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Effleurements livresques, épanchements maltés

J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com

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Mermed (2)

Mermed  (2)
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La fin de la nuit a été calme. L’incendie est bien éteint. A sept heures, les détenus commencent à se réveiller et tous les gardiens de jour sont arrivés. L’équipe de nuit commence à repartir, mais pas tout le monde

- Toubal, Dedan et Hazo, vous restez, on attend Gomer tous les quatre, dit le Chef.

Quelques minutes après sept heures, le surveillant Chef Gomer arrive et comme chaque jour, il vient au poste:

- Salut les gars. Tout va bien?

Le Chef explique ce qui s’est passé, apparemment aucun dégât,

- J’ai quand même fait faire un appel dès que l’incendie a été éteint. Tout était en règle.

- A quelle heure l’incendie?

- Toubal me l’a signalé à quatre heures et quart, et Dedan y est retourné toutes les vingt minutes pour être sûr que c’était bien éteint.

- Je vais voir, ouvrez-moi le sas, Chef.

Gomer revient au bout de quelque instant.

- C’est froid. On ne voit encore pas grand chose, mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait d'autres dégâts que les cartons et les traces de fumée sur les murs et le plafond, c’est le contremaître de la papeterie qui verra. Comment est ce qu’il a pu prendre ce feu?

- On a pensé que c’était un mégot mal éteint, avec ce vent... Dedan nous a dit qu’il a eu le feu chez lui comme ça, un mégot qui avait été jeté, le feu qui avait couvé quelques heures et puis d’un coup tout avait brûlé.

- C’est vrai, j’y étais. On regardera de plus près dès qu’il fera jour. Le contremaître arrive à quelle heure?

- Huit heures.

- Vous n’avez pas prévenu Monsieur Lemek?

- Non, on n’a pas voulu le réveiller, ni vous.

- Je monte au bureau, je le verrai, vous m’avertissez dès que le gars de la papeterie arrive et vous lui dites de m’attendre, j’irai avec lui.

Les étages commencent à s’animer, l’eau chaude pour le petit déjeuner est distribuée dans les cellules. Pour beaucoup de détenus cette distribution sert en même temps de réveil. Ils en profitent pour vider leurs poubelles. Après le café, ils peuvent aller prendre leur douche.

Vers sept heures et demi, Gomer rappelle le Chef.

- On attendra pour envoyer les gars à l’atelier. Je veux être sûr qu’il y a assez de travail avec les cartons qui n’ont pas été touché. On verra avec le contremaître.

A huit heures le directeur et le contremaître entrent dans la prison en même temps. Gomer, qui de sa fenêtre les a vus arriver est dans le sas quand ils y pénètrent à leur tour. Il les met au courant et accompagnés du Chef, ils se rendent sur les lieux de l’incendie.

Il y avait quatre palettes d’un côté, une dizaine de l’autre dans ce qui est devenu un entrepôt non fermé sous la dalle du premier étage, en prolongement de la voie de passage qui après le sas, permet aux camions de livrer la nourriture et tous les matériaux nécessaires à l’entretien des bâtiments et bien sûr les marchandises de la papeterie. Comme l’atelier est juste à côté, au rez de chaussée du bâtiment principal, c’est l’endroit le plus commode et le plus sûr pour déposer les cartons.

Le feu a pris du côté des dix palettes qui ne sont plus qu’un tas de cendres froides.

- Vous croyez que vous allez pouvoir travailler aujourd’hui?

- ça m’étonnerait, il faut que je fasse l’inventaire et que je refasse le plan de travail.

- La première chose à faire c’est de dégager tout ça pour que vous y voyiez plus clair, dit le directeur. Gomer, faites envoyer quatre gars pour s’en occuper avec Monsieur et Tabach.

Tabach est le surveillant qui règne sur l’atelier. Le directeur ajoute:

- Les autres restent en cellule pour le moment.

