Nous nous sommes pensé poètes en lisant Baudelaire.
Nous avons lu, dans la solitude, quelques vers à haute voix;
On se souvient de quelques poèmes appris par cœur pour les récitations à l’école,
ou - mais peut-on le dire ? - pour notre plaisir, pour être certains, à tout moment de pouvoir le retrouver dans la grande encyclopédie de la mémoire.
Nous retrouvons au détour de chaque nouvelle lecture les plaisirs de la découverte de vers, de strophes, de poèmes entiers, que nous avions passé,- l'embarras d’avoir lu trop vite....
Qui sommes-nous pour croire que nous pouvons accorder quelques minutes à un texte qui a été pensé, écrit pendant des jours et des heures ?
Des poèmes qui ne nous avaient pas encore frappés et chaque lecture est porteuse de malédictions bénies
Maudit soit à jamais le rêveur inutile.
De grinçants défis que nous aurions aimé nous jeter nous-mêmes,
Fuyez l’infini que vous portez en vous.
Pour le paraphraser nous l’admirons autant que nous l’aimons celui qui, en quête de l’amour total, deviendrait un autre Tirésias, seul capable de dire qui de l’homme ou de la femme connaît le plus grand plaisir.
Et toujours, en heurtant des vers depuis longtemps rêvés,
Il bouscule l’infernal et le divin, le bienfait et le crime.
Et passe à côté de l’amour de la femme que l’on ne connaît pas
à côté de l’amour de celle que l’on croit connaître si bien
0, toi que j’eusse aimée, O, toi qui le savais.
Du premier au dernier jour de notre vie de lecteur, Baudelaire est notre.
On le lira là où il y a une bonne gravure de Melancholia I,
En écoutant Duparc.