J'ai écrit et j'écris les textes de ce blog; beaucoup sont régulièrement publiés en revues; j'essaie de citer mes sources, quand je le peux; ce sont des poèmes ou des textes autour des gens que j'aime, la Bible, Shakespeare, le rugby, les single malts, Eschyle ou Sophocle, la peinture, Charlie Parker ou Sibelius, la définition de l'infini de David Hilbert, les marches ici et ailleurs...Et toujours cette phrase de Halldor Laxness: 'leur injustice est terrible, leur justice, pire encore.' oliphernes@gmail.com
28 Décembre 2025
Thomas More (1478 - exécuté en 1535) objet d'une pièce de théâtre écrite par Anthony Munday et Henry Chettle, assistés par William Shakespeare
Quelle pièce surprenante !
Tout d’abord du fait de ces trois pages manuscrites que tous les experts calligraphes attribuent désormais à William Shakespeare en les comparant aux éléments suivants:
un témoignage dans une action en justice (11 mars 1612) ; l'acte d'achat d'une maison à Londres (10 mars 1613) ; l'hypothèque de la même maison (11 mars 1613) ; son testament, qui contient trois signatures, une sur chaque page (25 mars 1616).
Notons, en passant, sans vouloir entrer dans cette polémique que cela devrait mettre fin définitivement à la question de l’identité de Shakespeare – peut-on imaginer que les deux auteurs principaux de cette pièce (Anthony Munday et Henry Chettle) aient demandé une assistance à celui que les tenants d’une autre identité, qualifient de comédien de second ordre?
Cette pièce est, par ailleurs, d’une grande qualité et touche à des problèmes qui n’ont pas évolué avec le temps,
le problème de l’immigration, dont parle Lincoln (acte 1; scène 1)
“ For so it is that aliens and strangers eat the bread from the fatherless children, and take the living from all the artificers and the intercourse from all the merchants, whereby poverty is so much increased, that every man bewaileth the misery of other; for craftsmen be brought to beggary, and merchants to neediness: wherefore, the premises considered, the redress must be of the common knit and united to one part: and as the hurt and damage grieveth all men, so must all men see to their willing power for remedy, and not suffer the said aliens in their wealth, and the natural born men of this region to come to confusion.”
“Car il en est ainsi que les étrangers et les voyageurs mangent le pain des orphelins, prennent le revenu de tous les artisans et les biens de tous les marchands, ce qui accroît tellement la pauvreté que chacun déplore la misère d’autrui ; car les artisans sont réduits à la mendicité et les marchands à la misère : c’est pourquoi, compte tenu de ce qui précède, la réparation doit être collective et unie : et comme le préjudice et le dommage affligent tous les hommes, de même tous les hommes doivent veiller à leur volonté d’y remédier, et ne pas permettre que lesdits étrangers, dans leur richesse, et les hommes nés de cette région soient plongés dans la confusion.”
ou celui des “élites” confrontées aux gilets jaunes, c’est Thomas More qui parle (acte 2; scène 3)
“Let’s to these simple men; for many sweat
Under this act, that knows not the law’s debt
Which hangs upon their lives; for silly men
Plod on they know not how, like a fool’s pen,
That, ending, shows not any sentence writ,
Linked but to common reason or slightest wit:
These follow for no harm; but yet incur
Self penalty with those that raised this stir.
A God’s name, on, to calm our private foes
With breath of gravity, not dangerous blows!”
“Pensons à ces hommes simples ; car beaucoup peinent
sous le poids de cette loi, ignorant la dette de la loi
qui pèse sur leur vie ; car des insensés
s'obstinent sans savoir comment, tels des fous,
qui, s'arrêtant là, ne révèlent aucune sentence écrite,
liée à autre chose qu'à la raison commune ou à la moindre once d'intelligence :
ceux-ci suivent sans mal, mais s'attirent pourtant
une punition avec ceux qui ont soulevé ce tumulte.
Que le nom de Dieu apaise nos ennemis personnels
par un souffle de gravité, non par des coups dangereux !”
Ces scènes que l’on croirait écrites aujourd’hui se fondent dans le récit de l’ascension et de la chute du malheureux et très respectable Thomas More, confronté à ce roi sanguinaire qu’était Henry VIII.
Mermed 7 Décembre 2025