvir son désir;

et c‘est ainsi qu‘il va à lui-même renoncer:

à qui s’ouvrir si l‘on ne peut à soi s‘ouvrir ? où est le vrai, 

imaginera- t’il trouver un honnête étranger

celui qui se condamne après s‘être trahi,

à des jours horribles et à la calomnie ?

 

 

Arrive la mort de la nuit, voleuse du temps,

un lourd sommeil a fermé les yeux des mortels

nul astre ne se prêtait à être luminescent;

un son: les cris des hiboux et des loups, oracles

de mort. C’est l'heure où ils peuvent surprendre les crédules

agneaux; elles dorment en paix les innocentes pensées,

débauche et meurtre veillent pour souiller et tuer.

 

Et voici que ce prince lubrique sauta de son lit,

jetant brutalement son manteau sur son bras,

follement ballotté entre crainte et envie;

la première le découragea, l‘autre l‘exhorta;

mais la simple peur, envoûtée par les appas

vénéneux du désir, l‘abandonne, débordée 

par la brutalité du désir insensé.

 

bien avec des rimes pauvres mais bonnes

Il frappe doucement son glaive sur un silex

tirant des étincelles de la pierre glacée;

l’étoile polaire de ses yeux pleins de sexe

sera la torche de cire qu’il va y allumer;

puis, il parle à la flamme, d‘un ton décidé:

comme de cette pierre froide le feu je l‘ai fait surgir,

je vais soumettre Lucrèce à mon désir.’

 

Blême de peur, il se met alors à calculer 

les dangers de ces exécrables errements,

et au fond de son âme commence à discuter

les malheurs qui en découleront en d‘autres temps;

puis, le regard empli de dédain, méprisant

cette cuirasse nue de sa luxure criminelle, 

il raisonne ses pensées irrationnelles.

 

à suivre

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