Un quart d’heure plus tard les quatre travailleurs sont au rez de chaussée, devant l’atelier. Les autres ont été prévenus qu’il y a eu un problème d’approvisionnement et qu’ils descendront plus tard. Tabach les mène vers les cartons et leur explique ce qu’il attend d’eux:

- Vous débarrassez tout.

- On y met où?

- Vers la cuisine, ça sera plus facile à charger ensuite.

Les quatre détenus commencent à déblayer avec des pelles et des brouettes. Le travail avance doucement, ils n’ont pas l’habitude de cadences de travail élevées. Le contremaître vérifie au fur et à mesure si, par hasard, il pourrait récupérer quelque chose, quand il reste cloué sur place, figé, il a du mal à parler quand il appelle Tabach.

- Regardez…

- Quoi?

- Là…

Et Tabach voit le pied qui dépasse sous des cendres.

- Ce n’est pas croyable, je vais prévenir Gomer. Ne touchez plus à rien.

Tabach montre ce qu’ils ont trouvé à Gomer qui dit au surveillant de faire remonter les quatre détenus et de boucler tout le monde dans les cellules – aucune exception.

- Même pour l’infirmerie? Il y a les diabétiques qui ont leurs piqûres, et puis les deux qui...

- tous ceux qui ont des soins, vous les accompagnez un par un, prévenez les surveillants d’étages.

Gomer se rend chez le directeur qu’il met en courant.

- Un pied?

- Oui.

- Et c’est tout?

- Je ne sais pas, j’ai fait tout arrêter mais il y a sûrement un corps. J’ai préféré ne plus toucher à rien. C’est le boulot de la police.

- Vous avez raison, je les appelle.

En composant le numéro il demande à Gomer:

- Vous avez bien fait remonter les quatre qui déblayaient?

- Oui, j’ai fait fermer tout le monde.

A ce moment on lui répond:

- Hôtel de Police, bonjour.

- Ici Lemek directeur de la maison d’arrêt, le commissaire est là?

- Ce n’est plus le commissaire mais la…

- Ah oui, c’est vrai, vous avez changé de patron. Elle est là?

- Ne quittez pas, je vous la passe.

- Bonjour Madame la commissaire.

Et Lemek explique ce qui se passe, ce qu’ils viennent de trouver.

- Nous avons tout arrêté dès que nous avons trouvé le pied. On ne voulait plus toucher à rien.

- Nous arrivons.

Pendant que le directeur téléphone à la police, les détenus ont appris ce qui s’est passé, enfin, certains, puis le bruit s’est répandu, déformé, la communication entre les cellules est difficile, un chahut monstre se déclenche, les hommes tapent sur les portes de métal, un bruit qui résonne dans toute la prison avec des hurlements.

- Ils ont tué un gars du quatre.

- Pourquoi?

- Il essayait de s'arracher.

Malgré le vacarme les surveillants de chaque étage réussissent à expliquer que tout le monde est là et que pour l’instant on n’en sait pas plus que ce que disent les quatre détenus qui déblayaient. On entend encore des appels par les fenêtres, chacun vérifiant que ses copains sont bien là.

Le calme finit par revenir mais l’ambiance tendue de chaque cellule filtre à travers les portes verrouillées. - - -J’espère que c’est un maton

- Surtout cette salope de...

Le nom se perd entre les étages.

- Surveillant, s’il vous plaît?

- Surveillant, surveillant

- Qu’est-ce qu’il y a?

- On est fermé jusqu’à quand?

- Je ne sais pas.

 

Mermed était déjà réveillé quand on lui a ouvert pour lui donner l’eau du café. Après le petit déjeuner il appelle le gardien, il veut aller prendre une douche.

- Surveillant!

- ...

- Surveillant!

- ...

Quelques minutes passent, toujours aucune réponse, il crie pour que son voisin l’entende:

- Eh Vance, tu m’entends?

- Oui

- C’est quoi ce bordel?

Et Vance lui raconte ce qu’il sait et qu’ils restent tous fermés jusqu’à....

- Jusqu’à quand?

- Ils attendent que les flics soient venus.

- Bon.

 

 

à suivre

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